décembre 5, 2020

Shokuzai – Celles qui Voulaient Oublier

Titre Original : Shokuzai 2

De : Kiyoshi Kurosawa

Avec Kyôko Koizumi, Sakura Andô, Chizuru Ikewaki, Ayumi Ito

Année : 2013

Pays : Japon

Genre : Drame

Résumé :

Il y a quinze ans, quatre fillettes étaient témoins du meurtre d’Emili, leur camarade de classe. Incapables de se souvenir du visage du tueur, elles étaient menacées de pénitence par Asako, la mère de la disparue. Contrairement à Sae et Maki, Akiko et Yuka veulent oublier. Et la mère d’Emili, que cherche-t-elle encore après tout ce temps ?

Avis :

Kiyoshi Kurosawa est un cinéaste japonais qui n’a pas vraiment d’horizon tant, depuis presque quarante ans maintenant, son cinéma s’éparpille à tous les genres, tous les styles et toutes les histoires. Du drame à la comédie, de l’horreur au fantastique, du polar au thriller, la filmographie de Kiyoshi Kurosawa est folle et après avoir conclu ses années 2000 avec un très beau film, « Tokyo Sonata« , qui fut même présenté à Cannes dans la catégorie un certain regard, le réalisateur ouvre ses années 10 avec un projet très ambitieux, « Shokuzai« .

« Shozukai« , c’est une minisérie qui fut pour les besoins de l’Occident, transformée en deux long-métrages, « … Celles qui voulaient se souvenir » et « … Celles qui voulaient oublier« . Si le premier film est intéressant, il est vrai qu’il souffrait un peu du fait qu’il soit une série adaptée en long. Un peu long, pas forcément subtil, il demeurait néanmoins que cette première plongée dans cette intrigue pleine de culpabilité étonnait par ses décisions et les sentiers qu’elle emprunte. Puis, le réalisateur nous laissait sur un cliffhanger qui invitait immédiatement à voir le deuxième film.

Pour cette suite et sa conclusion, « Shokuzai – Celles qui voulaient oublier » souffre des mêmes problèmes que le premier, mais malgré cela, ce deuxième film se trouve être un cran au-dessus du premier, car Kiyoshi Kurosawa nous entraîne avec perte et fracas dans une conclusion absolument terrible et quand je dis terrible, c’est dans tous les sens du terme.

Il y a quinze ans de cela, Emili, une petite fille d’une dizaine d’années, fut assassinée et depuis son meurtrier n’a jamais été retrouvé. Ce jour-là, Emili était accompagné par quatre amies et chacun d’entre elle a pu voir le visage de l’assassin, mais aucune d’elle, traumatisée, ne peut s’en souvenir. Aujourd’hui, quinze ans après les faits, toutes ont du mal à vivre et la mère d’Emili garde espoir qu’un jour, elle verra le visage de l’homme qui a tué sa fille.

Après nous avoir présenté les faits et nous avoir raconté la vie de deux des témoins du meurtre de la petite Emili, Kiyoshi Kurosawa continue son histoire, avec la vie des deux autres témoins, puis le final, avec son lot de révélations inattendues et sa tragique conclusion.

Ce deuxième « Shokuzai … » se voit allongé d’une quarantaine de minutes, afin de développer encore plus la psychologie de ses personnages et bien sûr amener à sa conclusion. Le film souffre des mêmes soucis que le premier film, à savoir qu’il est trop long et qu’il traîne son intrigue en longueurs. On retrouvera aussi cette photographie terne qui n’est ni jolie, ni affreuse. C’est neutre, et ça n’accroche pas, alors même que le film tient son ambiance. On aura un peu de mal à vraiment entrer dans ces histoires, dans la façon dont ces jeunes filles gèrent leur vie, qui est beaucoup tenue par une promesse qui fut faite par le passé. Ces histoires sont parfois confuses, et je le répète, le réalisateur les étire trop.

Mais pourtant, face à cela, ce deuxième film, tout comme le premier avant lui, arrive sans mal à intéresser. Certes, il pourrait moins prendre sur la psychologie de ces jeunes filles, car il y a un côté répétition qui commence à s’installer. La ligne directrice de ce film est exactement la même que le premier, mais là où le metteur en scène japonais finit par vraiment nous accrocher, et même ne plus nous lâcher, c’est quand enfin son film s’aventure sur le pourquoi de ce meurtre. Dès lors, ce qui semblait être un crime gratuit devient tout autre et son intrigue bascule dans un immense drame. « … Celles qui voulaient oublier » devient alors horrible, tragique et dans son horreur, dans la psychologie de ses personnages, cette histoire en serait même terrifiante.

Si l’on voyait quelque peu le temps passer, notamment avec la première intrigue et le début de la suivante, avec ce changement d’axe, « Shokuzai … » s’accélère et mieux encore, il nous tient jusqu’à la dernière minute. Avec cet axe, avec cette trajectoire, avec ces révélations ou encore avec ce duel terrifiant entre une mère et l’assassin de sa fille (Les deux comédiens sont incroyables !), Kiyoshi Kurosawa relève le niveau de toute l’œuvre qu’est « Shokuzai« .

Puis cette trajectoire pousse encore plus l’idée que monter ce projet en deux long-métrages était mauvaise, car l’ensemble respire la série télé et il est sûr et certain que « Shokuzai » à son état d’origine est bien mieux, bien plus puissant et intéressant qu’il ne l’est ici.

Ce deuxième « Shokuzai … », tout en souffrant des mêmes faiblesses que le premier, rehausse d’un cran et peut même se vanter avec ce film, fou, de changer toute l’œuvre, la transformant en grande tragédie. Longuet donc, mais prenant, pas forcément subtil, mais pourtant très intéressant dans la psychologie de ses personnages. Plus que deux films distincts, « Shokuzai » est une œuvre qu’il faut prendre dans son ensemble et c’est d’ailleurs une fois arrivé à la fin de celle-ci que cette dernière prend toute sa puissance. Je sais qu’il existe quelques éditions de l’œuvre à son état d’origine et je serais vraiment curieux de la voir.

Note : 13/20

Par Cinéted

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