octobre 26, 2020

Knightriders

De : George A. Romero

Avec Ed Harris, Tom Savini, Amy Ingersoll, Patricia Tallman

Année: 1981

Pays: Etats-Unis

Genre: Action, Drame

Résumé :

Une bande de motards adoptent des règles dignes de la chevalerie et du roi Arthur.

Avis :

Quand on évoque le nom de George Romero, on pense immédiatement aux zombies. Et pour cause. Le réalisateur s’est échiné, durant plus de quarante ans, à mettre en avant le mort-vivant comme figure de proue d’une société qui part à vau l’eau, simple allégorie à une consommation de masse qui nous abrutie plus qu’autre chose. Débutant sa carrière en 1968 avec La Nuit des Morts-Vivants, il poursuit cette première trilogie avec Zombie, puis Le Jour des Morts-vivants, avant d’entamer d’autres cycles avec Land of the Dead, Diary of the dead et Survival of the Dead. Pour autant, George Romero, ce n’est pas que du zombie, ni même de l’horreur. S’il travaille sur la figure vampirique avec Martin, il va aussi adapter du Stephen King avec La Part des Ténèbres et s’essayer au jeu du film à sketches avec Creepshow et Deux Yeux Maléfiques. Et au milieu de tout ça, on trouve un ovni, un film sorti de nulle part, Knightriders.

Délaissant complètement le film d’horreur après le succès monstrueux de Zombie, George Romero va alors se plonger dans un film étrange et pourtant envoûtant. Knightriders, c’est l’histoire de bikers qui vivent d’un spectacle médiéval, jouant une sorte de jeu de rôle grandeur nature tout le temps. La troupe ayant un petit succès, elle va se faire approcher par des agents qui vont vouloir en faire un spectacle télévisuel. Mais Billy, le chef de la bande, celui qui joue le rôle d’Arthur, ne l’entend pas de cette oreille et veut garder une certaine cohésion dans le groupe. Sauf qu’entre les rêves de grandeur, les engueulades, l’argent qui commence à manquer et les rivalités, le groupe va se disloquer pour partir dans la vraie vie et découvrir de nouvelles choses. Comme à son habitude, sous couvert d’un scénario très simple, le réalisateur va poser un regard relativement acide envers son pays, sa société et sa politique.

Ainsi, dès le départ, la troupe va devoir faire face à un adjoint au shérif retors et mal intentionné. Il demande une compensation financière pour que le groupe puisse faire son spectacle et fait chanter tout le monde. D’entrée de jeu, George Romero pointe du doigt les dérives d’une autorité. Une autorité qui va prendre de plus en plus d’ampleur et qui va même résonner comme la raison de la première rupture du groupe. Billy ne voulant pas céder face au policier, il va partir en prison et causer du retard dans la prochaine date. Au-delà de la corruption qui règne dans la police, Romero va aussi pointer du doigt la société de consommation à travers des spectateurs peu tolérants. On va avoir droit à de gros beaufs qui ne pensent qu’à bouffer et boire et qui vont émettre des jugements sur les bikers et sur le spectacle qu’ils sont en train de regarder. Le cinéaste délivre alors un regard cynique sur une population qui a oublié le respect et qui se vautre dans sa propre fange.

Outre un public sordide et une autorité corrompue, le film va aussi pointer du doigt les dérives de la société de consommation et la manipulation des médias. En effet, le spectacle va tomber sous les yeux d’un agent peu scrupuleux qui va utiliser les fêlures du groupe pour en écarter certains et tenter d’en faire un show télévisé. Très rapidement, la troupe se disloque, le rôle de chef de Billy est remis en cause et ceux partis faire les zozos à la télé va péter un câble à cause de l’abus d’alcool et d’une certaine facilité dans la débauche. Le regard du réalisateur n’est clairement pas tendre avec ce que l’on pourrait appeler l’American Dream et démonte point par point les dérives d’une société qui ne se retrouve plus dans les choses essentielles. La simplicité, le respect, l’altruisme, des valeurs que l’on retrouve au sein du groupe et qui s’étiolent complètement quand elles tombent dans les penchants d’une société qui ne vise que le profit. Romero avait déjà fait ça avec les zombies, il réitère la chose avec des marginaux fort attachants.

Et c’est là la grande force de ce film qui va mettre en avant des personnages très touchants, très empathiques, alors même qu’ils sont des marginaux. Billy, joué divinement par Ed Harris, est l’incarnation de la bonté et d’un choix de vie radical. Il démontre avec justesse et tendresse un mal-être fou lorsqu’il voit son groupe se dissoudre petit à petit et on va souffrir avec lui. D’ailleurs, sur la fin du métrage, on aura bien du mal à ne pas verser une petite larmichette sur un final dont a dû s’inspirer un certain Kurt Sutter pour sa série Sons of Anarchy. Tom Savini joue Morgan, le « méchant » de l’histoire, tout du moins lorsqu’ils sont en représentation. Le personnage est très intéressant, car outre le fait que ce soit un queutard invétéré, il se cherche constamment et ne veut que la reconnaissance qu’il trouvera dans l’humilité. Pour les autres personnages, plus secondaires, on aura aussi des éléments empathiques, comme Merlin et sa douceur de vivre, Tuck et sa décadence attachante ou encore Lancelot et sa recherche de chemin de vie.

Si les acteurs sont très bons et que Romero parvient à nous faire ressentir des émotions, c’est aussi en partie grâce à sa mise en scène. Une réalisation très sobre, qui ne cherche pas à faire dans le grandiloquent ou même le sublime. Le cinéaste va à l’essentiel et va prendre énormément de plaisir à filmer ces fêtes médiévales à moto, prenant du temps pour donner un aspect dramatique aux joutes. Le début du film est d’ailleurs une représentation de plus d’une demi-heure sur le premier spectacle que l’on voit. C’est dense, c’est délicieusement kitsch, mais ça ne perd pas de temps et ça ne crée aucun ennui. Malgré un budget famélique, le film trouve un juste équilibre dans son rythme et nous embarque dans un récit à la fois bouleversant et touchant.

Au final, Knightriders pourrait paraître comme désuet et très étrange, voire même trop long pour certains, mais il n’en est rien. En sortant de sa zone de confort, en s’éloignant des zombies mais en gardant ses mêmes thématiques, George Romero réalise l’un de ses meilleurs films. Un métrage qui aborde la marginalité avec douceur et tendresse et qui pointe du doigt une « normalité » déshumanisée et prétentieuse. Un film qui mélange les styles avec brio pour aborder un sujet de fond important. En bref, un film fort réussi et pas assez connu dans la filmographie du regretté metteur en scène.

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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