L’Empire du Soleil

Affiche DVD

Titre Original : Empire of the Sun

De: Steven Spielberg

Avec Christian Bale, John Malkovich, Miranda Richardson, Joe Pantoliano

Année: 1988

Pays: Etats-Unis

Genre: Guerre

Résumé:

En 1941, la concession internationale de Shanghaï semble ignorer tout de l’occupation japonaise du reste du pays. James Graham, jeune fils d’un industriel britannique, y vit une existence protégée et pleine d’aventures imaginaires. Mais l’attaque de Pearl Harbour marque la fin de cet état de grâce, et James se retrouve séparé de sa famille. Condamné au statut d’errant, il se retrouve finalement emprisonné dans un camp de prisonniers où il doit apprendre à survivre…

Avis:

On ne présente plus Steven Spielberg, l’homme aux mille films qui sont quasiment tous devenus cultes. Démarrant sa carrière dans les années 60, il décolle vraiment en 1971 avec Duel et confirme son talent avec des films tels que Les Dents de la Mer ou encore Rencontre du 3ème Type. Néanmoins, toute carrière connait des hauts et des bas et des films qui ont moins marqué l’imaginaire populaire. Chez tonton Spielberg, on pourrait citer Sugarland Express, 1941 ou encore Always. Pour autant, ces films ne sont pas ratés, bien au contraire, mais ils sont moins calibrés pour le grand public et donc moins à même de cartonner au box-office. En 1987, entre La Couleur Pourpre et le troisième opus des aventures d’Indiana Jones, le célèbre réalisateur prend en mains un scénario qui devait revenir à David Lean, L’Empire du Soleil. Ce dernier déclina l’offre car il trouva le script trop proche du Pont de la Rivière Kwaï et c’est donc Steven Spielberg qui hérita du projet. Il en résultera un sublime film de guerre, filmé à hauteur d’enfant, mais qui n’oublie pas de montrer la cruauté et la violence d’un conflit qui n’aura servi à rien.

Avec L’Empire du Soleil, on retrouve tous les tics de réalisation de Steven Spielberg. C’est beau, c’est grandiloquent, il y a à chaque fois des moments de rêverie et de fantaisie qui se démarquent d’une cruauté ambiante assez prégnante. L’introduction par exemple, est très caractéristique du cinéaste, puisque l’on va retrouver ce jeune enfant capricieux vivant dans un luxe opulent, et il va se retrouver confronté à un sans-abri vivant devant chez lui, tapant avec une boîte de conserve, lui renvoyant de plein fouet qu’il n’est pas forcément chez lui et qu’il y a une grosse différence sociale. Cette différence va s’accentuer lorsque les japonais vont frapper Shanghaï et carrément envahir le pays. La séparation est rude, l’amas d’humains dans ces rues est étouffant, et après quelques jours à survivre, le pauvre James va devoir déambuler dans les rues et subir un monde violent où le plus fort survit. Cela va donner lieu à des rencontres fortuites, notamment avec Basie, mais aussi à des moments finalement drôles, comme cette course-poursuite dans les rues, jouant avec les pousse-pousse et l’armée nippone, complètement déshumanisée. Spielberg va pondre une ambiance angoissante qui se dédramatise de temps à autre avec des moments plus aériens, en rapport avec les avions qui fascinent le jeune garçon. Bref, si le film peut sembler long à se mettre en place, la réalisation et l’ambiance font que le tout est passionnant.

Cette ambiance va tout de même changer presque du tout au tout lorsque le petit Jim va se faire enfermer dans des camps avec Basie, qui ne va pas se gêner pour l’utiliser. La vie devient plus dure, les gens se battent pour la nourriture, les morts se comptent par centaines à cause de la dysenterie et Jim doit évoluer dans ce monde morbide et sans pitié. Un monde parfaitement mis en scène par Spielberg qui n’hésite pas à montrer la violence du conflit et la cruauté qu’il faut avoir pour survivre. Le dépouillement des cadavres devient alors monnaie courante, les vols se multiplient et Basie devient un redoutable professeur pour une bande de jeunes enfants complètement perdus. Le basculement du film devient alors encore plus poignant quand il faut changer de camp et se retrouver dans une sorte de camp de concentration où la débrouille est synonyme de survivre. Là encore, même si le film devient plus lumineux, Spielberg joue constamment sur la dichotomie du film, montrant d’un côté la joie de cet enfant qui devient une sorte de mascotte et la réalité du terrain avec des japonais revanchards et parfois violents. Ce marquage, on le retrouve même dans les couleurs utilisées, dans cette utilisation optimale du clair/obscur qui baigne les personnages, notamment ceux dont le temps est compté.

Et derrière cette intelligence dans la technique, on retrouve un récit à la fois touchant et dur, où un jeune garçon va survivre dans un monde d’adultes, se faire avoir par un salaud et se faire rattraper par des sentiments trop longtemps enfouis. Le final est très beau, et il sera difficile de ne pas verser une larme quant au destin de ce jeune Jim, issu d’un récit semi-autobiographique. Cette grâce est présente grâce à la prestation incroyable d’un tout jeune Christian Bale (alors âgé de 13 ans lors du tournage). C’est bien simple, il est tout bonnement habité. Le jeune acteur dégage un charisme de folie, il joue divinement bien et incarne à la perfection ce jeune garçon perdu, forcé de vivre dans un milieu hostile permanent. Auditionné parmi plus de 400 autres enfants, Steven Spielberg ne s’est pas trompé en prenant pour la première fois Bale, qui habite le film et vole la vedette à tout le monde, même à un John Malkovich parfait, mais totalement détestable dans ce rôle de roublard qui retombe toujours sur ses pattes. On notera aussi un rôle anecdotique pour Ben Stiller. Alors le film n’est pas parfait. Il est parfois trop long, durant plus de 2h30, et certaines séquences ne sont pas vraiment utiles, comme ce passage où le jeune garçon part poser des collets pour attraper des faisans (même si cela fait monter une certaine tension), certains segments seront aussi laissés de côté, comme le destin de Mr Victor ou bien celui des enfants recueillis par Basie lors de la mort de leur mère, mais globalement, on reste dans un excellent film.

Au final, L’Empire du Soleil est un film trop méconnu de Steven Spielberg, et souvent mal aimé, à tort, puisque l’on tient là un joli film qui possède une belle ambivalence.  Film de guerre aussi dur que beau, jouant constamment avec la vision d’un enfant (le coup de la bombe atomique, bourré de poésie) tout en n’oubliant pas la cruauté d’un conflit injuste, le réalisateur signe un sublime film de guerre, peut-être moins marquant que certaines autres de ses œuvres, mais cela reste un excellent moment porté par un jeune Christian Bale subjuguant et débordant de talents.

Note: 17/20

Par AqME

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