décembre 4, 2021

Derniers Jours – Adam Nevill

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De : Adam Nevill

Editeur : Bragelonne

Genre : Horreur

Résumé :

Kyle Freeman est chargé de réaliser un documentaire sur le Temple des Derniers Jours, une secte basée dans le désert d’Arizona en 1975, aujourd’hui disparue. Depuis, les rumeurs vont bon train sur les pratiques déviantes et les expériences paranormales du groupe. Et bientôt une série de phénomènes inexpliqués s’abat sur la production. Expériences surnaturelles et visites nocturnes troublantes, disparitions soudaines et découvertes d’horribles artefacts, le tournage vire au cauchemar absolu…

Avis :

En moins d’une décennie, Adam Nevill est devenu l’une des figures de proue de l’épouvante britannique. En ressassant des classiques du genre avec plus ou moins de réussite, il parvient à imposer un style littéraire qui gagne en qualité au fil de ses ouvrages. Preuve en est avec la surprenante transition entre Appartement 16 et Le rituel. Pour son quatrième roman (le premier, Banquet for the damned, reste toujours inédit dans l’hexagone), l’auteur se penche sur un sujet particulièrement angoissant quand il est lié à l’horreur, à tout le moins au surnaturel, celui des sectes. Pour autant, nous ne sommes pas en présence d’un ersatz de l’excellent Rituel de chair (Graham Masterton) avec une secte cannibale ; plutôt vers un traitement plus nuancé et psychologique, à la manière de La secte sans nom de Ramsey Campbell.

Cher à ses références littéraires et cinématographiques, Adam Nevill n’hésite pas à effectuer quelques clins d’œil plus ou moins évidents au fil de son intrigue. L’histoire d’un tournage avec un minimum de moyens et une équipe réduite évoque les found footage. Le rituel reprenait l’ambiance et un cadre similaire au Projet Blair Witch. Le présent ouvrage lui emprunte la forme pour laisser une certaine distance entre les protagonistes et les évènements survenus dans les années 1970. Une manière insidieuse d’impliquer le lecteur et de se sentir concerné au fil de la progression, un peu comme si l’on était le quatrième membre de l’équipe.

L’on ne se retrouve pas pour autant dans une transposition maladroite et laborieuse d’une mauvaise série B ou Z. Bien au contraire, le rythme est savamment mesuré pour susciter l’appréhension et la curiosité de mettre en lumière ce que cachent les activités d’une secte. Des témoignages, une enquête et des voyages qui vont de ruines en découvertes macabres. La France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, chaque endroit apporte une plus-value et un degré supplémentaire dans la folie de Sœur Katherine (le gourou). L’intrigue remonte le fil du temps pour éclairer les zones d’ombres qui entourent l’affaire avec un angle clairement axé sur le paranormal ; autrement, il s’agirait d’un thriller.

Si le Temple des Derniers Jours est purement fictif, il s’avère extrêmement réaliste, tant dans les doctrines que dans les méthodes de manipulation pour asservir les adeptes. Humiliations, promiscuité, travail acharné, dons de soi et de tous ses biens, viols, tortures, sans oublier les croyances pseudo-mystiques. Une mythologie qui forme une sorte de syncrétisme entre le satanisme et des influences plus exotiques. On songe notamment à la Mésopotamie (particulièrement ce qui a trait au yézidisme) et à l’Asie (rites shinto). À cela, on ajoute une bonne dose de psychédélisme de la période hippie, ainsi que de nombreuses allusions aux groupes sectaires les plus connues : la famille de Charles Manson, le Temple du Peuple de Jim Jones ou les davidiens de David Koresh (la secte de Waco).

L’ensemble se révèle très cohérent et travaillé dans les moindres détails pour parfaire l’illusion d’un fait divers réel. Le développement s’entrecoupe de passages où le surnaturel surgit avec une certaine efficacité. Phrases incisives, atmosphère lugubre, situations parfaitement mises en scène… Force est de constater que le style de l’auteur tend à s’améliorer au fil de ses ouvrages. Les atermoiements s’amenuisent tandis que la qualité littéraire monte d’un cran pour trouver le ton et les mots justes. Autrement dit, Adam Nevill ne se joue pas du lecteur, mais use d’une technique exigeante pour l’inviter à suivre le calvaire de ses protagonistes.

Au final, Derniers jours est un excellent roman d’épouvante et, à ce jour, le meilleur de son géniteur. Grâce à une ambiance sombre des plus délectables, de son approche réaliste sur les sectes et d’une inéluctable progression vers l’indicible, Adam Nevill offre une histoire saisissante. Truffé de références, il n’en demeure pas moins un livre original dont le sens du rythme et de la mise en scène serve une enquête prenante sous la forme du tournage d’un documentaire. Respectueux des classiques du genre en insufflant une touche de modernité et d’exposition cinématographique à son intrigue (l’influence du found footage est perceptible, mais sans ses maladresses ou ses limites narratives), Derniers jours mérite ses éloges outre-Manche.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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