décembre 3, 2021

L’Autre Côté du Paradis – Sally Koslow

Auteure : Sally Koslow

Editeur : J.C. Lattès

Genre : Biographie, Historique

Résumé :

Sheilah Graham, de son vrai nom Lily Shiel, issue d’une famille juive venue d’Ukraine dans les années 1910, est abandonnée par sa mère à l’âge de cinq ans dans un orphelinat londonnien. À sa sortie, pour survivre, elle vend des brosses à dents, avant de rencontrer un employeur galant, Sir John Gillam qui, sous le charme de sa beauté et de son tempérament, l’épouse alors qu’elle n’a que dix-neuf ans (il en a quarante-deux). Grâce à lui, elle fréquente la haute société britannique, rencontre entre autres Randolph Churchill, un « amant de première classe », et le marquis de Donegall, qui voudra à son tour l’épouser. En 1934, avec l’accord de son mari dont elle divorcera peu après, elle part aux États-Unis où elle devient chroniqueuse pour divers journaux. Installée à Hollywood, le monde du cinéma est à ses pieds. En 1937, elle rencontre Scott Fitzgerald. Leur histoire d’amour est fulgurante, tumultueuse, durant les trois dernières années de la vie de l’écrivain, dont la notoriété littéraire est sur le déclin. La dépendance à l’alcool de Fitzgerald est terrible, elle manque à plusieurs reprises de ruiner leur passion, mais malgré ses accès de violence et des comportements insupportables, Sheilah Graham lui conservera son amour jusqu’à la fin (il meurt dans ses bras en 1940), après l’avoir aidé à retrouver un dernier élan créatif pour écrire Le Dernier Nabab, resté inachevé.

Avis :

L’autre côté du paradis est un roman biographique qui nous décrit, entre autres choses, une tranche de vie de l’auteur célèbre Scott Fitzgerald, le créateur de Gatsby le magnifique, récemment interprété par Leonardo Dicaprio au cinéma. Le livre s’intéresse en fait, principalement à sa dernière compagne, Sheilah Graham, journaliste de l’Hollywood de l’âge d’or et femme de caractère. Il en fallait pour supporter les déboires, les facéties et les changements d’humeur de l’écrivain !

Le roman commence à peu près dans l’ordre chronologique des choses en nous décrivant les premiers instants tragiques de Lily Shiel, la petite fille qui deviendra la convoitée Sheilah Graham, critique et artiste que l’on veut avoir dans son giron pour ne pas qu’elle dise du mal de nos carrières. Controversée, concurrencée, mise à mal, la jeune femme n’a pas eu une vie facile mais a su s’en sortir avec sa détermination hors norme et ses envies de gloire et de richesse. On retrouve cette force dans d’autres biographies de femmes d’artistes, notamment dans le roman Gala-Dali, dont la chronique est disponible sur le site.

Sheilah Graham ne veut plus rien avoir en commun avec Lily Shiel et se transforme, s’inventant une nouvelle vie, une nouvelle famille et une nouvelle religion. Le système de castes de l’époque est douloureux et bien strict pour des personnes de « basse extraction » comme elle. Elle devra mentir constamment et cacher son passé pour espérer garder sa place qui est finalement la sienne. Des hommes vont l’aider, l’instruire et lui donner sa chance dans un univers impitoyable où chaque star essaie de piétiner l’autre sans scrupule. La vie de cette femme est réellement passionnante et tient le lecteur jusqu’au bout.

Le roman nous fait découvrir un monde riche et perverti, celui de l’industrie du cinéma et des spectacles, et nous en montre ses meilleurs comme ses pires côtés. Cet univers faste est décrié et le livre montre toute l’ignominie dont les gens sont capables. On se rend compte du comportement des acteurs, de l’injustice faite à certains métiers, comme celui des scénaristes et du système capitaliste qui contrôle tout. Sheilah craint plus que tout que son passé soit révélé et que sa vie ne valle alors plus rien. Cette peur habite chaque page du roman et met en place un suspense non négligeable. De plus, son métier, consistant finalement à lancer des rumeurs et des commérages, fait des ravages, jusqu’à détruire ses cibles ou, au contraire, les encenser. La « presse people » apparaît comme un manège cruel mais vital pour la postérité et la reconnaissance de certains.

Le roman regorge de références aux années trente, quarante et cinquante et il n’est pas simple de tout comprendre, malgré les quelques annotations de bas de page ou les rares détails de la narratrice. En effet, certaines notes paraissent inutiles quand on ne connait pas les chanteurs, les artistes ou les acteurs de l’époque. Savoir qui a chanté quoi n’aide pas vraiment à l’imaginaire ni à l’intrigue. Les nombreuses anecdotes expliquées dans le livre nous passent souvent par-dessus la tête tant on se sent loin de ces personnes étrangères. Celles concernant Sheilah Graham nous parlent bien davantage et c’est finalement ce qui compte le plus. L’ambiance de ces années est bien reconstruite mais les références peu éloquentes alourdissent de nombreux passages. Il faudrait parfois se poser et chercher quelques informations pour mieux apprécier la lecture et le décor que l’auteure nous donne à admirer.

Scott Fitzgerald apparaît comme un personnage difficile à comprendre tant il devient un autre quand il boit. De célèbre auteur à scénariste peu apprécié, le lecteur le plaint sans pour autant cautionner son comportement qui est, par souvent, clairement insupportable. Le livre nous donne à voir la figure d’un écrivain dans toute sa splendeur, avec ses dérives et ses victoires. Quand il est dans son état normal, ses phrases sont dotées d’un vrai sens poétique et la qualité de son expression et de sa culture sont grandioses. Les dialogues entre lui et Sheilah sont agréables dans leur cohérence, spontanéité et niveau de réflexion. On voit très bien ce que chacun apporte à l’autre et tout cela fait que la relation est prenante, alors que le rythme du roman reste plutôt plat. Ces interactions sont la force de ce roman et apportent une belle énergie à l’ensemble.

Ce roman nous en apprend beaucoup sur énormément de points même si d’autres restent flous. On passe un agréable moment de lecture mais la fin aurait mérité une attention plus poussée et plus complète, tant elle arrive rapidement. Effectivement, Sheila Graham est aussi quelqu’un sans Scott Fitzgerald et il aurait été génial de le constater.

Note : 15/20

Par Lildrille

Lildrille

Passionnée d’imaginaire et d’évasion depuis longtemps, écrire et lire sont mes activités favorites. Dans un monde souvent sombre, m'évader et fournir du rêve sont mes objectifs. Suivez-moi en tant qu'auteure ici : https://www.facebook.com/ChloeGarciaAuteure. Et en tant que chroniqueuse aussi là : https://simplement.pro/u/Lildrille.

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