Sorcières Associées T.01 – Alex Evans

Auteure : Alex Evans

Editeur : ActuSF

Genre : Fantastique

Résumé :

Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules… Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas. Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies… Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. À Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Avis :

La série Sorcières associées, savant mélange d’esprit, de sorcellerie, et de mysticisme, apporte une touche neuve, une bouffée d’air frais, dans le milieu des univers fantastiques et féeriques que nous connaissons. Le monde créé par l’auteure, complètement fou et aux activités magiques variées et farfelues, enchante dès les premières pages, notamment grâce à monde riche, complexe, à l’Histoire cohérente et crédible.

Les deux personnages principaux, deux sorcières aux caractères bien distincts, nous transportent dans leur quotidien mouvementé, rythmé par des enquêtes alambiquées, des affaires sombres ou des problèmes plus personnels. Le lecteur se prend vite au jeu, malgré quelques longueurs, et une fin moins palpitante que le reste du récit. Chaque sorcière, à sa manière, nous envoute, l’une par son côté timide et pragmatique, l’autre par ses penchants rebelles et bagarreurs. Deux personnalités opposées mais qui se complètent, pour une recette plutôt efficace.

Les premières pages nous captivent par leur originalité. En plus d’une ambiance surnaturelle, associant contes et légendes de notre monde (zombies, vampires, génies, démons, etc.) ou issus directement de l’esprit de l’auteure, l’atmosphère steampunk se ressent par à-coups. Au fil des pages, la description de certaines inventions volantes, ou celles d’outils mécaniques intelligents, nous immerge dans ce style bien particulier, que l’écrivaine use avec parcimonie et intelligence.

Sans avoir été prévenus au préalable, des néophytes n’auraient cependant pas apprécié cette touche subtile, finalement peu mise en valeur dans l’aventure. La machine de Léandre, une nouvelle qui se situe dans l’univers de Sorcières associées, met davantage en avant le côté steampunk de la saga. Cela s’explique notamment par le fait que les aventures de ce tome un se déroulent à Jarta, une ville cosmopolite, où tous les genres, toutes les voies se rencontrent, et non au sein d’une atmosphère typiquement victorienne, comme on en a l’habitude. L’auteure innove et offre des visions différentes de genres que l’on croise maintenant fréquemment.

La narration à la première personne nous plonge directement dans l’esprit de nos deux héroïnes. Padmé est moins téméraire que sa consœur Tanit, qui aime à se détendre lorsqu’elle ne travaille pas, alliant plaisir et activités sportives en tous genres. Bien que sérieuse et droite, Padmé montre ses atouts dans les enquêtes du cabinet qu’elles dirigent à deux. Pragmatique et efficace, la jeune femme ne se laisse pas faire et connaît sa valeur. Sa fille, bien que peu présente dans l’histoire, apporte néanmoins une dimension supplémentaire au personnage. On la découvre ainsi mère, s’inquiétant des idées bizarres de sa progéniture, qui a une drôle de tendance à se rapprocher d’étranges créatures malfaisantes, qui lui font les yeux doux. Les quelques scènes avec Jihane sont touchantes et plutôt drôles, contrastant avec le sérieux de l’enquête, qui ne laisse que peu de place à l’amusement.

De son côté, Tanit a un passé lourd et douloureux, lié à des conflits survenant entre plusieurs Etats, qui lui reste heureusement utile, notamment lorsqu’il lui faut combattre lors d’enquêtes difficiles. Véritable machine de guerre, la jeune femme courageuse n’hésite pas à frapper pour se faire entendre et défendre ceux qu’elle aime. Un peu moins coincée que sa collègue, Tanit fait plus souvent preuve d’humour, bien qu’il reste cynique.

Même si l’identité du narrateur est indiquée avant les paragraphes concernés, le lecteur apprend rapidement à différencier les deux manières de penser des personnages. Les points divergents restent subtils, mais suffisent pour donner de la crédibilité aux idées de Padmé et de Tanit. Les indices s’accumulent, et sont régulièrement rappelés au lecteur par l’intermédiaire de réunions entre les deux femmes, ce qui est un processus crédible et bien trouvé. Ainsi, le lecteur ne se perd pas, malgré la masse d’informations qui ne cesse de montrer jusqu’à son cerveau.

Le rythme effréné des débuts, s’effrite quelque peu au milieu du roman, et jusqu’à sa conclusion. Le lecteur se sent moins impliqué, tant quelques passages descriptifs de scènes d’action deviennent plutôt lourds et qu’il faut se focaliser pour suivre les différents mouvements des personnages. Ces paragraphes manquent de fluidité, et peuvent faire lâcher le lecteur peu concentré. Ils concernent surtout les passages de Tanit, ce qui nous fait moins les apprécier, contrairement à ceux de Padmé, dont les actions sont moins nombreuses.

L’enquête laisse, de plus, peu de temps aux personnages pour se développer, bien que l’on découvre, par courts passages, des flash-backs de leurs passés respectifs. On aurait apprécié davantage de temps morts, pour laisser Padmé et Tanit respirer. L’enquête, bien que passionnante, prend le dessus sur tout le reste, et assombrit quelque peu le charisme de nos deux héroïnes, dont les caractères forts s’effacent.

Par l’intermédiaire de l’usage des zombies dans les entreprises, l’auteure met en perspective des problèmes sociaux et politiques qui ont court dans notre propre monde. Ces idées, laissées à libre interprétation par le lecteur, sont prenantes à analyser.

Même si l’auteure nous dévoile quelques faits historiques de son univers, il est dommage que nous n’ayons pas plus d’informations sur les différents continents, les autres espèces humanoïdes ou non, ou les cultures disparates qui peuplent le monde. Cela aurait peut-être permis des passages transverses, en dehors de l’enquête, et une meilleure compréhension des termes inventés employés dans le roman.

Le tome un de Sorcières Associées est une belle surprise, dont les enquêtes policières fascinantes nous entraînent dans un univers riche, à l’utilisation de la magie détonante. Les réflexions et les passages concernant le Pouvoir restent captivants à suivre, comme s’ils constituaient de véritables traités de sciences, aux termes alambiqués et poussiéreux.

Note : 15/20

Par Lildrille

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