janvier 29, 2022

Julieta

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De : Pedro Almodovar

Avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta

Année : 2016

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

Avis :

Il y a trois ans de cela, en 2013, Pedro Almodóvar nous présentait « Les amants passagers« , un film terriblement particulier, trop même, si bien que le film ne trouva pas son public et fût une belle déception. Le réalisateur espagnol était donc reparti chez lui « bredouille ». Et après un tel échec, il lui fallait faire un retour marquant pour reconquérir ce public absent et quoi de mieux qu’un portrait de femme, matière dans laquelle Pedro Almodóvar excelle.

Ce portrait de femme, ce sera donc « Julieta » et franchement, on peut le dire, le Grand Almodóvar est bel et bien de retour. Si en 2011, il nous avait offert un choc esthétique avec son sublime « La piel que habito« , « Julieta« , dans son intrigue, son portrait et ses femmes, est ce que Pedro Almodóvar nous a offert de plus beau depuis « Volver » en 2005. Il aura donc fallu « attendre » onze ans pour que les émotions Almodóvariennes soient de retour sur le grand écran. Et même si l’attente fut longue, elle valait formidablement le coup. Car si « Julieta » ne décroche pas la Palme d’or au festival de Cannes cette année, elle décroche néanmoins la Palme du cœur !

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Julieta, une femme d’une cinquantaine d’années, s’apprête à quitter Madrid pour partir vivre avec son compagnon au Portugal. Mais quelques heures avant ce départ, elle va croiser dans la rue, Bea, une amie d’enfance de sa fille Antía. Julieta n’a plus de nouvelles de sa fille depuis maintenant douze ans, et au cours de la conversation, Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía voilà quelques jours. Pour Julieta, plus question de quitter Madrid, et replongeant dans ses souvenirs, elle va nourrir l’espoir incertain de pouvoir reprendre contact avec sa fille pour lui livrer des secrets qu’elle avait cachés et enfouies, parce qu’elle était une enfant, parce qu’ils étaient douloureux ou simplement par simple pudeur.

En compétition officielle cette année au festival de Cannes, très bien reçu par la presse comme le public, « Julieta » est une petite perle comme Pedro Almodóvar sait parfaitement en faire.

Avec ce « Julieta« , Pedro Almodóvar signe un film magnifique aux sujets multiples. « Julieta » est un film dur et surtout terriblement triste de par l’histoire que vit cette femme. « Julieta« , c’est au départ la vie, l’amour et le bonheur. On entre dans la vie de cette prof de manière sublime. La mort et l’amour réuni en une soirée, le temps d’une étreinte magnifiquement érotique. Et malgré un drame, qui amorcera déjà la culpabilité dont va principalement parler le nouveau film de Pedro Almodóvar, « Julieta » commence comme la plus belle des rencontres. Éclatante, passionnée, torride, sensuelle, Pedro Almodóvar nous emporte totalement dans son histoire d’amour naissant. Mais c’est aussi de manière assez classique, mais très efficace, qu’il nous sort parfois de cette magnifique histoire pour rattraper le présent et son personnage largué dans une dépression sévère. Ainsi, sa belle histoire est aussi parcourue d’un doute, d’un mystère, d’un secret qui assombrit le décor. Et c’est de manière presque brutale que le réalisateur fait chavirer son film, pour l’engloutir dans un drame affreux, d’une tristesse et surtout d’une incompréhension absolue.

Évoquant le deuil, la culpabilité, la douleur, l’incompréhension, l’injustice même, Pedro Almodóvar détruit la vie de son héroïne comme une tragédie grecque, lui laissant que peu d’espoir. On est touché au plus profond par cette mère qui essaie de survivre face au désarroi, à l’incertitude et l’incompréhension de ces disparitions. Tout le film de Pedro Almodóvar n’est que nuances sombres et tristes. Il n’est qu’une injustice inconsolable que la vie et le temps n’arrivent pas à atténuer. Le réalisateur nous prend comme rarement il l’a fait. Il nous touche là où les émotions sont les plus vivaces. On est ému, on est bouleversé, on ressent et on vit à côté de sa « Julieta« , que l’on regarde sombrer, impuissant, face à la cruauté « naïve » des décisions de sa fille. Bref, ça faisait très longtemps que Pedro Almodóvar n’avait pas atteint ce niveau de drame.

Vous l’aurez donc compris, Pedro Almodóvar a donc livré une belle intrigue, solide et prenante, mais « Julieta » ira plus loin, puisque le film est aussi excellent dans sa mise en scène et son ambiance. Oscillant entre la romance et quelque chose de plus intriguant, presque tendu, rappelant parfois le cinéma d’Hitchcock de par certaines images, mais aussi de par la bande originale d’Alberto Iglesias, Pedro Almodóvar maîtrise très bien l’ensemble et sait très bien où emporter son héroïne. Bercées par un rouge flamboyant (la couleur fétiche du réalisateur. Sans rouge, un Almodóvar n’est pas…), les images sont belles, tour à tour lumineuses ou sombres, pleines d’amour ou inquiétantes, Almodóvar nous offre encore une fois un très beau choc esthétique.

Le réalisateur s’attarde pour sublimer ses actrices, nous offrant par la même occasion deux magnifiques révélations, Adriana Ugarte et Emma Suárez. Deux actrices pour un seul et unique personnage, qu’elles incarnent à différents âges. Bouleversantes dans leurs regards qu’elles portent sur les instants que leur personnage va vivre, elles sont émouvantes, elles nous serrent la gorge, et l’on va se rappeler d’elles un bout de temps après notre séance.

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Sublime, superbe, surprenant, magnétique et intriguant, « Julieta » est un grand film sur la culpabilité qu’on l’on peut ressentir, ainsi que sur la douleur de l’absence d’un être aimé. On en ressort ému et touché par l’histoire de sa « Julieta« . Bref, un véritable coup d’amour qui fait du bien !

Note : 18,5/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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