novembre 28, 2021

Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir – Romance Allemande

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Titre Original : A Time to Love and a Tie to Die

De: Douglas Sirk

Avec John Gavin, Liselotte Pulver, Jock Mahoney, Don DeFore

Année: 1958

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Guerre

Résumé :

En 1944, alors qu’il revient dans sa ville natale pour une permission de trois semaines, Ernst Graeber, jeune soldat allemand envoyé sur le front russe, rencontre Elisabeth Kruse, dont il tombe amoureux. Mais la guerre qui continue va bouleverser leur histoire…

Avis :

Adulé par les plus grands réalisateurs, Jean-Luc Godard et François Truffaut en tête, Douglas Sirk reste pourtant un metteur en scène peu connu du grand public. Cela est assez étrange, surtout quand on regarde sa filmographie, ponctuée de films tous plus intéressants les uns que les autres. Fort heureusement, certains éditeurs essayent de remettre au gout du jour ces cinéastes plus ou moins maudits en réhabilitant leurs œuvres dans de belles éditions. Outre Le Chat qui Fume et son Venin de la Peur de Lucio Fulci, Elephant Films décide d’offrir une seconde jeunesse à trois films de Douglas Sirk. Et après le superbe Tempête sur la Colline, le touchant La Ronde de l’Aube, voici venir le tragique et humaniste Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir.

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Considéré comme un chef d’œuvre pour certains, ce film au titre étrangement long et poétique se révèle être assez couillu pour l’époque, mais souffre véritablement d’un petit coup de vieux, notamment dans la gestion du rythme. Rien de bien méchant, mais il faut dire que le film dure plus de deux heures et qu’il se focalise exclusivement sur une relation amoureuse grandissante dans un milieu en proie à une guerre sans merci.

Nous sommes en 1944, sur le front russe et un soldat allemand obtient une permission de trois semaines. Alors qu’il décide de retrouver ses parents, il voit les ruines de son ancienne maison. Dans sa recherche, il tombe sur Elisabeth Kruse, la fille du médecin de famille. Dès le premier regard, il tombe éperdument amoureux de cette jeune fille. Mais la guerre, la gestapo et les camps de concentration vont en décider autrement.

Filmer la paix en temps de guerre, voilà un pari difficile à relever pour Douglas Sirk. Et pourtant, il y arrive avec brio, s’ouvrant même le luxe d’aborder différentes réflexions dans une Allemagne nazie défaite et en fin de vie. Si de prime abord le film ne sera qu’une romance entre un soldat allemand fatigué de la guerre et une jeune fille qui regrette amèrement les interdits de son régime, Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir pose des bases solides dès le départ. Le film met en avant un soldat allemand, et non américain, donc ennemi, pour le rendre plus humain et plus touchant. Douglas Sirk a l’intelligence de ne pas partir des aprioris guerriers et se permet d’humaniser un soldat qui combat pour l’armée nazie. Bien entendu, on va vite voir que cet homme n’est pas pour son régime, qu’il essaye d’esquiver les procédures d’exécution, mais tout de même, il fallait être sacrément couillu pour voir la guerre de ce côté-là. De ce fait, le personnage est extrêmement sympathique et sa relation avec la jeune fille est vraiment réussie. Le spectateur sera touché par les élans de galanterie du soldat, faisant tout pour sauver sa bien-aimée d’un régime totalitaire et restrictif.

Et c’est là que le scénario est malin puisqu’il critique ouvertement le système politique nazi tout en présentant des personnages humains mais à la déontologie plus que douteuse. On voit d’ailleurs clairement la différence de castes dans cette Allemagne qui se fait bombarder tous les soirs et qui accuse de lourdes pertes matérielles. Ainsi Sirk établit aussi une critique sociétale d’un pays à la dérive, qui est contesté par un grand nombre de ses habitants, les prolétaires, ceux qui n’ont plus rien et qui n’ont jamais eu grand-chose. Du coup, ce film possède une véritable force d’équilibre dans une romance douce qui amène à constater les éclaboussures d’une guerre stupide et stérile. A cela, le réalisateur n’oublie pas non plus de traiter des soldats, de leur difficile qualité de vie et des changements qu’ils retrouvent en revenant du champ de bataille. Déçu, fatigué, accusant des pertes ou des handicaps, le réalisateur n’oublie de présenter les horreurs de la guerre de façon humaniste et réaliste. Et le film de se finir dans une tragédie aussi bête que la guerre elle-même, offrant un final nihiliste, montrant que la guerre est synonyme de désespérance.

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Au final, Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir est un très beau film sur la guerre sans jamais la filmer. C’est un film intelligent, tenant plus du drame que la guerre en elle-même, mais qui aborde une romance idyllique sous les sirènes des avions. Un métrage nihiliste aussi, ne laissant aucun espoir au spectateur sur la finalité de l’objet, et qui montre, malgré quelques longueurs, que la guerre est la pire chose qui soit. Douglas Sirk réussit le coup de force de rendre beau un film de guerre sans pour autant en faire des caisses avec des violons, et rien que pour ça, le film mérite d’être vu.

Note : 16/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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