octobre 1, 2020

Tepuy – François Baranger

Auteur : François Baranger

Editeur : Critic

Genre : Thriller

Résumé :

Venezuela. Une jeune femme se réveille au milieu de la jungle, seule, amnésique, blessée, reliée à un parachute. Autour d’elle, à perte de vue, la végétation…..et le grésillement d’un talkie-walkie. Très vite, la jeune femme comprend qu’elle n’est pas aussi seule qu’elle le croyait : de drôle de prédateurs rôdent au cœur de la jungle, des miliciens armés jusqu’aux dents, et déterminés à déterrer des secrets depuis longtemps oubliés….

À quelques milliers de kilomètres de là, en Floride, le détective Clinton Fisher est embauché par le propriétaire d’un aérodrome pour retrouver un avion volé. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne l’imagine, jusque dans les méandres des multinationales pharmaceutiques.

Avis :

En règle générale, l’œuvre d’un auteur se cantonne à un genre, à tout le moins une spécialité. Il est plus rare de pouvoir officier dans différents domaines et, surtout, de faire montre d’une constance qualitative à chaque écrit. En parallèle de ses nombreuses autres activités d’artistes, François Baranger s’essaye désormais à un récit d’aventures à la lisière du fantastique, de la science-fiction et du polar. Un syncrétisme littéraire particulièrement évocateur de la palette de talents qu’il met à contribution pour donner vie à des histoires foncièrement originales, maîtrisées et immersives, et ce, quel que soit le contexte temporel ou le cadre de l’action.

En l’occurrence, l’environnement détonne au sein de la jungle vénézuélienne puisque l’intrigue se situe sur un tepuy. Pour faire court et sans sombrer dans une approche didactique, il s’agit d’un haut plateau qui peut atteindre près de 3 000 mètres d’altitude. Le décor est impressionnant à plus d’un titre et peu usité dans la littérature. L’une des occurrences les plus célèbres et mémorables demeure néanmoins Le Monde perdu d’Arthur Conan Doyle. C’est dire le potentiel de ce lieu afin d’étayer un récit d’aventures. En cela, le tepuy est l’objet de tous les contrastes au fil des pages. À commencer par une jungle vaste qui, pour autant, ne permet pas de se départir d’une sensation d’enclavement.

Cela tient à son aspect isolé et à son inaccessibilité. On dénote également une disparité entre la fascination et l’hostilité que suggère la nature, a fortiori dans un territoire vierge tel que l’enfer vert. Cette impression contradictoire entre contemplation et craintes est particulièrement évocatrice avec la grotte à ciel ouvert dont l’échelle démesurée rappelle l’insignifiance de l’homme dans ce cadre. Dans ces conditions, l’aspect survivaliste s’avère incontournable. Il ne s’agit pas d’un élément prépondérant au sein de l’intrigue, mais il demeure bien intégré pour accentuer la menace latente qui plane sur les protagonistes, ne serait-ce qu’à travers le danger passif de la jungle.

Mais Tepuy ne se cantonne pas à une éprouvante exploration des contrées sauvages vénézuéliennes. Comme évoqué précédemment, le récit tient son dynamisme d’une alternance des genres et des points de vue. Ces derniers s’écartent sciemment de la quête de survie initiale afin d’apporter une profondeur et une dimension supplémentaires à l’histoire. Cela passe notamment par une partie qui entremêle recherches scientifiques, méfaits d’une multinationale pharmaceutique et investigations d’un privé sur lesdits agissements, jouant avec parcimonie sur les ficelles du complotisme. À l’instar de l’œuvre de Michael Crichton, l’auteur nous entraîne dans un technothriller dense à plus d’un titre.

D’ailleurs, le récit présente une curieuse résonnance avec le contexte actuel, et ce, même s’il a été écrit avant la crise pandémique mondiale. Cela tient à la contamination (ou un parasitage) et à la recherche d’un « remède » qui démontre les dérives de l’exploitation commerciale afférente. Édifiant sans pour autant être forcément cynique puisque ce n’est pas le propos principal. De même, on apprécie la touche de science-fiction, à la fois étonnante et bienvenue. De ce côté, on pourrait évoquer de furtives allusions à Lovecraft, mais il s’agit uniquement de clins d’œil en guise de références et non d’une spécificité inhérente et essentielle à l’intrigue.

Au final, Tepuy s’avère bien plus que le récit d’aventures, teinté de survivalisme, auquel on s’attendait de prime abord. À la croisée des genres, le roman de François Baranger présente un parfait équilibre entre les différentes tonalités propres à la science-fiction, le technothriller, l’action et l’aventure. Il en découle un mélange homogène et cohérent pour soutenir un rythme emporté qui ne faiblit à aucun moment. À cela s’ajoute un environnement particulièrement immersif, sans oublier une caractérisation soignée. À noter que l’amnésie du personnage principal offre une subtilité supplémentaire au traitement narratif. Ce choix permet, entre autres, de distiller de plus amples révélations sur son background et celui de son entourage. En somme, un livre distrayant, maîtrisé, efficace et entraînant.

Note : 17/20

Par Dante

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