décembre 6, 2021

Les Visages – Jesse Kellerman

artoff38

Auteur : Jesse Kellerman

Editeur : Sonatine Editions

Genre : Thriller

Résumé :

Lorsqu’Ethan Muller, propriétaire d’une galerie, met la main sur une série de dessins d’une qualité exceptionnelle, il sait qu’il va enfin pouvoir se faire un nom dans l’univers impitoyable des marchands d’art. Leur mystérieux auteur, Victor Cracke, a disparu corps et âme après avoir vécu reclus près de quarante ans dans un appartement miteux de New York. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c’est le travail d’un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d’enfants victimes, des années plus tôt, d’un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bientôt virer à l’obsession.

Avis :

À l’instar de sa couverture quasi vierge, on ne sait pas trop quoi penser d’un polar encensé par les critiques, sans compter son succès commercial indéniable. L’on éprouve un sentiment partagé entre le « pourquoi pas » et un « mouais » pour le moins perplexe. Premier ouvrage de Jesse Kellerman (dont les deux parents sont écrivains et lui permettent une entrée en matière des plus confortables), Les visages divisent tant sur les qualités de son intrigue que sur le talent de son auteur. Cette difficulté à trancher sur ce livre trahit une certaine inconstance dans l’architecture de l’histoire, voire des ratés déplorables.

L’entame se montre peu originale et fleure bon avec les romans de gare des années 1950. Même si Jesse Kellerman ne le nie pas, il tend à masquer son manque d’inspiration par la dérision afin de flouer les lecteurs les plus indulgents. Un personnage esseulé, des regrets et une intrigue qui nous promet non du glauque et du sordide, mais un mystère à résoudre et un suspense tiré au cordeau. Enfin, presque… Les visages ne remplira qu’à moitié son cahier des charges pour laisser un sentiment d’inachevé teinté de frustrations sur un concept initial pourtant original.

Quel est-il ? La découverte de milliers de dessins dans un taudis qui portent des chiffres et possèdent tous un lien de telles sortes que chacun est la continuité d’un autre sans jamais discerner le début de la fin. Lorsqu’on analyse cette œuvre dérangeante (qui évoque dans certaines mesures celle de Francis Bacon) où se profile des victimes de meurtres vieux de cinquante ans, l’intrigue prend une tournure intéressante. Ponctuée d’interludes qui s’invitent tant au XIXe siècle, qu’à travers le XXe siècle, celle-ci s’attarde à dépeindre un tableau familial brinquebalant en dépit de sa façade idyllique. Malheureusement, l’on devine sans mal un lien avec le fil rouge et les fameux dessins.

En effet, la déception pointe quand toutes les pièces s’imbriquent parfaitement dans des cases prédestinées. Prévisible certes, mais surtout laborieux pour en arriver à une telle conclusion. Le rythme se montre lénifiant à plus d’un titre. La faute à une surexposition du contexte au sein d’un environnement aussi superficiel qu’hypocrite. En ce sens, le monde de « l’art » se rapproche de son homologue textile et ses « grands » couturiers. Milieu élitiste agaçant par excellence, il en découle une certaine répétitivité dans cette suffisance omniprésente, quitte à laisser de côté le récit et le cœur du problème.

S’il n’arrive pas à se justifier, l’emploi de la première personne du singulier est toujours un choix risqué pour raconter son histoire. Étant donné l’antipathie que dégage Ethan Muller, s’identifier et s’immerger via ce procédé n’est absolument pas judicieux. Le lecteur se détache rapidement des petites misères qui accablent son quotidien de nanti et ne se sent guère impliqué par les événements. Égocentrique, orgueilleux et prétentieux, il est très difficile de lui trouver de bon côté tout comme la gamme d’intervenants secondaires qui l’accompagne. Narcissiques, idiots, superficiels et autres adjectifs raffinés caractérisent leur état d’être. En somme, un panel d’individus détestables.

Au final, Les visages est un polar assez décevant. Grâce à son idée de départ et des interludes davantage maîtrisés au niveau du style que le reste du livre, ce premier roman est sauvé du naufrage de justesse. Cependant, l’intrigue est percluse de longueurs aussi inutiles et pénibles que ses personnages. On a l’impression que l’auteur véhicule une sorte de fantasme, une vision idéalisée d’un milieu peu amène, comme s’il se trouvait en dehors de la réalité. Malgré quelques tournures bien senties, sa prose trahit une certaine complaisance dans sa construction pour faire miroiter sa capacité à enchaîner les mots, quitte à reléguer son histoire au second plan (d’où sa prévisibilité). Des idées intéressantes, mais mal exploitées.

Note : 12/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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