novembre 30, 2020

Les Ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora

Auteure : Katia Lanero Zamora

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy, Fantastique

Résumé :

Amaryllis, 16 ans, n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir où elle vit seule avec sa mère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier, malgré des nuits hantées par de drôles de rêves… Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage de force d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Derrière les portes fermées d’Esver, la jeune fille trouvera-t-elle de quoi échapper à son destin ?

Avis :

Il y a des livres qu’on ne peut classer, qui réveillent des émotions contradictoires, des souvenirs, des images enfouies, qui naviguent entre plusieurs genres littéraires, de multiples sphères. Il existe des ouvrages qui perturbent, qui apportent de la réflexion, des phases de méditation, qui nous laissent une sensation impérissable et qui marquent. L’auteure se joue de nous, de nos perceptions, de nos aprioris, et s’amuse à tout chambouler, nous faisant douter quasiment jusque dans les dernières pages, alors que nous arrivons dans nos ultimes retranchements et que l’on souhaite enfin comprendre, savoir. Qu’est réellement Esver et à quoi correspond-t-il ?

Les ombres d’Esver est un petit bijou au genre unique, même si l’on pourrait essayer de le classifier dans la catégorie de la dark fantasy, à cause de ses créatures d’épouvante, de ses dimensions oniriques et de ses divers messages héroïques. Les scènes de combat épiques alternent avec des passages sombres, douloureux, intérieurs ; les instants rappelant les contes de fées s’entremêlent avec ceux plus terre à terre, dramatiques, philosophiques, poétiques.

Les premières pages nous immergent dans un univers terrifiant, empli d’ombres, de voiles noirs que l’on ne sait distinguer, et de sombres images d’un passé révolu, d’un passé torturé qui ne peut être oublié. Les descriptions du lieu de vie de nos héros se multiplient, sans que cela ne nous ennuie, bien au contraire. Les mots de l’auteure, bien trouvés, permettent au lecteur de se plonger tranquillement dans cette histoire et de s’imprégner de tous les détails du manoir, cette forteresse familiale qui a perdu de sa superbe depuis bien longtemps.

En plus d’un récit féerique, Les ombres d’Esver constitue également une histoire de famille passionnante, aux mystères, trahisons, complots, souffrances et mensonges multiples. Toutes les intrigues se lient, se croisent et se résolvent dans un même élan, grâce à une fin époustouflante. Le passé et le présent se mélangent, les souvenirs remontent à la surface, les rancœurs se dévoilent et les ombres s’invitent au spectacle. Les flashbacks arrivent aux bons moments et nous coupent le souffle. Inattendus, étonnants, saisissants, ces souvenirs nous happent et recollent les morceaux, répondant à la plupart de nos interrogations muettes, en en laissant quelques-unes sans autre indice que celui servant à perpétuer le mystère qui entoure cet ouvrage.

La relation mère-fille de ce roman est bien construite et touche. Gersande, souvent dure avec sa fille, Amaryllis, ne laisse rien passer. Ses rêves inassouvis, ses envies secrètes, ses passions, tous ses désirs inavoués se transmettent à la pauvre petite, à la faiblesse certaine, qui ne peut passer la nuit sans le remède miraculeux préparé par sa mère, passionnée par les plantes et leurs usages. La botanique et l’herboristerie font partie des rares sujets sur lesquels elles peuvent bavarder sans qu’aucun de leurs mots ne dépassent leurs pensées. Au fil des pages, le lecteur découvre une Gersande meurtrie, accablée par les réminiscences d’un passé tortueux. La relation mère-fille prend alors une toute autre allure, et devient plus complexe, plus profonde, plus difficile à appréhender.

Le récit navigue entre plusieurs eaux, permettant à cette atmosphère particulière, noire, malsaine, de s’installer et de perdurer. Les dialogues entre la fille apeurée et la mère autoritaire ne ressemblent en rien aux discussions chimériques que l’adolescente entreprend avec des personnages merveilleux, et s’opposent aux passages plus aimants, plus doux, quand sa mère daigne enfin la remarquer. Drame familial, relation conflictuelle, rêves éveillés, ombres chevrotantes… Amaryllis cherche sa place dans ce monde chaotique, essaie de saisir ce qui l’entoure, de comprendre sa mère, mais aussi de se comprendre elle-même, passant par des phases d’introspection intérieure, de déni, de lumière et d’effroi glacial.

L’univers de ce roman reste mystérieux, même une fois la lecture terminée. Bien que le lecteur parvienne à dénicher des informations à certains endroits, le monde d’Esver se cache, demeure impalpable, insaisissable. L’auteure ne s’étend jamais que la question, préférant laisser ses personnages agir, réfléchir et découvrir par eux-mêmes ce qui les entoure. Toutes les questions ne trouvent ainsi par leurs réponses, mais cela ne dérange en rien les émotions qui nous traversent lorsque l’on ferme le livre, ou lorsque l’on y repense à tête reposée.

Le personnage d’Amaryllis, dans l’innocence et le traumatisme, constitue un personnage intéressant à suivre. Ses côtés rebelles, d’abord peu marqués, grandissent et s’épanouissent, et sa personnalité se développe, mûrit. Telle une fleur prête à éclore, l’héroïne nous attire, pique notre curiosité, avant de se transformer en une véritable combattante de la Lumière.

Parviendra-t-elle à lutter contre les ombres ? Plongez dans Les ombres d’Esver pour le découvrir.

Un coup de cœur, tout simplement.

Note : 20/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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