Des Voix Dans la Nuit – Kevin Tondin

Auteur : Kevin Tondin

Editeur : Libre 2 Lire

Genre : Horreur

Résumé :

Un soir, à bord d’un train reliant La-Chaux-de-Fonds à Neuchâtel, neuf voyageurs, dont un enfant et un bébé, se retrouvent bloqués dans un obscur tunnel.
Soudain, une voix retentit par les hauts parleurs, les prévenant qu’ils vont devoir se battre contre des monstres terrifiants pour pouvoir survivre.
Autre possibilité : s’entretuer pour faire grimper plus vite leur score, sachant que tuer un enfant rapporte beaucoup plus de points !…

Les passagers s’allieront-ils pour faire face à la menace, ou l’instinct de survie individuel les amènera-t-il au massacre ? Après tout, ne dit-on pas que l’Homme est un loup pour l’Homme?…

Avis :

Faire dans la littérature est un exercice de style très difficile. En effet, contrairement au cinéma, il est bien impossible de faire des jump scares ou d’augmenter le son pour provoquer un sursaut chez le lecteur. Il faut donc tout miser sur son ambiance, l’originalité du scénario mais aussi les personnages et les surprises que peut nous réserver le récit. L’horreur est un genre qui est sur le déclin aujourd’hui, tout du moins en littérature, laissant plus de place au thriller, au polar ou encore aux livres érotiques. Cependant, certains irréductibles continuent d’aller dans cette niche en espérant succéder aux grands noms du genre, comme Stephen King, Graham Masterton, Dean Koontz, Maxime Chattam ou encore James Herbert. Kevin Tondin est un suisse qui aime depuis sa plus tendre enfance les récits horrifiques et il s’est donc lancé dedans il y a quelques temps, en auto-édition, avant de trouver finalement Libre 2 Lire qui publie ici son troisième roman, Des Voix Dans la Nuit. Un troisième roman qui prend des allures de huis-clos au sein d’un train piégé dans un tunnel avec des monstres assoiffés de sang.

Pour ce troisième roman, l’action prend place dans un wagon, un coin plus étriqué pour mettre en avant de l’action et des personnages aux prises avec des monstres lugubres. Un exercice difficile, surtout pour un si jeune auteur qui tente de se démarquer avec plusieurs surprises qui arriveront à la fin de l’ouvrage. Nous tairons bien évidemment le twist pour ne gâcher le plaisir, mais il faut savoir que cela est relativement bien trouvé, même si parfois, on va un peu trop loin dans le glauque, mais cela reste un avis personnel. Le récit est construit de façon linéaire, à savoir que l’on suivre une bande, assez stéréotypées, qui va affronter des monstres alors que leur train est coincé dans un tunnel sombre. Un endroit idéal pour susciter de la peur ou encore installer une ambiance mortifère. Pour autant, Kevin Tondin va plutôt se pencher sur l’action et sur la présence étrange de ces monstres dans un monde réel qu’est le nôtre. Le rythme est mené tambour battant, on n’a pas le temps de s’ennuyer et les quelques 200 pages filent à une vitesse folle. On le savait depuis ses deux précédents romans, le jeune auteur possède un certain don pour raconter des histoires qui vont droit au but, qui ne lambinent, parfois malheureusement au détriment des personnages.

Des personnages qui, une fois n’est pas coutume, rentre dans des clichés bien définis. La jolie nana qui a un fort caractère, la gothique timide mal dans sa peau, le geek un peu grassouillet, le rocker à tendance violent, le père de famille qui essaye de protéger son fils ou encore une autre mère de famille avec un bébé. Bref, on retrouve des personnages plutôt agréables, mais qui ne sortent jamais de leur rôle respectif (sauf pour une personne) et qui manquent un petit peu d’épaisseur. On ne saura rien de leur vie passée, hormis quelques détails, et on sent bien qu’ils ne sont présents que pour être de la chair à canon. Il manque quelques pages pour donner de l’épaisseur à l’ensemble, pour que l’on ressente de l’empathie pour eux et que du coup, l’ambiance n’en soit que décuplée. Néanmoins, certains protagonistes ont des réactions et des relations plutôt intéressantes, comme ce pauvre geek qui tombe un peu amoureux de « l’héroïne » ou encore cet artiste moustachu égoïste qui ne sert à rien à part créer des embrouilles à cause de son inactivité. Bref, malgré les clichés accumulés, certains personnages sortent du lot et c’est tant mieux.

L’autre point intéressant de ce roman, c’est la bonne utilisation de l’espace réduit pour susciter de l’angoisse et créer des tensions entre les protagonistes. L’exiguïté des lieux est propices à des accidents, ce qui va arriver, mais aussi à des tensions lorsqu’il va falloir se sortir d’un tel traquenard. Si tout ce petit monde coexiste et s’entraide au départ, on va vite voir les engueulades et les caractères qui s’affirment. L’auteur essaye de créer un perpétuel moment de tension pour que les attaques de monstres n’en soient que plus percutantes. Les différentes mises à mort sont plutôt bien expliquées et on retrouvera toujours une petite touche gore qui mettra un peu de sel sur l’ensemble. Au niveau des créatures, on voit bien les références de Kevin Tondin, allant de The Descent à The Strain, avec des bestioles minces et glabres qui grimpent de partout. Difficile aussi de ne pas y voir quelques influences de Midnight Meat Train, qui est à la base un récit de Clive Barker où le train prend une importance capitale. Des références cinématographiques qui sont plutôt bien retranscrites à l’écrit, même si on peut reprocher le manque de descriptions de certains lieux afin de poser un cadre plus crade, plus « insécuritaire ».  C’est un léger manque qui aurait appuyé une ambiance plus morbide et qui aurait donné plus de poids à certains passages, osés, il faut le dire.

Au final, Des Voix Dans la Nuit est un court roman plutôt réussi dans son ensemble et qui laisse un bon sentiment. Kevin Tondin prend peu à peu ses marques et s’essayent à un nouveau style horrifiques, après la Battle Royale et le Slasher. En essayant de fournir un huis-clos plus statique, l’auteur arrive à surprendre par une fin inattendue et par des éléments fantastiques intrigants qui le resteront longtemps. Si on retrouve des scories un peu dommageables pour un tel récit (personnages un peu cliché), on prend tout de même un sacré plaisir de lecture, et c’est bien là l’essentiel.

Note : 14,5/20

Par AqME

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