Sympathie Pour le Diable – La Guerre, c’est l’Enfer

De : Guillaume de Fontenay

Avec Niels Schneider, Ella Rumpf, Vincent Rottiers, Clément Métayer

Année : 2019

Pays : France

Genre : Drame, Guerre

Résumé :

Sarajevo, novembre 92, sept mois après le début du siège.
Le reporter de guerre Paul Marchand nous plonge dans les entrailles d’un conflit fratricide, sous le regard impassible de la communauté internationale. Entre son objectivité journalistique, le sentiment d’impuissance et un certain sens du devoir face à l’horreur, il devra prendre parti.

Avis :

Guillaume de Fontenay est un réalisateur canadien dont « Sympathie pour le diable » est le premier long-métrage. Homme touche à tout, Guillaume de Fontenay vient tout d’abord du théâtre, où il est assistant de mise en scène à la fin des années 80. Dans les années 90, il tourne des publicités qui vont être remarquées. Par la suite, il traverse les années 2000 en s’essayant à la scénographie d’appartements et de musées. En 2013, il tourne son premier et seul court-métrage, « Le retour triptyque« .

Si Guillaume de Fontenay présente « Sympathie pour le diable« , son premier film cette année, le projet est toutefois mûrement réfléchi, puisque pour que ce film puisse voir le jour, de Fontenay va y consacrer quatorze ans de sa vie. Quatorze ans à chercher des financements pour parler selon ses dires d’une guerre dont tout le monde se fout aujourd’hui. Voilà, après quatorze années de batailles, et un scénario écrit avec l’aide de Paul Marchant lui-même et un tournage à Sarajevo, « Sympathie pour le diable » arrive en salle et autant le dire, malgré ses quelques défauts, le film de Guillaume de Fontenay est une belle proposition de cinéma et un moment intéressant aussi bien pour ce qu’il raconte de la guerre en elle-même, que du journalisme de guerre. Bref, une jolie surprise qu’on n’attendait pas.

Novembre 1992, la ville de Saravejo est assiégée et près de quatre cent mille personnes sont piégées, subissant les impacts d’environ cent vingt obus par jour. La communauté internationale est témoin et ne bouge pas, piégée dans des dialogues de sourds. Au cœur de ce siège, les journalistes sont là pour rendre compte de ce qui se passe sur place. Parmi eux, Paul Marchant, grand reporter de guerre. Voulant rendre l’information au plus près de la vérité, Paul Marchant s’enfonce de plus en plus dans l’horreur de la ville et de la guerre.

« Sympathie pour le diable » est un film dont j’ai entendu parler que très récemment quand je suis tombé sur sa superbe et intrigante première affiche. Ne connaissant que peu de chose sur le film, je me suis donc laissé emporter par ce que Guillaume de Fontenay proposait et malgré les défauts, sur lesquels je reviendrai un peu plus tard, je dois dire que « Sympathie pour le diable » se pose comme une petite claque d’immersion dans l’horreur d’une ville d’assiégée.

La guerre de Yougoslavie fut l’une des plus terribles de la fin du siècle dernier et pourtant étrangement peu de films s’y attardent. On trouvera bien le « Underground » d’Emir Kusturica, le « Welcome to Sarajevo » de Micheal Winterbottom ou encore le « Harrison’s Flower » d’Eli Chouraqui pour ne citer qu’eux.

« Sympathie pour le diable« , c’est donc une plongée dans le siège d’une ville. Ici, le réalisateur veut nous parler du quotidien dans cette ville, il veut nous parler de ses habitants plus que du conflit en lui-même. Suivant au plus près le personnage de Paul Marchant, Guillaume de Fontenay nous enfonce dans cette ville et l’on reste autant intrigué que scotché finalement face à cette vie qui s’organise sous les bombes et les tirs de snipers. S’il est vrai que le choix de bien souvent filmé caméra à l’épaule n’est pas toujours judicieux, car l’image est loin d’être nette et elle peut donner une sensation de nausée (parfois ça bouge trop, bien trop, au point d’en être presque agaçant et ça nous sort du film), ou de brouillon (là encore pour les mêmes raisons), il y a aussi quelque chose de véridique qui s’échappe de l’ensemble. Guillaume de Fontenay livre un film cru, qui ne fait pas de concession. Un film qui est bien souvent parcouru de moments chocs, qui décrivent aussi bien l’horreur de la situation que l’importance du métier de journaliste et toute la difficulté de ces derniers pour rendre l’information au plus juste, tout en essayant de rester impartial et distant.

Si bon et intense ce scénario soit-il, il est vrai aussi que parfois le film peut laisser une sensation de tourner en rond, répétant parfois les mêmes actions, mais ceci se justifie par l’intensité du siège de la ville, et le périmètre assez restreint finalement des actions pour les journalistes, même si ici , Marchant veut toujours aller plus loin, veut toujours aller au plus risqué, au plus près de la guerre. On notera que Guillaume de Fontenay ne fait pas de son personnage un héros absolu. Paul Marchant est un personnage ô combien passionnant, car complexe, distant et en même temps forcément impliqué, ce qui le rend touchant. Puis le personnage est bien campé par Niels Schneider qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Le reste du casting est tout aussi bon d’ailleurs.

Pour son premier film donc, malgré ses défauts dans l’image et cette sensation de tourner en rond, Guillaume de Fontenay nous livre un film fort, cru, violent, surprenant et surtout vraiment intéressant, car le réalisateur nous immerge totalement dans le quotidien de cette ville et ces habitants qui survivent comme ils le peuvent. D’ailleurs c’est assez fascinant de voir comment la vie s’organise. Bref, « Sympathie pour le diable« , dans son genre, est une petite claque et il serait dommage de passer à côté.

Note : 15/20

Par Cinéted

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