octobre 21, 2021

Double Je – Franck Thilliez

1507-1

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

Dans le bureau d’une jeune lieutenant de police, un individu torturé et hirsute, Ganel Todanais, vient d’avouer un crime. La victime ? Un artisan d’art de renom dont le « meurtrier » jure qu’il est une pure imposture, une sorte de vampire qui lui a volé ses idées pour les ors du pouvoir et la reconnaissance.

Avis :

En dehors des enquêtes de Franck Sharko et Lucie Hennebelle, l’œuvre de Franck Thilliez se ponctue de one-shots tout aussi singulier tels que Vertige. L’auteur, devenu une figure incontournable du roman policier dans l’hexagone, offre à titre occasionnel quelques sympathiques nouvelles. En s’attachant à un contexte particulier, à une collaboration fortuite ou à une idée qui ne nécessite pas de s’étendre sur des centaines pages, il développe des atmosphères à la fois curieuses et originales ; le tout avec des contraintes différentes.

Double Je est un récit quelque peu hors-norme puisqu’il ne s’adresse pas forcément aux férus de lectures, mais aux amateurs d’art. Le projet est né d’une initiative du Palais de Tokyo pour réunir de nombreux créateurs et artisans autour d’une thématique commune. Le texte se révèle alors l’extension de l’exposition qui a nécessité l’association de multiples talents. Dentellier, scénographe, plumassier, marqueur sur bois, ferronnier ou designer textile, ne sont qu’une poignée d’exemples des compétences mises à contribution pour une telle entreprise.

D’ailleurs, le dépliant se pare d’illustrations travaillées où l’aspect macabre et tendancieux côtoie des indices capitaux qui jonchent l’intrigue. Au lecteur de suivre la ligne jaune qui égrène la nouvelle, comme si l’on parcourait le fil d’Ariane au sein du labyrinthe du Minotaure (l’analogie n’est pas anodine). On ouvre et découvre chaque parcelle de l’histoire pour avoir un aperçu partiel, puis général quand on parvient au terme de cette singulière expérience littéraire. Double Je tient autant du puzzle qui prend tout son sens lorsqu’on possède la totalité des pièces que d’un fait divers sordides tout droit sorti d’un journal papier traditionnel.

Outre les quelques clins d’œil furtifs qui ne manqueront pas d’interpeller les inconditionnels de Franck Thilliez (Deuil de miel, L’anneau de Moebius), on songe surtout à une précédente nouvelle également très courte : L’encre et le sang. Le format est identique et exploite la même thématique avec quelques variantes. L’art et le processus créatif sont le moteur de l’histoire et, par extension, le mobile du crime. Sans s’étendre, le sujet est développé de manière similaire avec un jeu de pistes et de faux-semblants assez astucieux, mais peu retors à une bonne analyse des faits.

Là encore, on songe à La part des ténèbres de Stephen King ; ce qui était également le cas et dans une moindre mesure pour L’encre et le sang. Entre paranoïa exacerbée et ambiance malsaine, la poignée de personnages se révèle aussi tourmentée qu’accrocheuse dans leur cheminement. Pour ce faire, quelques détails disséminés avec savoir-faire permettent de les illustrer comme il se doit sans jamais les négliger. Ce qui n’est pas une mince affaire quand on plonge dans le domaine de la nouvelle…

Au final, l’intrigue de Double Je est tellement tortueuse qu’elle peut parfois flirter avec le fantastique. Toutefois, Franck Thilliez demeure bel et bien dans le thriller pour nous fournir un texte court (ce qui est sans doute son seul défaut par rapport à son prix), mais méticuleux et tout aussi exigeant que ses romans. Les similarités avec L’encre et le sang sont assez troublantes, mais les deux récits s’avèrent néanmoins suffisamment dissemblables pour ne pas éprouver un sentiment de déjà-vu. La maquette de la nouvelle sous forme de journal qu’on déplie progressivement, agrémentée d’illustrations réussies, offre également un moment de lecture différent pour peu que l’on ne puisse se rendre à l’exposition au Palais de Tokyo.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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