décembre 2, 2020

His House

De : Remi Weekes

Avec Wunmi Mosaku, Sope Dirisu, Matt Smith, Javier Bottet

Année : 2020

Pays : Angleterre

Genre : Horreur

Résumé :

Après avoir fui les horreurs de la guerre au Soudan du Sud, un jeune couple de réfugiés peine à s’adapter à la vie dans une ville anglaise rongée par un mal profond.

Avis :

L’avantage avec les plateformes de streaming, c’est de pouvoir découvrir des films que l’on n’aurait jamais pu découvrir en salles. Soit parce qu’ils sont des productions Netflix, soit parce qu’ils sont des films indépendants ou avec un pitch qui risque d’attirer fort peu de monde. De ce fait, si l’on est un peu curieux, on peut tomber sur de vraies pépites qui seraient passées sous nos radars autrement. Et His House fait partie de ces films. Premier long-métrage du britannique Remi Weekes, le film prend pour point d’appui la difficile intégration d’un couple soudanais qui fuit la guerre de son pays pour se retrouver parqué dans une cité HLM un peu glauque à Londres. Mélangeant habilement le drame social avec l’horreur pure, His House est une grande réussite. Une grande réussite car il fait non seulement peur, mais il pousse aussi à une réflexion sur notre accueil des migrants.

Mi casa no es tu casa

Le pitch de base est assez simple. Un couple de réfugiés soudanais se voit octroyer par le gouvernement britannique une maison. Délabrée, dans un quartier craignos, la maison n’est pas le paradis sur terre, mais cela suffit au couple qui y voit là une chance pour un nouveau départ. Malheureusement, très rapidement, le couple se rend compte que la maison semble hantée par leurs fantômes, ceux des gens qui sont morts noyés durant la traversée en bateau. Et alors que le mari lutte de toutes ses forces pour s’intégrer à la société et combattre ces entités, sa femme, nostalgique, rêve de retourner dans son pays, malgré la guerre. Oscillant constamment entre le drame psychologique et social et le film d’horreur pur, His House trouve le parfait équilibre dans son scénario pour nous tenir en haleine.

En fait, ce qui fait réellement la force de ce récit, c’est son sous-texte. Car derrière les apparitions et autres attaques des fantômes et du sorcier, on va y avoir divers problèmes liés à l’intégration de personnes qui doivent s’acclimater à une nouvelle culture. Une nouvelle culture imposée par un gouvernement qui ne se pose jamais les bonnes questions sur l’accueil de personnes en détresse. Les fantômes ne sont ici que des réminiscences d’un passé fragile et tragique, qui refont surface quand les difficultés s’accumulent. Ainsi donc, chaque apparition, chaque moment d’horreur, sert un discours social important et surtout très intelligent. Loin d’imposer des jump scare stupides pour susciter un sursaut, Remi Weekes travaille son fond et sa forme pour aboutir à un film protéiforme qui a des choses à dire.

Humains en détresse

Et ces choses à dire se trouve aussi bien dans le contexte que dans la psyché des personnages. Déjà, on parque ces personnes dans un lieu mal famé, sans les informer plus que cela. On leur fait bien comprendre qu’ils sont considérés comme de la merde et qu’ils vont devoir se débrouiller pour s’en sortir. Tout l’environnement devient alors un potentiel danger. Le réalisateur va alors se servir d’une ambiance urbaine angoissante pour livrer quelques passages réellement anxiogène. Il arrive sans aucun mal à transformer cette cité HLM en un dédale de l’enfer où l’on se perd facilement. Un peu à la manière d’un Candyman, on sent un danger à chaque coin de rue. L’entraide n’est même pas de mise quand la femme se fait prendre à partie par trois jeunes noirs issus de sa communauté. L’enfer, c’est les autres, mais c’est aussi ce lieu inconnu, labyrinthique et insalubre. A travers ce passage, on sent toute la détresse de l’héroïne, et on comprend rapidement sa nostalgie et sa volonté de ne pas forcément s’intégrer.

A contrario, son mari ne souhaite qu’une chose, tirer un trait sur son passé et devenir anglais. Il est alors prêt à tout, même à passer pour un imbécile auprès des habitants du coin, chantant une chanson en hommage à un raciste bien connu. Il impose sa vision des choses à sa femme, et refuse catégoriquement de baisser les bras face à cette menace. Néanmoins, devant sa volonté d’intégration, il va vite se rendre compte qu’il est plus que limité. Ses interactions avec les autres sont minimes. Il n’arrive pas à se faire de vrais amis. Et pire, les agents sociaux se foutent royalement de sa gueule. Dès lors, à force de se voiler la face, il va devenir une menace pour sa femme, faille que n’hésitera pas à saisir le sorcier grignotant les murs de la maison. Et le film d’aller plus loin sur un twist final qui laisse pantois, montrant que finalement, les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Les loups dans les murs

A tout ce fond si important, il faut aussi y inclure une forme qui est très convaincante. On a d’ailleurs du mal à croire que c’est un premier film, car c’est maîtrisé du début à la fin. Le jeune réalisateur est très talentueux pour imposer des scènes de flippe très efficace. A titre d’exemple, il exploite bien les zones d’ombre et les apparitions furtives dans les aplats de noir. La première apparition du sorcier est glaçante par exemple. On peut en dire de même avec ces fantômes aux visages émaciés qui se reflètent dans le noir. Il y a un gros travail de fait sur la lumière et les ombres, donnant une atmosphère très anxiogène. Tout comme il y a un vrai travail sur les apparitions, jouant constamment avec les points de vue, pour mieux nous surprendre. Tu penses qu’un truc va surgir du mur, mais en fait, c’est derrière le personnage que ça se passe. Bref, le film fait peur, car il n’y a pas de jump scare inutile, et tout trouve une belle justification.

Enfin, difficile de passer outre les acteurs. Wunmi Mosaku est vraiment une excellente actrice. Elle est à la fois touchante et étrange dans sa façon de voir les choses. L’actrice arrive à avoir une belle nuance entre femme apeurée et femme forte qui fait des efforts pour son mari. Mari joué par Sope Dirisu, que l’on a déjà pu voir dans l’excellente série Gangs of London. Il campe ici un rôle moins physique, mais bien plus nuancé. Il joue constamment avec les émotions, et arrive à se rendre attachant au départ, par sa volonté de s’intégrer pour faire un nouveau départ, mais il est glacial lors du twist final. Enfin, Matt Smith joue un agent social assez froid, que l’on pense sympathique, mais qui semble se foutre pas mal du sort de ceux qu’il héberge.

Au final, His House est une très belle réussite. Abordant de plein fouet la crise des migrants et l’accueil que leur réserve l’Europe, Remi Weekes tisse un film d’horreur efficace qui a du fond. Un film d’horreur social qui fait penser à l’excellent Citadel de Ciaran Foy, mais aussi au cauchemar urbain du Candyman de Bernard Rose. Si on ajoute à cela un folklore africain méconnu et parfaitement exploité dans le film, ainsi qu’une mise en scène grisante, His House est le film d’horreur du moment à ne pas rater.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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