décembre 1, 2021

Dheepan

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De : Jacques Audiard

Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers

Année : 2015

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Avis :

Jacques Audiard, c’est une foule de récompenses. C’est un premier César dès son premier film « Regarde les hommes tomber« . C’est quatre César de plus, deux pour le meilleur réalisateur et deux pour le meilleur film avec les excellents « De battre mon cœur s’est arrêté » et « Un Prophète » (qui demeure à mes yeux son chef d’œuvre à ce jour). Et enfin au milieu de toutes ces récompenses accumulées en plus d’une vingtaine d’années, le réalisateur vient de rajouter le prix suprême du dernier festival de Cannes, la Palme d’or tant convoitée.

Mais cette palme d’or était-elle méritée ? « Dheepan » sortait-il du lot de la dernière sélection ? Et bien on a envie de dire pas vraiment. Ayant vu d’autres films de la sélection comme « The Lobster » ou « Sicario » ou même « Valley Of love« , cette nouvelle palme d’or « Audiarienne » laisse un petit coup de déception, dans le sens où « Dheepan« , malgré un beau et bon sujet ainsi qu’une mise en scène parfois sublime, s’avère être le film le moins captivant de la filmographie de son réalisateur. Attention, qui dit moins captivant ne veut absolument pas dire mauvais, car on passe tout de même un excellent moment devant « Dheepan« , on aurait simplement aimé que le film soit à la hauteur des attentes.

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Dheepan est un homme Sri Lankais qui vient de fuir la guerre civile qui règne dans son pays. Pour pouvoir fuir, il a dû s’inventer une famille et c’est ainsi qu’il a pu arriver en France. Réfugié de guerre, il trouve un emploi comme gardien dans une cité sensible de la banlieue parisienne. Là, au milieu du chaos, des dealers et de la pression de ces derniers, il essaie de reconstruire un foyer et de créer l’illusion.

Forcément, quand un nouveau film de Jacques Audiard pointe le bout de son nez, ça a tendance à exciter notre curiosité tant ce dernier nous a rarement déçu. Alors quand celui-ci arrive avec dans son bagage une palme d’or, on ne peut que s’attendre à un grand film et c’est avec un petit goût amer qu’on va se rendre compte que « Dheepan » n’est qu’un bon film.

Et pourtant, dès les premières scènes Jacques Audiard plante un sacré décor. Les premières vingt minutes sont absolument sublimes. Le réalisateur laisse planer un hymne humaniste et l’on se dit que cette vision de l’intégration selon Jacques Audiard va être bouleversante. Mais voilà, si les premières minutes sont super, très vite, une fois arrivé en France, et les personnages installés dans cette cité, le film a tendance à se ramollir et plus l’intrigue se dévoile et plus on se demande où le réalisateur veut en venir. Le scénario approche une multitude de thèmes tous plus forts les uns que les autres. Le réalisateur décrit bien l’enfer d’une cité gouvernée par les trafics, mais il manque quelque chose pour que le film arrive à vraiment convaincre. Une fois sur place, on aurait tendance à croire que le réalisateur hésite dans tous les sujets qui s’offrent à lui. « Dheepan » serait-il un film sur les banlieues et le chaos qui y règne ? « Dheepan » serait-il un film sur l’intégration, sur le regard qu’on porte sur ces réfugiés de guerre ? « Dheepan » serait-il une peinture d’hommes et de femmes qui essaient de se reconstruire ? « Dheepan » serait-il une histoire d’amour. Un amour sous-entendu, qui va s’installer au fur et à mesure que les personnages apprennent à se découvrir ? Ou alors peut être que « Dheepan » sera un film sur la crainte et l’auto défense ? À toutes ces questions, on peut se dire que « Dheepan » est tout ça à la fois, mais à force de vouloir s’approcher de trop de sujets en même temps, Jacques Audiard ne fait que les survoler et finalement de ce soldat reconverti en gardien d’immeuble, on arrivera qu’à être peu touché par son destin. Le réalisateur s’est trop évasé et à force de vouloir parler de tout, même s’il arrive à nous tenir devant son écran et qu’il suscite l’envie et la curiosité chez nous, on ne peut dire que l’on est touché par ses personnages. Si « Dheepan » se regarde avec beaucoup d’intérêt et sans longueur, à aucun moment on ne vit le film. C’est ce qui fait toute la différence avec ses autres films, où le réalisateur arrivait à nous tenir, à nous bousculer et nous achever. Et c’est dommage, car il manque plus que ça pour que « Dheepan » soit un grand film.

Parce que pour le reste, le film est au top. La réalisation d’Audiard offre des scènes incroyables et crée un très bon suspens. Le plan-séquence où Dheepan monte un escalier est tout simplement incroyable ! L’ambiance tendue des banlieues est bien rendue, et parfois, le film surprend. Le réalisateur évite aussi de tomber dans les clichés avec les dealers. Il arrive même à dégager une certaine poésie quand il aborde la relation entre Yalini et Rahim. Une relation qui est peut-être ce que le film a de plus réussi d’ailleurs. La bande originale de Nicolas Jaar est très bonne. Puis les comédiens sont bons, particulièrement Kalieaswari Srinivasan, la « femme » de Dheepan.

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Bref, il ne manquait vraiment plus qu’un vrai fond pour nous prendre et nous tenir et nous bouleverser. Tous les ingrédients étaient là, Jacques Audiard n’avait plus qu’à nous toucher et malheureusement, il s’est trop évadé dans son script, dans ses thèmes, et même si l’on passe un bon moment devant son film, même si l’on retrouve parfois l’intensité qu’on aime tant dans la réalisation d’Audiard, « Dheepan » nous laisse un peu sur notre faim.

Note : 14,5/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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