octobre 21, 2020

The Secret

Titre Original : The Tall Man

De : Pascal Laugier

Avec Jessica Biel, Stephen McHattie, Jodelle Ferland, William B. Davis

Année : 2012

Pays : Etats-Unis, Canada

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

À Cold Rock, petite ville minière isolée des Etats-Unis, de nombreux enfants ont disparu sans laisser de traces au fil des années, et n’ont jamais été retrouvés. Chaque habitant semble avoir sa théorie sur le sujet mais pour Julia, le médecin dans cette ville sinistrée, ce ne sont que des légendes urbaines. Une nuit, son fils de 6 ans est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. Elle se lance à sa poursuite sachant que si elle le perd de vue, elle ne reverra jamais son enfant.

Avis :

Dans la catégorie nos réalisateurs ont du talent, on pioche aujourd’hui la carte Pascal Laugier, qui fait partie de cette grande famille de cinéastes horrifiques qui ont percé et qui se sont exilés un peu aux States. A la manière d’un Alexandre Aja, d’un Alexandre Bustillo et d’un Julien Maury ou même d’un Louis LeTerrier, Pascal Laugier a fait deux films en France, Saint-Ange et l’excellent Martyrs, puis a décidé de partir outre Atlantique pour tenter crânement sa chance avec un thriller horrifique qui a tous les atours d’un roman de Stephen King. Un projet alléchant sur le papier qui aurait pu permettre au cinéaste de prendre des scénarios plus tordus, des histoires encore plus horrifiques et donc de proposer un cinéma osé et libre. Et ce ne fut pas le cas, puisqu’après The Secret, qui nous préoccupe aujourd’hui, le cinéaste est revenu en France pour faire Ghostland et retrouver une certaine liberté dans ses choix d’histoires et dans une volonté de faire plus percutant. Car oui, si The Secret est plutôt sympathique, il reste un thriller à twist plutôt sage, qui tente de surprendre par sa fin surprenante et au parti pris extrême. Mais on est loin, très loin, de la puissance d’un Martyrs.

Il est difficile de parler du scénario de The Secret sans spoiler, et c’est ce qu’il ne faut pas faire car tout l’intérêt du film repose sur son retournement de situation qui apporte une certaine réflexion. En gros, Pascal Laugier veut filmer une ancienne ville minière sur le déclin et dépeindre un portrait peu glorieux d’une population gangrénée par la pauvreté et l’isolement. Et avec cet isolement, il place une intrigue de disparition d’enfant et d’une légende concernant un grand homme qui enlèverait les enfants pour les faire disparaître dans les anciennes mines de la petite commune. On va alors rapidement suivre le combat d’une femme dont l’enfant vient d’être enlevé sous ses yeux et elle va tenter de retrouver le kidnappeur, avec l’aide d’un inspecteur cynique et fatigué par ce sac de nœud, au sein d’une communauté en perdition, sans repères, où le chômage et l’alcool fait perdre chaque jour un peu plus d’humanité. Ce scénario, qui va se jouer de nous jusqu’à son dernier quart d’heure, est assez malin dans son concept et bénéficie d’une atmosphère assez anxiogène pour susciter un certain intérêt et se faire piéger comme un bleu.

Toute la maestria du réalisateur est de nous plonger au sein d’un coin perdu qui a une profonde identité au creux d’une cicatrice qui ne se refermera jamais. Cicatrice que l’on peut symboliser pour les sillons de mines qui doivent se trouver sous la cité. Le cinéaste s’appesantit sur ce coin perdu, humide, gris, nuageux et peu accueillant et il va composer un tableau très inquiétant d’une population en colère, révoltée et pour qui les lois ne s’appliquent pas forcément, pour peu que ça reste au sein de la petite ville. Ce climat angoissant sert bien évidemment le propos du film, à savoir la disparition d’enfants, rajoutant un côté antichambre des enfers où végètent des gens en perte de repères, complètement à côté de leurs pompes, trouvant finalement une raison de vivre dans l’alcool et la recherche d’un être maléfique, potentiellement fantastique. C’est là aussi que joue le cinéaste, nous laissant constamment dans l’ambiguïté de l’existence, ou non, d’un être fantastique qui se repaîtrait de petits enfants. C’est fait de façon intelligente, ça nous laisse constamment le cul entre deux chaises et cela permet de maintenir un intérêt constant. Sauf que The Secret, malgré son scénario malin et son ambiance soignée, manque de subsistance et constance.

La première chose qui frappe, c’est le manque d’empathie qui va s’emparer de nous pour l’héroïne jouée par Jessica Biel. On nous la présente rapidement comme l’infirmière de secours du bled, aidant à l’accouchement d’une adolescente. On sent une animosité du village envers cette femme et on ne comprendra pas trop pourquoi. Cependant, la façon dont elle est traitée laisse constamment planer un doute sur sa nature et surtout, on reste sur quelque chose d’assez plat et on aura du mal à avoir mal pour elle, notamment lorsqu’elle poursuit le kidnappeur de son enfant et qu’elle va souffrir le martyr. Et puis il y a un sérieux miscast au niveau de Jessica Biel, qui change de registre, ne jouant plus la belle donzelle sexy, mais elle manque de finesse dans son jeu et semble constamment détachée de son rôle. Les personnages secondaires seront eux-aussi sous-exploités, errant comme des fantômes dans un village à l’abandon, ce qui participe à l’ambiance délétère du métrage, mais qui empêche aussi une identification propre des antagonistes. Difficile dès lors de se prendre dans le film tant il manque de substance, de personnages intéressants à suivre et à, potentiellement, aimer ou détester.

Enfin, le film essaye d’avoir un fond intéressant qui concerne le sort des enfants dans les milieux défavorisés et le regard désenchanté des adultes qui ne font rien pour améliorer un avenir incertain. C’est très compliqué d’expliquer ce point de vue sans spoiler le twist du film, mais il faut savoir que le film adopte un point de vue qui peut faire grincer des dents, un parti pris choquant dont Pascal Laugier s’est fait une habitude. C’est ce qui rend d’ailleurs ses films assez marquants, mettant le spectateur face à des choix qui peuvent rebuter mais qui ont des raisons. The Secret n’échappe pas à cette règle et délivre un message qui peut surprendre, qui peut paraître détestable, mais qui, d’un autre côté se défend. Le problème de ce parti pris, c’est sa résolution, son arrivée sur la fin du métrage. Le réalisateur s’étend trop longuement sur ce subterfuge, sur les tourments d’un des personnages et perd de sa force évocatrice. C’est trop expliqué, c’est trop rallongé et de ce fait, c’est beaucoup moins percutant.

Au final, The Secret est loin d’être un mauvais film, mais il reste un film bloqué dans un moule trop présent et, dans un certain sens, dans une mise en forme trop gentillette. Pascal Laugier livre un thriller proche de ce que pourrait raconter un Stephen King, mais manque d’un côté viscéral, d’un côté plus tragique, faute d’une empathie absente envers les personnages. Si Martyrs faisant mal, celui-ci semble bien trop édulcoré et Jessica Biel peine à convaincre. En bref, The Secret, malgré un point de vue qui peut faire grincer des dents et susciter du coup une certaine émotion, s’enlise dans une forme qui veut trop jouer au plus malin et qui manque d’impact.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.