octobre 26, 2020

Point Limite

Titre Original : Fail Safe

De : Sidney Lumet

Avec Henry Fonda, Walter Matthau, Fritz Weaver, Larry Hagman

Année : 1964

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

La défaillance d’un minuscule transistor provoque l’alarme au Strategic Air Command où sont surveillés les mouvements de tous les avions du monde. Cette défaillance fait croire à l’existence d’un engin non identifié. Une escadrille de bombardiers atomiques est envoyée en direction de Moscou.

Avis :

Sidney Lumet, l’immense Sidney Lumet, rien qu’à l’évocation de son nom, on se remémore l’usine à chefs-d’œuvre que le réalisateur est. C’est simple, il est à lui seul une certaine définition du cinéma. Sidney Lumet, c’est un chef-d’œuvre d’emblée avec son premier film « Douze hommes en colère« , et Sidney Lumet, c’est l’audace de boucler sa carrière avec un chef-d’œuvre, « 7h58 samedi-là« . Entre ces deux films, c’est cinquante années de carrière, plus d’une quarantaine de films et un héritage qu’on n’a pas fini de découvrir, redécouvrir et re-redécouvrir !

Parmi les œuvres plus méconnues et oubliées de Sidney Lumet, je suis tombé sur « Point Limite« , dont je ne savais rien et qui a attisé d’emblée ma curiosité, parce que Sidney Lumet dans un premier temps, puis parce que Henry Fonda, Walter Matthau et Larry Hagman dans un deuxième temps et autant dire que j’ai bien fait de m’arrêter sur ce petit film, qui n’est ni plus ni moins qu’un autre chef-d’œuvre que nous laisse là Sidney Lumet. Œuvre politique audacieuse, surtout quand on la replace dans son contexte, 1965 en pleine guerre froide, Sidney Lumet livre un film terrifiant et passionnant à la fois. « Point limite » est une œuvre où la tension ne va faire que monter peu à peu, pour nous laisser sur un final puissant qu’on n’est pas prêt d’oublier !

Les Américains surveillent les Russes. Les Russes surveillent les Américains. Ce matin-là, rien ne laissait présager qu’un petit transistor défaillant provoquerait l’alarme de la Strategic Air Command. Cette défaillance fait croire à un engin non identifié russe s’approchant du sol américain. Sans plus attendre, le gouvernement des USA répond et envoie une escadrille de bombardiers vers Moscou… Jamais le monde n’aura été aussi proche de la guerre nucléaire.

Puissant et terrifiant, voilà deux mots qui me viennent directement en tête à la fin de cette séance. « Point Limite« , c’est une plongée redoutable et sans concession au milieu de la guerre froide. Avec ce film, Sidney Lumet imagine le pire et livre là une œuvre passionnante de bout en bout. Une œuvre à la dimension politique terrifiante et surtout une œuvre qui est d’une justesse remarquable et effrayante.

Dans sa mise en scène, « Point Limite » est très simple, peut-être même un poil classique, mais le tout est d’une redoutable efficacité. Bien souvent en huis clos, Sidney Lumet nous entraîne dans une négociation par téléphone rouge interposée qui passionne. Le film est sous tension permanente. Sidney Lumet instaure comme une fatalité dans son œuvre, tous les éléments se sont mis en branle et on ne voit pas comment le pire peut être évité. Et plus le film avance, plus son intrigue se fait désespérée et plus le réalisateur nous accroche, entre espoirs et désespoirs, entre tension et catastrophe. Bref, c’est du grand art.

Mais plus que sa mise en scène, c’est l’intrigue qui est la plus prenante. C’est ce scénario incroyable où rien n’est laissé au hasard. Avec ce film, Sidney Lumet dénonce l’absurdité de la guerre froide et au-delà de ça, de la guerre en elle-même. Avec cette idée géniale, « Point Limite » est un pamphlet contre la guerre, un pamphlet qui ouvre au dialogue. Avec ce film, Sidney Lumet ose ne pas juger ses personnages, « Point limite » n’a aucun camp, et finalement Russes comme Américains, sur les décisions qui vont être prises, sont mis sur la même position afin de démontrer la bêtise et l’orgueil de chacun. Ce choix installe aussi une terrible tension, avec l’horreur qui peut être là, au détour de chaque phrase, chaque mot, chaque conversation. Certes, il est indéniable que le film fait penser à « Docteur Folamour » de Kubrick, car les deux ont la même trame et le même objectif, mais ils sont tous deux diamétralement opposés et finalement, ils se complètement très bien l’un l’autre. Quand Kubrick décide d’une farce, Lumet fait le choix du réalisme pour dénoncer et terrifier.

« Point Limite« , c’est aussi un casting parfait. Un casting de gueules et d’acteurs de légende. Henry Fonda est incroyable en Président des Etats-Unis. Larry Hagman (oui le JR de « Dallas » !) est génial en traducteur russe. Walter Matthau tient aussi un bon rôle dans la peau d’un stratège. On mentionnera aussi Dan O’Herlihy qui tient un rôle touchant et marquant. Sidney Lumet gère tout ce petit monde d’une main de maître, leur donnant du relief et surtout une place dans cette histoire.

Chef-d’œuvre méconnu du grand Sidney Lumet, « Point Limite » est un film passionnant qui ne manquera pas de nous laisser une trace. Puissant, haletant, réaliste, « Point limite » résonne dans un sens comme tristement d’actualité, avec ces pays qui s’observent, avec ces tensions qui se tendent. Décidément, la vraie question qui se pose est la suivante : Sidney Lumet a-t-il fait autre chose que des chefs-d’œuvre ? Bref, après cette question dénuée de toute objectivité, on ne peut que vous conseiller de découvrir ce petit bijou, qui mérite de sortir de l’oubli dans lequel il se trouve.

Note : 20/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.