décembre 2, 2021

Another Code: R – Les Portes de la Mémoire

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Résumé:

Pour élucider le mystère entourant la mort de sa mère, une jeune fille fait resurgir des souvenirs longuement enfouis.

Avis :

Contrairement à ce que le marché vidéoludique laisse paraître, le point and click n’est pas l’apanage d’une production européenne ; même si les plus belles perles dans le genre proviennent du vieux continent. Entre Professeur Layton et Ace attorney, l’exception nipponne propose des titres à l’identité forte qui brille autant par leur atmosphère que par la complexité de leurs énigmes. Malgré le succès d’un premier opus sur Nintendo DS, cette suite plus ou moins directe est passée relativement inaperçue. Faut-il y voir le signe d’un portage sur console de salon bâclé ou une aventure injustement boudée par les joueurs ?

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Si l’histoire débute de manière assez banale (Ashley rend visite à son père trop absent), l’on se retrouvera vite intrigué par la direction qu’elle emprunte. À l’instar du calme et de l’image idyllique véhiculés par Lake Juliet, les apparences dissimulent des événements obscurs, à tout le moins, occultés par la population locale. Car avant tout, Another code R prévaut pour son récit et non pour un plaisir de jeu novateur. L’immersion se fait d’une tout autre façon, notamment en s’identifiant aux personnages ou en démontrant un intérêt croissant pour leurs investigations et leurs découvertes à plus ou moins long terme.

On peut très bien se pencher sur le titre sans avoir parcouru Mémoires doubles. Même si on a l’impression que certaines subtilités nous échappent çà et là, l’ensemble demeure parfaitement intelligible. Certains indices ou éléments provoquent des flashbacks ou des rémanences surprenantes pour faire progresser le scénario. Un rythme linéaire (impossibilité de sortir d’une zone déterminée si une action n’a pas été effectuée) qui se montre lancinant lorsqu’il faut poser des questions plus ou moins judicieuses aux différents intervenants. Car, la majeure partie du jeu se borne à suivre une succession de rencontres via des échanges parfois interminables.

La plupart du temps, ces derniers disposent d’une réelle justification. On en apprend autant sur Lake Juliet, la communauté scientifique installée que sur les protagonistes et leurs personnalités. Seulement, certains pans auraient gagné à être raccourcis pour renforcer l’intérêt au profit d’un moment de détente rappelant des vacances à la campagne. Il n’était pas vraiment nécessaire de faire répéter des questions ou d’entrecouper les dialogues par celles-ci pour revenir sur un sujet déjà évoqué auparavant. Cela donne naissance à des cassures qui exigent de passer par un point A obligatoire plutôt que de suivre naturellement le cours des événements.

Cette linéarité se traduit avec une simplicité désarmante dans un gameplay minimaliste. Pour se déplacer, il suffit d’emprunter une direction et d’appuyer sur le bouton demandé. Énorme bémol, on ne peut sortir du chemin tracé pour inspecter les environs. À l’instar d’un rail-shooter, on se trouve prisonnier de choix pour le moins handicapants. Si les possibilités de la Wii sont utilisées à bon escient, certaines actions (par exemple, l’analyse de l’eau) manquent cruellement de précision et d’intuitivité. L’on a compris que l’intérêt premier du titre était son intrigue. Toutefois, soigner la forme n’est jamais à négliger ; y compris dans un tel cas de figure.

Dommage, car alentour, l’ambiance appuie le côté mystérieux en contrastant l’aspect enfantin qui se dégage des graphismes avec les expériences scientifiques et l’enquête principale. Le level design se révèle dans la même veine que le précédent opus avec une finesse sur le plan esthétique revue à la hausse (changement de console oblige). Il en ressort une cohérence évidente dans la succession et la variété des lieux visités. Le tout est servi par une bande-son dans le ton grâce à des morceaux parfaitement implantés en toile de fond. En dépit de leur discrétion et d’une répétitivité incontestable, la plupart des symphonies entretiennent l’atmosphère et l’intrigue.

 

La durée de vie, elle, se montre au-dessus de la moyenne du genre. Les mauvaises langues incomberont la faute à la longueur des dialogues, il n’empêche que les neuf chapitres nécessitent une quinzaine d’heures pour en voir le bout. Malheureusement, la logique du point and click limite la rejouabilité. Un seul niveau de difficulté, et ce, malgré des énigmes à la complexité montant crescendo (tout comme leur nombre), absence totale de contenus bonus et exploration restreinte dans les différents lieux, l’intérêt de redécouvrir l’aventure se rapproche de celui d’un film ou d’un livre et non d’un jeu vidéo.

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Vous l’aurez compris, Another code R est un titre à part. On peut avoir un avis tranché sur la question en pestant contre un gameplay anémique ou des dialogues sans fin. Ce serait passer à côté d’une intrigue et d’une ambiance captivante. Là où certain point and click privilégie des puzzles retors, Cing opte pour une orientation risquée, non moins osée : se focaliser uniquement sur l’histoire et rien d’autre. Il en résulte des maladresses, de petites longueurs et des éléments de jeu négligé qui n’empêchent en rien d’apprécier l’aventure, comme un bon roman parsemé d’énigmes. Une excellente alternative pour les amateurs de lecture et un choix recommandé pour les inconditionnels du genre.

Note : 14/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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