juin 12, 2024

Une Séparation

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Titre Original : Jodaeiye Nader az Simin

De : Asghar Farhadi

Avec Leila Hatami, Peyman Moaadi, Shahab Hosseini, Sareh Bayat

Année : 2011

Pays : Iran

Genre : Drame

Résumé :

Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s’occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l’accord de son mari, un homme psychologiquement instable…

Avis :

Asghar Farhadi, c’est le petit prince du cinéma d’Iran. Il fait des études de théâtre, il ressort diplômé en mise en scène. Il tourne des courts-métrages, des pubs, des séries et des documentaires. Puis, c’est en 2003 qu’il réalise son premier long « Danse avec la poussière« . Mais il faudra attendre l’année suivante et son « Les Enfants de Belle Ville  » pour que le réalisateur émerge et s’envole. Depuis, Asghar Farhadi a tourné quatre films et reçu les plus belles récompenses, allant même jusqu’à recevoir le prestigieux Oscar du meilleur film étranger pour « Une séparation« , le film sur lequel on s’arrête aujourd’hui.

Cinquième film pour Asghar Farhadi qui revenait avec un excellent film bien construit et intelligent qui traite des relations humaines avec une finesse, mais aussi une dureté et une pression troublante. « Une séparation » happe dès ses premières scènes. Asghar Farhadi tient un scénario prenant et nous entraîne dans une histoire qui en quelques non-dits, saupoudrés de petits mensonges, va très vite tourner au cauchemar. Et c’est de manière presque « perverse » que le réalisateur nous tient en haleine, car son film, avec cette tension palpable qui y règne, en devient imprévisible.

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Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante, recommandée par son « ex-femme » pour s’occuper de son père qui a la maladie d’Alzheimer. Un après-midi, quand Nader rentre chez lui, il trouve son père inconscient et attaché à son lit, Razieh, l’aide-soignante a été obligée de partir en urgence. Quand elle revient, Nader la chasse de chez lui. Mais peu de temps après cette altercation, la jeune femme est à l’hôpital. Une fois sortie, elle porte plainte contre Nader. Et les accusations qu’elle porte sont très graves.

Chronique de société, drame intense, critique puissante et tendue, thriller judiciaire, « Une séparation » c’est un peu tout ça à la fois, pour un film qui est d’une sensibilité et d’une justesse aussi belle que dure et rare.

Asghar Farhadi ouvre son film comme une chronique de vie sur une famille tout ce qu’il y a de plus normal. Avec cette ouverture, le réalisateur en profitera pour démontrer, qu’importe les cultures, les lieux et les différentes religions, que l’humain est confronté aux mêmes problèmes de vies et de couples. Même si les lois sont quelque peu différentes (et parfois injustes et archaïques), ici les personnages sont en plein divorce et ont les mêmes interrogations que tout le monde. Le réalisateur chronique aussi la vieillesse, la prise en charge de personnes âgées. Asghar Farhadi évoquera l’éducation des enfants et l’amour que les parents ont pour eux, voulant toujours le meilleur. Il parlera aussi du système judiciaire, et l’on sera aussi envouté qu’étonné de celui-ci. Bref, « Une séparation » est un film intelligent, construit, sensible et surtout très riche. Le réalisateur développe et tient tous les sujets qu’il approche de près comme de loin. Très vite, on s’accroche à chacun des personnages, car même s’il y a des différences notables, principalement quand on approche la religion, dans le fond, chacun d’eux nous ressemble.

Puis d’un coup, cette chronique sociale prend d’autres allures. Après une altercation, le film prend des allures juridiques, survolé d’une enquête. Asghar Farhadi ne va faire alors qu’assombrir son film. Allant de tension en tension, le réalisateur nous tient sur un fil. Parcouru de sous-entendu, prêchant le faux pour savoir le vrai, le réalisateur installe un doute, distille de fausses vérités et cache des éléments. « Une séparation » est de plus en plus tendu, et il nous tient vraiment en haleine, car on sera bien impeccable d’avoir la moindre idée du final. On imagine que tout ceci ne pourra que se finir dans le drame, on espère que non. Et ce qui est d’autant plus prenant, c’est qu’on affectionne chacun des personnages. C’est vraiment bien vu, tout le temps sensible et jamais dans le jugement, même si parfois on pourra se révolter d’une certaine vision qui nous est montrée. En fait, le réalisateur nous laisse libre de penser ce que l’on veut des pratiques et du mode de vie de ses personnages. Il les filme, il nous les présente et nous les montre dans ce qu’ils ont de plus simple, de plus vrai, de plus ordinaire.

Asghar Farhadi s’est entouré de comédiens plus vrais que nature. Le film est principalement tenu par cinq comédiens, Leila Hatami, Peyman Moaadi, Shahab Hosseini, Sareh Bayat, Sarina Farhadi et leur simplicité de jeu donne l’impression parfois de ne pas suivre des personnages, mais des personnes. Aidé par la mise en scène tout en discrétion d’Asghar Farhadi, « Une séparation » pourrait avoir des allures de documentaire, s’il n’y avait pas toute cette tension qui ne fait que monter. On ne pourra que louer le courage d’Asghar Farhadi et de ses comédiens pour avoir su filmer, jouer et rendre un film avec une telle authenticité, une telle simplicité, au vu du pays dans lequel il a été tourné et surtout de la société qu’il évoque.

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« Une séparation » est donc un petit bijou venu d’Iran. Avec ce film, Asghar Farhadi, tour à tour, nous envoûte, nous touche, nous tient en haleine et nous révolte. « Une séparation » mérite amplement toutes les belles critiques et le succès qu’il a eu, car des films aussi simples, authentiques et aussi riches, ça ne court pas les écrans.

Note : 17,5/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=alh2uwztQbE[/youtube]

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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