février 28, 2021

Scanners

De : David Cronenberg

Avec Stephen Lack, Michael Ironside, Jennifer O’Neill, Patrick McGoohan

Année : 1981

Pays : Canada

Genre : Horreur, Science-Fiction

Résumé :

Une société cherche à regrouper les Scanners, des médiums aux pouvoirs surnaturels. Elle recrute un jeune médium pour détecter tous les Scanners qui lui sont opposés. Il va découvrir les aspects cachés de cette périlleuse mission.

Avis :

David Cronenberg est un réalisateur à la carrière très intéressante. Partant rapidement sur le chemin des films d’horreur avec des transformations corporelles, le cinéaste semble alors obsédé par ce que le cerveau peut faire sur notre morphologie. Si Scanners s’insère parfaitement dans cette mouvance, il faut aussi compter sur Chromosome 3 ou encore Faux-Semblants. Des films étranges, glauques, dont le paroxysme sera atteint avec l’excellent Videodrome. Cependant, cette période va prendre fin avec ExistenZ et le réalisateur canadien va alors partir vers des sentiers plus classiques, se passionnant alors pour les gangsters, puis par la suite pour la psychologie et la philosophie. Un chemin plus classique, malgré un A Dangerous Method très difficile d’accès. Bref, Cronenberg possède plusieurs carrières en un et c’est surtout la toute première qui va nous intéresser, celle où il joue avec les corps et les cerveaux, celle où il présente l’homme comme un surhomme quand celui-ci dépasse un certain seuil de conscience. Et si Scanners n’est pas le plus réussi du cinéaste, il n’en demeure pas moins un film assez intéressant.

L’histoire est assez classique de nos jours et il faut la remettre dans son contexte. Des hommes et des femmes semblent dotés de pouvoirs psychiques incroyables, pouvant faire éclater des têtes et déplacer des objets par la pensée. Alors que certains s’ignorent, un homme décidé alors de se venger de Consec, une entreprise qui a mené des expériences sur les Scanners, ces gens dotés de pouvoir. L’entreprise emploie alors un autre Scanner pour chasser Revok, le grand méchant qui fait sauter des têtes. Une chasse à l’homme se met alors en place, mais Revok semble détenir des pouvoirs qui vont au-delà de la simple pensée. Avec ce pitch de base, David Cronenberg va tisser une relation étroite entre le bad guy et le héros afin de pointer du doigt les relations humaines complexes, mais aussi les manipulations des grandes entreprises. Le film ne fait pas un procès aux grandes entreprises qui finalement dirigent ce monde, mais il montre à quel point elles sont puissantes et peuvent faire ce qu’elles veulent en toute impunité. Si le fond de Scanners n’est pas vraiment l’aspect politique ou économique de la chose, il y a quand même du fond qui montre que dès le début de sa carrière, Cronenberg savait ce qu’il faisait et où il voulait en venir.

Malheureusement, Scanners ne sera pas un film parfait, loin de là. Il y a un énorme problème de rythme dans ce film. Si le début est tonitruant et laisse pantois en une scène gore qui deviendra une image d’Epinal, la suite, sous forme d’enquête policière, traine un peu la patte. C’est assez mou, assez long et surtout, les relations entre les personnages vont très vites, trop vites. Prenons un exemple tout simple, le héros avec la femme qui possède les pouvoirs. Ils vont s’entraider, mener un bout d’enquête ensemble pour trouver Revok, mais rien ne les attache vraiment et leur rencontre tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Il en va de même avec le professeur qui aide Vale, le héros, à sortir de la torpeur de son pouvoir. Leurs échanges sont brefs, et pourtant il semble lier une amitié presque indéfectible. Il y a vraiment des choses qui ne collent pas dans ce métrage et on aura du mal à ressentir de l’empathie pour certains protagonistes, le héros en tête, qui manque de charisme et de background. Néanmoins, Michael Ironside a vraiment la gueule de l’emploi pour jouer les méchants et il prend un malin plaisir à être sadique. Il est vraiment intéressant, même si ses intentions sont parfois classiques pour un méchant.

Néanmoins, le film possède quelques bons atouts, comme des effets spéciaux assez bluffants pour l’époque, mais qui marchent toujours aujourd’hui. Si la scène où la tête d’un médium éclate en full frontal reste dans les annales du cinéma, on retrouvera d’autres moments tout aussi gores ou dérangeants. L’exposition est pas mal dans son genre, faisant penser à des œuvres cauchemardesques issues d’un cerveau malade. Le duel final est aussi très intéressant dans son effet visuel. Il est dérangeant, sale, glauque, gore et surtout, pour l’époque, les effets de Dick Smith sont très impressionnants. La mise en scène de Cronenberg fait régner un énorme sentiment de malaise et l’ensemble est savamment emballé. Mais comment ne pas comparer cette séquence avec Furie de Brian De Palma, où les scènes se ressemblent presque trait pour trait. Enfin, l’autre point fort du métrage, c’est clairement son travail sonore. Tous les bruitages sont importants, chaque mot, parfois transformé, a son importance pour savoir si c’est dans les pensées des scanners ou s’il s’agit de vraies paroles. Rien n’est vraiment laissé au hasard et le film prend un aspect protéiforme étrange, qui met mal à l’aise, mais qui parfois loupe le coche, notamment à cause de son scénario qui ne vole pas bien haut.

Au final, Scanners est un film intéressant à plus d’un titre. Son traitement sonore, sa mise en scène ou encore ses effets visuels sont d’une qualité exceptionnelle pour l’époque, et même aujourd’hui cela fonctionne encore. Malheureusement, le scénario demeure plutôt faiblard, le rythme du film, assez lent, ne lui rend pas hommage et parmi l’époque charnelle de Cronenberg, on lui préférera sans hésitation Videodrome ou encore Chromosome 3 sans l’ombre d’un doute. En bref, un film sympathique au demeurant, mais pas indispensable dans la filmographie du canadien, qui a fait bien mieux.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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