L’Effet Domino – François Baranger

Auteur : François Baranger

Editeur : Bragelonne

Genre : Polar, Historique

Résumé :

Paris, 1907. Un mystérieux tueur « à répétition » fait trembler la capitale en s’attaquant à l’entourage de personnalités célèbres et aux policiers qui enquêtent sur son cas. En plus de la terreur, il laisse derrière lui de curieux symboles ésotériques et, dans la gorge de ses victimes, un double domino. La presse accuse « Double Six », un ancien bagnard au torse tatoué dont la rumeur dit qu’il aurait plusieurs vies. Le préfet Lépine confie l’affaire à l’inspecteur Lacinière, un Rennais sans attaches ni famille, qui monte une petite équipe constituée d’une jeune femme noble aux élans féministes et d’un jeune agent qui n’a pas froid aux yeux. Lacinière est convaincu que Double Six n’est pas le coupable. Pour le prouver, il doit retrouver sa trace entre chien et loup, dans le Paris du début du XXe siècle, et résoudre les énigmes que le véritable tueur élabore à son attention…

Avis :

À la fois illustrateur, concept-artist, graphiste et écrivain, François Baranger est un artiste aux multiples talents. Dans le domaine de la littérature, on lui doit l’exceptionnel Dominium Mundi, une des plus incroyables fresques de science-fiction de la décennie. Pour rappel, il en ressortait un parallèle saisissant entre une période historique (l’époque des Croisades) et l’avenir de l’humanité à travers la conquête spatiale. Aussi, il n’est guère surprenant de le voir s’essayer à l’exercice inverse en délaissant le futur pour mieux s’immerger dans le passé avec ce thriller qui prend place au cœur du Paris de la Belle-Époque. Une nouvelle incursion impressionnante ?

En raison du contexte et de la trame en elle-même, il est difficile de ne pas faire un premier rapprochement avec d’autres références en la matière. On songe essentiellement à L’Aliéniste. Outre la formation d’une équipe d’enquêteurs « clandestins », on peut s’attarder sur la présence d’une jeune femme émancipée, mais surtout aux prémices du profilage. L’inspecteur Lacinière use de méthodes novatrices destinées à mieux cerner le point de vue du tueur. Les investigations sont méticuleuses, les déductions sont pertinentes et le rythme demeure soutenu. Ce dernier point faisait cruellement défaut au roman de Caleb Carr qui misait trop sur l’aspect théorique. Ici, l’ensemble est beaucoup plus homogène pour alterner réflexion et action.

Par ailleurs, la qualité de l’intrigue n’a rien à envier à celle de l’écriture. En complément des méthodes d’enquête, on apprécie la reconstitution historique du Paris au début du XXe siècle. Cela tient autant à l’incursion dans les bas-fonds de la capitale, avec la misère apparente à chaque coin de rue, qu’à la découverte de lieux emblématiques. L’évocation d’événements incontournables de l’époque, comme l’Exposition universelle de 1900, permet également de s’immerger dans une ville en effervescence perpétuelle, presque indissociable de la Révolution industrielle. On songe notamment aux moyens de locomotion tels que les aéronefs, le projet de métro ou encore les fiacres.

Comme pour son précédent ouvrage, mais dans des circonstances dissemblables, on retrouve alors cette propension à faire cohabiter le passé et l’avenir dans un présent en constante évolution (mutation ?). Il en ressort une vision à la fois réaliste et très rigoureuse des années 1900 avec un décor parfaitement posé et exploré pour amener les différents pans de l’intrigue. Ceux-ci s’axent sur des pistes de réflexion variées et pertinentes. On songe notamment à l’occultisme et la présence furtive d’Aleister Crowley ou encore à la portée « mathématique » des meurtres. Tant le modus operandi que les motivations qu’ils dissimulent s’avèrent originaux et foncièrement déstabilisants ; a fortiori lorsqu’on saisit tous les aboutissants de l’affaire.

À ce titre, on peut également évoquer la violence consommée de chaque crime. Si celle-ci est essentiellement retranscrite à travers la reconstitution des faits, elle n’en demeure pas moins percutante, car elle se pare d’un aspect suggestif à même de faire revivre les dernières minutes des victimes. À cela s’ajoute un suspense qui reste permanent malgré la densité du texte. La structure est similaire à celle de Dominium Mundi avec une division globale en partie (au nombre de quatre), puis des coupures temporelles et non des chapitres. L’ensemble reste pourtant très fluide et ne faire guère office de remplissage. On apprécie aussi bien le background travaillé pour chaque protagoniste que la progression de l’enquête, s’insinuant de temps à autre dans des territoires incertains.

Au final, L’Effet domino est un thriller historique de haute volée. Grâce à une parfaite appropriation du Paris de la Belle-Époque, François Baranger propose une enquête tendue dont les fondamentaux sont parfaitement maîtrisés. Se présentant comme un roman d’ambiance et une plongée inexpugnable dans la folie meurtrière d’un tueur en série, le présent ouvrage s’impose comme le trait d’union entre un XIXe siècle révolu et le XXe siècle qui s’ouvre à de nouvelles perspectives. On songe aux progrès technologiques, mais aussi à une forme de violence émergente qui décontenance les forces de l’ordre. Une œuvre riche qui pose de nombreuses questions, notamment sur la méthodologie des investigations et, en filigrane, la place de la femme et son émancipation en ce début de siècle.

Note : 18/20

Par Dante

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