juin 22, 2021

Auto Focus

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De : Paul Schrader

Avec Greg Kinnear, Willem Dafoe, Rita Wilson, Maria Bello

Année: 2001

Pays: Etats-Unis

Genre: Biopic

Résumé:

Dans les années soixante, Bob Crane est l’animateur vedette d’une émission de radio à succès. C’est aussi un père de famille comblé. Lorsqu’il se voit proposer le rôle principal d’une série humoristique, c’est le début d’une gloire aussi grande que destructrice.
Sa célébrité et la rencontre de John Carpenter, un technicien vidéo qui le pousse à développer son obsession de l’image et des femmes. Au cours de sa quête effrénée de plaisir et de sexe, Bob Crane va peu à peu perdre sa famille, ruiner sa carrière et se perdre lui-même…

Avis:

« Raging Bull« , « Taxi Driver« , « À tombeau ouvert« , de Martin Scorsese, « Obsession » de Brian De Palma, ou encore « Yakuza » de Sydney Pollack, qu’est que ces films ont en commun ? La réponse est Paul Schrader. Très bon réalisateur et scénariste, Schrader est une de ces légendes du cinéma encore vivantes et oubliées. Pourtant, le réalisateur n’a jamais raccroché, et continue régulièrement de nous proposer de nouveaux projets qui ne trouvent malheureusement pas son public, ce qui est dommage, car Paul Schrader reste encore aujourd’hui l’un des cinéastes les plus intéressants encore en activité. En voici encore la preuve avec ce film sorti en 2003 et qui plonge le talentueux Greg Kinnear dans la peau du tristement célèbre Bob Crane.

Bob Crane, ce nom ne vous dit pas grand-chose ? Et pourtant, c’est un comédien qui connut une belle reconnaissance dans les années 60 en incarnant le Colonel Robert Hogan dans la série « Papa Schultz« . La vie de l’acteur était mouvementée et Paul Schrader était le réalisateur parfait pour adapter sa vie à l’écran et surtout ses penchants pour les femmes et le sexe.

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Bob Crane est un animateur de radio qui commence à se faire une belle renommée. Un jour, son agent lui décroche le premier rôle dans une série télé. Un rôle comique dans une série qui se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cette série fera de Bob Crane une petite star. Dans sa vie privée, Bob est quelqu’un d’assez simple, c’est l’homme d’une seule femme. Marié depuis seize ans, il est aussi un papa aimant. Mais sa rencontre avec un homme appelé John Carpenter (non ce n’est pas le célèbre réalisateur de « Halloween« ) va alors tout changer. Carpenter va lancer l’acteur dans des soirées échangistes, il va lui donner le goût du sexe, seul ou à plusieurs, si bien que peu à peu Bob Crane va tout perdre, l’amour, sa famille, son métier et il ne pourra plus faire machine arrière. On connaît malheureusement la suite, Bob Crane sera retrouvé baignant dans son sang, un jour de Juin 1978. Il allait avoir cinquante ans quinze jours plus tard.

« Auto Focus« , c’est un terme anglais pour désigner la mise au point automatique et je trouve que Paul Schrader a très bien choisi son titre, car son film sera une sorte de mise au point séparée en deux parties mélangées et très distinctes pourtant.

L’intrigue va donc développer deux éléments et suivre l’évolution de ces deux choses. Principalement, le film est un biopic comme un autre qui suit le parcours d’un acteur. Paul Schrader a décidé de nous raconter sa vie au moment où il est passé de simple animateur radio, qui a une jolie cote de popularité, à celui de star du petit écran, aimé et adulé de l’Amérique. Un moment déterminant dans la vie du comédien. Le récit est simple, à l’image de la vie de l’acteur avant sa rencontre avec son ami. Même si le film n’est pas incroyable et qu’on a déjà vu beaucoup mieux dans le domaine du biopic, il reste honnête et suit ce parcours « initiatique », suivi de sa déchéance de près. « Auto Focus » est toujours intéressant, le réalisateur poussant toujours notre curiosité sur la relation quelque peu bizarre entre les deux protagonistes. Une relation aussi tordue que fascinante. Même si l’on connaît la fin de l’histoire, à aucun moment Paul Schrader ne nous lâche. C’est avec beaucoup de pertinence et de pudeur et sans juger son personnage principal que Paul Schrader nous entraîne dans ces soirées privées les plus débridées où échangisme, partenaires multiples et caméra vidéo étaient les mots d’ordre. Et c’est ce qui m’amène à la deuxième partie du film qui se déroule en même temps que la première. Si on suit l’évolution de l’acteur, on va aussi suivre l’évolution visuelle de l’époque, puisque pour filmer ces frasques sexuelles, le meilleur ami de l’acteur, amateur de technologie, va se procurer toutes les nouvelles créations passant de la caméra sur bobine, jusqu’au magnétoscope et aux premières cassettes vidéos. Une évolution aussi passionnante que la vie de l’acteur. La vision des objets et autres accessoires, puis surtout les réactions des protagonistes, sont assez drôles de nos jours. J’ai trouvé ça intelligent de la part de Schrader qui du coup nous propose « deux » histoires en une.

J’ai beaucoup apprécié l’époque et le visuel dans lequel évolue le film. Paul Schrader a fait un joli travail de reconstitution. Tout est beau à regarder et crédible. Le film a un bon caractère, c’est vraiment bien. L’ambiance soignée nage entre comédie et drame et elle est accompagnée par une bonne bande originale qui reprend des titres soul et rock de l’époque. La photographie est très claire, bourrée de couleurs pétantes, alors que l’histoire ne va pourtant faire que s’assombrir. Les décors et les costumes tapent à l’œil. On baigne dans une ambiance de famille parfaite, le rêve américain. Le rythme est bon, et sans être marquant le film nous réserve pas mal de bons moments et de bonnes scènes. Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que Paul Schrader n’a pas fait un film glauque où le sexe et l’obsession du sexe sont montrés de façon glauque, froide et nauséabonde. Non ici, surtout au début du film, le sexe est un amusement, et les soirées de jambes en l’air que se font Greg Kinnear, Willem Dafoe et toutes les demoiselles conviées à l’occasion sont drôles, libres, et plaisantes. Je trouve que c’est une marque d’intelligence venant de la part du réalisateur qui aurait très bien pu tomber dans le piège de la provocation et le côté tape à l’œil, sulfureux, voire même scandaleux pour faire parler de son film. Puis grâce à cette façon faire, je trouve que ça légitime encore un peu plus le portrait peu glorieux, et surtout, tout en apparence que Paul Schrader fait de l’Amérique. En fait, la sexualité est montrée un peu comme ce que le comédien laissait paraitre dans sa vie de tous les jours.

Ayant un très gros capital sympathie pour Greg Kinnear, j’avais très hâte de le voir dans la peau du Colonel Hogan, car même si je ne connais pas bien la série « Papa Schultz« , j’en ai vu quelques épisodes et je voyais très bien le comédien et le résultat est génial. L’acteur compose un Bob Crane un peu agaçant, arrogant, et en même temps attachant. Il est drôle, à fleur de peau sur la fin, et même émouvant dans sa « folie » destructrice. Willem Dafoe est lui assez énigmatique dans ce rôle. Le comédien est très faux, voire même un peu flippant. Même quand il est drôle, ou attachant, il y a toujours quelque chose qui fait qu’on n’arrive pas à lui faire confiance. Et ces personnages curieux, Dafoe les joue à la perfection et une fois découvert dans ce rôle, on ne peut voir personne d’autre.

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C’est donc un petit biopic, aussi simple qu’il est en fait plus complexe. « Auto Focus » derrière ses petits airs de comédie qui retrace les frasques d’un comédien sympathique est en fait bien plus dur qu’il veut bien le laisser paraître. Paul Schrader s’offre une belle réussite passée inaperçue encore une fois, et même oubliée maintenant et c’est vraiment dommage, car le film vaut carrément le coup d’œil, pour ses acteurs, pour ce qu’il dit, pour son message, pour son évolution, son ambiance et ses parties fines pleines de bonne humeur. Puis Greg Kinnear en Colonel Hogan, c’est quand même bien fun !

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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