avril 15, 2021

A Dirty Shame

De : John Waters

Avec Tracey Ullman, Johnny Knoxville, Chris Isaak, Selma Blair

Année : 2005

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Le quartier des classes moyennes à Baltimore subit de plus en plus la très néfaste influence d’un obsédé de première catégorie, le sombre gourou Ray-Ray qui, probablement à cause de ses quelques neurones en biais, est bien résolu à libérer les pulsions les plus inavouables de ses congénères.
Lorsque Sylvia Stickles, une femme bien sous tous rapports, se cogne la tête lors d’un accident de voiture, c’est la métamorphose. Elle se transforme aussitôt en créature lubrique, au grand dam de son mari Vaughn. En revanche, sa fille, qui dans le plus grand secret se trouve être une danseuse exotique déjà convertie au pouvoir de Ray-Ray, est plutôt contente. Mais la vérité est ailleurs et seul Ray-Ray la connaît : Sylvia est une envoyée du ciel dont la mission consiste à renforcer le pouvoir du sexe sur le monde.

Avis :

Dans le paysage du cinéma américain, aujourd’hui, on s’arrête sur l’un de ses ovnis les plus dingues, John Waters. Cinéaste fou amoureux de la ville de Baltimore, en près de cinquante ans de carrière et dix longs-métrages, John Waters a imposé une filmographie irrévérencieuse, où le trash flirte très amoureusement avec le plus joli des mauvais goûts. Ainsi, le metteur en scène imposera des films cultes qui tranchent radicalement avec ce que le cinéma américain a l’habitude d’offrir.

Dernier film en date du réalisateur, « A dirty Shame » n’échappe pas à la filmographie de son auteur et se pose comme un très joli bout d’irrévérence bien déjanté, et plus critique qu’il n’en a l’air. Comédie délirante, folle satire, le dernier John Waters est une expérience aussi fuckée qu’elle est surprenante, étrange et terriblement sulfureuse. Une expérience qui nous entraîne de surprise en surprise, de métaphore en métaphore, de sous-entendu en sous-entendu, et que j’ai personnellement découvert, le regard médusé, les yeux écarquillés et le sourire aux lèvres.

Sylvia Stickles habite Baltimore. Femme mariée et mère de famille, Sylvia travaille avec son mari et sa mère dans une petite épicerie. Dans sa vie, Sylvia s’efforce d’être droite, et observe sa ville d’un œil le plus conservateur possible, conspuant tous ceux qui n’entreraient pas dans les cases de la normalité. Mais ce regard va changer du tout au tout quand Sylvia se cogne la tête, se fait une commotion et surtout rencontre par la même Ray-Ray, un gourou du sexe.

Dernier film en date de John Waters, avec « A dirty shame« , le réalisateur américain a décidé de s’attaquer au tabou du sexe et « trashement » se moquer de l’image belle et saine qu’aimerait bien renvoyer le pays de l’Oncle Sam.

Doté d’un scénario qui est bien plus critique, intelligent et génial qu’il n’y paraît, « A dirty shame« , comme son titre l’indique, est un film qui parle de ce que certains n’ont pas envie que les autres sachent. Ainsi, John Waters s’aventure dans la chambre à coucher des Américains, où plutôt, il invite les chambres à coucher, les désirs et les pulsions à envahir les rues de sa ville, Baltimore. Très amusant, typiquement dans le style du réalisateur, ce qui fait que ceux qui adorent seront comblés, quand ceux qui détestent ne devraient pas changer leur avis d’un iota, « A dirty shame » est une onde à la tolérance, déguisée en satire trash, qui ne se fixe aucune limite. S’il est vrai que le scénario est un véritable bordel, partant dans toutes les directions imaginables, il y a quelque chose dans ce joyeux bordel qui fait que l’on se laisse entraîner au gré des folies. Puis comme je le disais, derrière les gags, derrière les improbabilités de cette intrigue complétement dingue, il y a cette idée géniale de faire s’affronter les conservateurs, et ceux que ces derniers qualifieront de pervers. Ainsi, d’un côté, il y a ceux qui considèrent que le sexe n’est fait que pour enfanter, et tout autre « utilisation » n’est que perversion, et ceux qui aiment le sexe, qui le pratiquent en permanence, qui l’expérimentent, et surtout se laissent envahir par lui, au point de ne plus rien contrôler. Ce qui est très drôle avec ce film, c’est le fait que John Waters bannit toute demi-mesure. Ici, soit l’on déteste ça, soit l’on adore ça, et dans un cas comme dans l’autre, on le fait savoir et ce « A dirty shame« , ce combat dingue, finit par avoir de véritables allures de chasses aux sorcières, ce qui nous entraînera dans des scènes complétement improbables et surtout hilarantes.

Ainsi, au programme de cette folie, les conventions font face à la liberté d’aimer et les gens se cognent les têtes partout, tout le temps, et ça déclenche de drôles d’effets. On trouvera des hétéros frustrés, des hétéros déchaînés, des homosexuels génialement caricaturés, des femmes qui osent aimer ça, des désirs qui envahissent les rues, des sexualités de tout bord, de la marginalité qui affronte la normalité, d’ailleurs, le réalisateur traite énormément de cette normalité, posant la question de ce qui est normal, de qui juge la normalité. Toujours au programme des festivités, ce qui est terrible avec « A dirty shame« , c’est la montée en puissance de sa folie, et même si le final sera quelque peu prévisible, cela ne l’empêchera pas d’être dingue et jubilatoire, tenant sa ligne jusqu’au bout.

Avec ce film, on trouvera aussi des acteurs qui se dévouent corps et âme pour la folie de leur personnage. Tordant, hilarant, dérangeant, dingue, on ne peut résister à Johnny Knoxville en gourou du sexe, au pouvoir tordu et tordant. On ne pourra pas non plus résister à une Selma Blair qu’on n’a jamais vu ainsi, sorte de déesse exhibitionnisme à la poitrine ÉNORME qui fait la honte puis l’adoration de ses parents. Et en parlant de parents, comment là encore résister à Suzanne Sheperd en grand-mère on ne peut plus conservatrice, jugeant à l’emporte-pièce, ou encore Chris Isaak, papa modèle, mari frustré qui se fait des petits plaisirs solitaires aux toilettes, rêvant secrètement de plus. Mais au-dessus de toute cette galerie de personnages très hauts en couleurs, « A dirty shame« , c’est surtout Tracey Ullman en mère de famille qui s’apprête à avoir un sacré choc. L’actrice qui n’est pas assez reconnue, nous offre là encore un show dont elle seule a le secret. Un show qui est encore plus démesuré que d’ordinaire, tant John Waters lui laisse carte blanche et c’est vraiment tordant de voir à quel point Ullman est possédée. À noter la présence tordante d’une guest star, dont les actions en plein vol en disent très long sur la vision que peut avoir le réalisateur de l’Amérique puritaine.

Folie furieuse, joyeux bordel, film bien plus critique qu’il n’y parait, tenant de belles métaphores et des caricatures délirantes, avec cette histoire de gourou du sexe qui contamine petit à petit la ville de Baltimore, John Waters fait s’affronter cette Amérique justement conservatrice, et celle qu’elle juge comme pervers, déviant, obsédé.

Tordant de bout en bout, on s’éclate devant cette « sale honte » qui, si on la regarde de plus près, pourrait s’apparenter à un véritable rapport sexuel. Oui, au début, on se présente, on se met dans l’ambiance, puis petit à petit, c’est de plus en plus fou, brûlant, tendu, et ça nous entraîne vers un final purement et simplement jubilatoire, aussi bien visuellement que dans sa métaphore… Bref, John Waters est dingue, et des comédies aussi irrévérencieuses marquent énormément.

Note : 16/20

Par Cinéted

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