janvier 27, 2022

La Communauté – Vivre Ensemble

Titre Original : Kollektivet

De : Thomas Vinterberg

Avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Wallstrom Hansen

Année: 2017

Pays: Danemark, Pays-Bas, Suède

Genre : Drame

Résumé :

Dans les années 1970, au Danemark, Erik, professeur d’architecture, et Anna, journaliste à la télévision, s’installent avec leur fille de 14 ans, Freja, dans une villa d’un quartier huppé de Copenhague où ils décident de tenter l’expérience de la communauté. Ils y invitent donc des amis mais aussi de nouvelles connaissances à partager là une vie en collectivité où toutes les règles, toutes les décisions sont prises de manière collégiale et soumises à un vote. Si leur communauté favorise l’amitié, l’amour et l’intimité du groupe, une liaison amoureuse entre Erik et l’une de ses étudiantes va venir perturber la vie de tous…

Avis :

Thomas Vinterberg est l’un des plus éminents représentants du cinéma danois. Avec dix films à son actif en vingt ans de carrière, le réalisateur s’est attribué une renommée mondiale. Il faut dire qu’il s’est fait remarquer dès son premier film, le culte « Festen« . Avec ce premier film, Vinterberg laissait entrevoir beaucoup de promesses et on peut dire que vingt ans plus tard, on constate que ces promesses sont belles et biens tenues, et ont fait de Vinterberg l’un des meilleurs réalisateurs danois d’aujourd’hui.

Sorti en 2015, « Loin de la foule déchainée« , le précédent film de Thomas Vinterberg, voyait le réalisateur quitter son Danemark natal pour se placer dans la campagne victorienne d’Angleterre. Malgré de bons retours, le film est passé plutôt inaperçu dans les salles. Un peu moins de deux après, Thomas Vinterberg est donc de retour dans son pays et nous offre un film pour le moins atypique. Un film dont on ressort partagé, tant il brouille les pistes avec des personnages et une intrigue aussi intéressants qu’agaçants et surtout dérangeants. « La communauté » remue celui qui le regarde et Thomas Vintenberg ira jusqu’au bout de son idée pour mieux montrer les limites d’un mode de vie peu commun.

Copenhague dans les années 70, Erik, Anna et leur fille Freja viennent d’hériter d’une magnifique demeure. Cette dernière est bien trop grande pour la famille et habiter dans cette maison leur reviendrait bien trop cher. Voulant y habiter et ayant de la place, ils décident alors de louer les chambres inoccupées et ainsi créer une communauté. Amis et inconnus vont très vite venir et la maison d’Erik accueille sept personnes de plus. La vie en communauté s’installe et se partage entre les rires, les bonnes tablées et les petits drames de la vie quotidienne. Mais tout va se compliquer quand Erik tombe sous le charme d’Emma, une jeune étudiante, et que ce dernier l’invite à rejoindre la communauté, ne se souciant pas du mal qu’il peut faire à Anna…

Il est assez difficile de placer un avis « définitif » sur le nouveau film de Thomas Vintenberg tant ce dernier a su trouver le ton pour nous partager. Quand aime ou non, « La communauté » ne peut laisser indifférent tant le film suit le spectateur en sortant de la salle.

Partant d’une idée pleine d’utopie, Thomas Vintenberg présente un film qui n’est autre qu’une cocotte-minute. Dès que l’intrigue arrive au cœur de son sujet, on sent bien que cette  » … communauté » va imploser et le réalisateur va alors constamment faire monter la tension et le drame. Vivre ensemble est une belle idée et cette communauté est régie par de bonnes règles. « La communauté » est un film sur la démocratie, un film sur l’échange, le partage et l’entraide. Bien écrit, bien pensé, le film aborde beaucoup de thèmes importants qu’il traite avec beaucoup de respect et un soupçon de fun (une bonne BO rock rétro qui apporte du cool et un humour légère, mais tellement bien vue). Puis, c’est petit à petit que Thomas Vintenberg va mettre à l’épreuve les membres de sa communauté. Car derrière le film de partage un peu roots que « La communauté » est, c’est aussi un film dur, éprouvant et tout en souffrance. Thomas Vintenberg aborde la rupture amoureuse, ainsi que la naissance d’amour. « La communauté » peut-elle vivre et résister à l’amour de l’un et le désespoir de l’autre sous le même toit ? La démocratie peut-elle vraiment aider ? Frustrations, chutes et désillusions seront alors au programme. Les décisions à prendre sont dures, parfois injustes, d’autrefois même incompréhensibles et agaçantes. Ici rien n’est blanc ou noir, Thomas Vintenberg livre une immensité de nuance de gris et il est difficile de ne pas être remonté parfois devant certains comportements incompréhensibles.

Thomas Vintenberg, pour mettre à l’épreuve ses personnages, et surtout ce concept utopique et dressé un portrait juste, pousse le « vice » loin, peut-être un peu trop… Mais dans un autre sens, c’est aussi une bonne idée, car « La communauté » pousse à sa propre réflexion et si l’on peut rejeter le film à sa sortie, il ne fait que poursuivre et hanter et finalement, plus on y repensera et plus le film trouvera un sens. Je ne vais pas mentir, c’est en écrivant ces lignes, en me replongeant sans cesse dans ce film pour cette chronique, que « La communauté » agit encore plus fortement. Et c’est pour cela que je pense sincèrement, et malgré des réactions parfois plus agacées, que le nouveau film de Thomas Vintenberg est une très belle réussite. La vie est loin d’être simple. Les hommes sont complexes et les réactions humaines, surtout dans un groupe qui vit et compose ensemble, le sont encore plus et Thomas Vintenberg filme ses personnages et ses situations avec authenticité, qu’elles plaisent ou non. Et quand le film nous renvoie à nous-même, il est très difficile de savoir comment nous aurions réagit face à telle ou telle situation. Face à un vote qui peut être contradictoire et frustrant. Égoïsme, compassion, trouble, révolte, malheur, sont autant d’adjectifs qui définiront les réactions humaines des personnages. Bref, « La communauté » dérange, fascine, agace et bouscule dans le bon sens.

« La communauté« , c’est aussi des acteurs épatants de naturel. Tous plus ou moins attachants, tous ayant des sous-intrigues intéressantes, et même touchantes, comme Magnus Millang et Anne Gry Henningsen qui ont un enfant malade. Ou encore Fares Fares drôle et touchant à la fois dans un rôle pas si évident.

Mais celle qui les surplombe tous, celle qui sait être aussi passionnante que passionnée, c’est bien Trine Dyrholm. On avait déjà remarqué la comédienne dans le superbe « En eaux troubles » d’Erik Poppe où elle jouait une mère hantée par la mort de son fils. Avec « La communauté« , elle s’envole et crève l’écran à tous les instants. Belle, intense, forte, pathétique, elle sait comment nous atteindre et sort des codes pour offrir un rôle unique, bouleversant et beau. La révélation de chez Erik Poppe se confirme de la plus belle des manières ici.

« La communauté » est donc une belle réussite. C’est un film qui est dur, exigeant, c’est un film qui ne fait pas de cadeau, qui aura tendance à agacer et irriter celui qui le découvre, mais derrière ces sentiments et réactions étouffantes, Thomas Vintenberg nous offre un bon et beau film qui aborde la complexité humaine et la démocratie avec beaucoup de justesse.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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