novembre 30, 2021

50

Auteurs : Rémi Guérin et Alexis Sentenac

Editeur : Glénat

Genre : Thriller

Résumé :

Lize O’Leary travaille comme profiler pour une unité spéciale du FBI traquant les tueurs en série. Alors qu’elle vient de terminer une arrestation un peu musclée d’un homme violent avec son épouse, elle est sommée par Ben son coéquipier de le suivre. Tous les deux se rendent sur un site découvert par leur équipe. Sur place, le légiste Toolbox examine ce qui n’est autre que le laboratoire de Gray, un assassin que le FBI traque depuis longtemps. Ils finissent par tomber sur un corps composé de multiples épidermes et qui est suspendu par plusieurs crochets. Lize remarque même que ce qu’ils pensaient être un cadavre est en réalité un être humain encore vivant. Plus tard, alors que l’équipe essaie de trouver de nouvelles pistes, un agent entre avec une bombe sur lui…

Avis :

À l’image du zombie dans le domaine horrifique, le tueur en série a connu un tel engouement que sa surexploitation en a atténué toute l’aura. Il n’est pas question ici de renier les références en la matière ou de fustiger certaines histoires qui valent le détour. Pour autant, les enquêtes jouent dans la surenchère de crimes sordides en oubliant de soigner le fil conducteur et les aboutissants. Si cette thématique reste toujours intéressante à développer dans ses fondamentaux psychologiques, elle n’offre que peu de surprises ou de renouvellement suffisant pour étonner spectateurs et lecteurs de tous horizons. 50 s’inscrit-il dans cette droite lignée ou bouscule-t-il les codes du genre ?

Après une introduction qui laisse augurer un dénouement pour le moins pessimiste, l’intrigue effectue un petit retour en arrière pour susciter le suspense. D’emblée, les auteurs imposent un style graphique sombre au possible qui concourt à instaurer une atmosphère glauque. Celle-ci n’est pas sans rappeler quelques clins d’œil cinématographiques et littéraires. Le plus évident (et facile) reste sans doute David Fincher avec Seven et Zodiac. D’ailleurs, les allusions sont flagrantes et font l’objet de quelques échanges. Mais l’on peut également songer à Thomas Harris pour ajouter au sordide une approche psychologique encore plus dérangeante dans l’appréhension du sujet.

Les scènes de crimes se révèlent explicites et très travaillées pour mettre en exergue les pires déviances humaines. Décoration intérieure particulièrement « vivante », hangar désaffecté, séance de body suspension qui tourne à la boucherie, modus operandi en constante mutation… On a même droit à quelques subtilités, comme les indices dissimulés sur les cadavres pour connaître l’identité de la prochaine victime. On reconnaît sans mal la brutalité et la violence des images qui caractérisent la collection Flesh and Bones. Une orientation qui tend vers l’horreur dans sa mise en abîme, mais demeure sur les sentiers du thriller dans le ton général.

Ce n’est pas pour autant que l’on puisse participer au jeu de pistes. On se contente de le suivre sans pouvoir distinguer des éléments cruciaux pour anticiper les actes du chat de Schrödinger (surnom du serial-killer). En cause ? L’histoire ressemble à une parenthèse dans la vie des protagonistes. Ceux-ci ayant connaissance de faits qui ne sont pas en possession du lecteur. Toutefois, ce constat ne s’applique pas à l’identité de l’antagoniste principal. Certains passages et effets de mise en scène permettent d’étayer sa propre hypothèse. Le résultat final se révèle attendu, même si relativement efficace et patiemment construit.

Mais il persiste un défaut involontaire qui atténue considérablement la qualité de 50 : sa brièveté. Même si les dessins restent impeccables et somptueux, les planches sont peu fournies en dialogues. De fait, la progression se veut précipitée et ne s’attarde guère sur la théorie du suspect zéro ou sur des éléments primordiaux susceptibles de faire avancer les investigations. Tout comme le découpage en chapitres, certaines ellipses s’avèrent peu pertinentes et tendent à accélérer un rythme déjà trop frénétique pour ce genre d’intrigues. Il en ressort une grande frustration de parcourir le comics en un rien de temps, alors qu’un tel potentiel mérite un développement plus posé et approfondi.

Au final, 50 se révèle un thriller maîtrisé. L’histoire ne se montre guère avare quand il s’agit de dépeindre les penchants et les fantasmes de tueurs en série. En cela, l’ambiance sordide ajoutée à une imagination débridée pour repousser les frontières de la souffrance fait son office. Néanmoins, le rythme haletant oblige les événements à s’enchaîner de manière trop brusque, au risque de s’appuyer sur certaines ficelles simplistes pour que les tenants se goupillent avant le dénouement. S’il ne se révèle guère révolutionnaire, 50 parvient à s’approprier un genre maintes fois visité. Un comics soigné et un rien perturbant au vu de son sujet, même si l’incursion dans le domaine s’avère (très) courte.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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