novembre 28, 2021

The Last Girl – Celle qui a Tous les Dons – Juste la Faim du Monde

Titre Original : The Girl With All the Gifts

De: Colm McCarthy

Avec Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine, Sennia Nanua

Année: 2017

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Thriller, Drame, Horreur

Résumé:

Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, Melanie, qui semble être la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Melanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme celui de l’humanité tout entière.

Avis :

Difficile de parler d’un film comme The Last Girl sans en dénaturer la découverte. Une grande partie de l’attrait du film est venu en ce qui me concerne de la totale absence d’informations à son sujet. Programmé lors du dernier festival de Gerardmer (dont il est reparti avec le prix du public) The Last Girl avait déjà fait le tour des festivals en 2016, notamment Locarno, Toronto et Sitges, mais débarquait pour la première fois en France dans un relatif anonymat.

Aussi, découvrir sur le fait la présence au casting de Gemma Arterton, Glenn Close, et le trop rare Paddy Considine, et plonger tête la première dans le mystère opaque et plutôt flippant de la première bobine, a quelque chose de galvanisant, et y est pour beaucoup dans le capital sympathie du film.

Sachez-le donc, j’éviterais tant bien que mal les spoilers, mais si vous voulez vraiment découvrir le film comme il se doit, sachez qu’il est vraiment bien, arrêtez votre lecture ici, et évitez toute sorte de bande-annonce.

Pour les autres, évidemment, le titre « français » est comme d’habitude beaucoup trop représentatif (le titre original est en fait The Girl with all the gifts) mais pour une fois pas trop à côté de la plaque : oui, la référence au monument vidéoludique The Last of Us n’est pas fortuite, tant le film semble souvent une adaptation déguisée du jeu vidéo développé par Naughty Dog. On y retrouve un monde à l’agonie, dévoré par un fongus qui transforme les humains en zombies végétaux attirés par le bruit. L’ambiance générale, la direction artistique, le look des créatures, font immédiatement penser aux aventures de Joël et Ellie. D’autant plus que les protagonistes principaux du film entretiennent une véritable relation filiale entre Mélanie, semi contaminée qui porte en elle à la fois l’espoir et la fin de l’humanité, et le groupe qui constitue en même temps ses protecteurs et ses bourreaux, la jeune fille étant au début du métrage une véritable création de l’armée britannique.

À ce niveau-là, The Last Girl se démarque enfin de son équivalent vidéoludique, en préférant un contexte presque familial à la figure paternelle incarnée par Joël. L’institutrice dépêchée par les militaires, le soldat bourru, la doctoresse qui se force à l’objectivité, tous ont leur place dans l’aventure et font tour à tour office de sœur, frère, père, mère. Si certaines scènes semblent un peu exagérées dans leur traitement émotionnel, d’autres sonnent ainsi diablement juste, opposant l’ingénuité et la naïveté presque dangereuse de Mélanie à l’expérience fatiguée de protagonistes qui en ont déjà trop vu.

Car la seconde originalité de The Last Girl, sans laquelle elle pourrait trop facilement faire figure de copié-collé éhonté, figure dans sa longue introduction. Si, dans son traitement scénaristique, le film tombe également parfois sur un os (comme cette bande de gamins sauvages tout droit sortis d’un nukesploitation italien tourné dans un terrain vague qui frôle régulièrement le ridicule), il se trouve aussi des chemins de traverse étonnants. C’est le cas donc de cette première bobine, qui sème le trouble en ne donnant pas de claires informations sur la situation initiale ou le canevas de départ, préférant jouer sur l’angoisse du mystère et de quelques indices obscurs laissés au détour de scènes assez inquiétantes. On remercie d’ailleurs la musique oppressante qui joue beaucoup dans le malaise ambiant et l’envie de savoir ce qui se trame.

Aussi, c’est presque déçu qu’on s’aperçoit après une vingtaine de minutes qui ne s’agit « que » d’un nouveau film d’infectés, tant l’ouverture laissait planer un doute sur la direction que prendrait le scénario.

Heureusement, The Last Girl sait, d’une part, et malgré quelques scories, appliquer une ambiance visuelle particulière (très The Last of Us donc) et un traitement des personnages très réussi, mais bifurque vers le film d’infectés de très belle manière, lors d’une attaque du camp de base anarchique et flippante, entièrement filmé en plan-séquence !

On a déjà beaucoup parlé de la recrudescence du procédé dans les films actuels (voir nos comptes rendus de Cannes 2017), et si celui-ci, utilisé à toutes les sauces, perd peu à peu de son originalité, il s’avère, correctement utilisé, toujours aussi efficace en termes d’immersion et d’impact visuel.

Passée cette scène, The Last Girl trouve son rythme de croisière, troque l’originalité pure du récit pour une direction artistique soignée, une ambiance étouffante mais presque poétique (ahh, ces infectés immobiles, paisibles, qui oscillent au gré du vent en attendant qu’un son les réveillent), et des relations étudiées entre les personnages. C’est cette attention portée à l’émotion qui garde le film sur la ligne de flottaison, car il est malheureusement régulièrement plombé par les scories habituelles du film de genre.

On a parlé de quelques éléments qui semblent tirés d’un bis rital, on peut aussi pointer du doigt quelques facilités in fine dans l’enchaînement des situations et les réactions des protagonistes. Ceci-dit, une fois mis en balance avec un final plutôt poétique et une volonté de ne pas caresser forcément le public dans le sens du poil (aucun personnage, même la jeune héroïne, n’est exempt de zone d’ombre), le film est plus porté par ses qualités que lesté par ses défauts.

En définitive, si The Last Girl souffle le chaud et le froid entre son introduction tétanisante et sa suite moins originale, ses idées culottées et ses clichés non-évités, il reste une très bonne alternative cinématographique (même si non-officielle) au chef-d’œuvre de Naughty Dog, et propose une galerie de personnages attachants (notamment une Glenn Close exceptionnellement badass à cent lieues de ses rôles habituelles, et un Paddy Considine à multiples facettes qu’on aimerait voir plus souvent au cinéma, sans oublier l’exquise Gemma Arterton) qui font du film une bonne surprise pour finir la Fête du Cinéma.

Note : 15/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=tMOdDOEKCrQ[/youtube]

Par Corvis

 

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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