novembre 30, 2020

Coup d’Etat T.01 – La Reine des Esprits – Valérie Simon

Auteure : Valérie Simon

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy

Résumé :

Dans un empire dépendant de l’exploitation économique du Cristal, des femmes, les Initiées Denaia, noyautent les plus hautes sphères du pouvoir. Jeunes et extrêmement belles, elles ont été formées pour contrôler leurs corps et leurs esprits de façon implacable. Elles obéissent à une « Mère » qui intrigue pour s’arroger un pouvoir politique garantissant leur hégémonie.
Depuis des années, ces Initiées cherchent à s’emparer de l’économie du Cristal, source de toutes les richesses et de toutes les convoitises. Pour cela, il est nécessaire de se débarrasser d’Alia, la jeune héritière. Les Initiées ne reculeront devant rien pour parvenir à leurs fins, y compris le meurtre. Pourtant, Alia n’est pas aussi démunie que son jeune âge pourrait le laisser entendre : elle aussi a suivi une formation d’Initiée, et ses propres alliés sont nombreux. Mais surtout, elle vient de se découvrir un don effrayant. Elle est capable de lire les pensées des hommes qu’elle touche.

Avis :

La reine des esprits est un premier tome efficace qui laisse envisager de très belles choses pour la suite. L’univers imaginé est intéressant et novateur, mettant en scène des groupes aux pouvoirs mystiques puissants et des combats politiques féroces. Etonnamment, le roman tourne principalement autour de cette problématique, mettant de côté les quêtes héroïques ou les batailles épiques que l’on côtoie habituellement dans les récits de fantaisie. Les histoires d’amour ne sont pas lourdes et sont plutôt belles dans leurs émotions et constructions. La reine des esprits est un roman se déroulant dans un monde imaginaire mais qui met en avant des situations de notre société où, faux-semblants, hypocrisie et pouvoir se font la part belle des rivalités les plus terribles.

L’écriture est poétique et magnifique. Chaque mot est recherché. Les descriptions très imagées et les dialogues courtois, nous ramènent à d’anciens temps où l’éloquence avait son importance. Le ton respectueux des personnages et le beau parler font du bien, tant aux yeux qu’à nos oreilles, lorsque l’on s’imprègne des images résultantes. Le ton proposé se marie parfaitement à l’ambiance royale, guindée et dure du roman, que la couverture représente d’ailleurs à merveille. De temps à autre, la violence et la dureté des actes contrastent tout de même étonnamment avec le lyrisme doux et voluptueux de la plume. Le roman est un savant mélange de belles tenues seyantes et brillantes, de brutalité sans cœur et de poésie. Cet ensemble apporte une atmosphère saisissante à la lecture et fascine le lecteur d’emblée.

Les personnages principaux sont tous issus de la noblesse et cette non-diversité ne dérange en rien, étant donné que tous les conflits politiques ou commerciaux naissent dans les enceintes des palais, à l’ombre des couloirs ou à la lumière des réunions officielles. Un des personnages, un contrebandier, vient de la rue et reste très mystérieux. On ne sait pas grand-chose de lui mais sa dextérité avec les mots et sa souplesse au combat nous font vite l’apprécier. Quelque peu effrayant à cause de la chimère qui le suit, ou intrigant par ses jeux d’acteurs et ses différentes identités, Javis prend de l’importance au fil du récit, pour en devenir l’un des héros principaux. Têtu, irrévérencieux, et à la langue bien pendue, il apporte à l’histoire des briques d’impertinence, mais empreintes de respect, notamment envers Alia, dont la beauté ne le laisse pas indifférent.

L’héroïne est loin des clichés sempiternels sur les princesses et son caractère complexe est appréciable. Envoyés en exil chez ceux qui avaient tué sa mère, la jeune femme revient vers son père avec des questions plein la tête et des interrogations intérieures sur son identité. Le Denaia, une école féminine à la réputation sournoise et farouche, souhaite la mort de la jeune femme, bien que celle-ci fût formée par leurs soins. Alia doute d’elle-même et de ce qu’elle a appris. Elle déteste le Denaia et ne veut surtout pas être prise pour l’une des leurs. Ressemble-t-elle à ces femmes qu’elle honnie ? Arrivera-t-elle à dénigrer ce qu’elle a appris pour réellement prendre le contrôle de sa vie ? Pourquoi son père l’a-t-il donnée à cet ordre, si ce n’était pour l’éloigner de lui ?

Les Initiées Denaia doivent être des femmes dénuées d’émotions et de sentiments, ce qui est essentiel pour contrôler et manipuler les hommes et leurs désirs. Leurs esprits et corps ont été façonnés seulement dans cet objectif-là et chaque femme de cet ordre doit une stricte obéissante à la « Mère », une femme terriblement intrigante qui ne cesse de s’immiscer dans les problématiques politiques du royaume. Alia n’est pas comme ces femmes dépendantes et s’émancipe peu à peu des enseignements machiavéliques de son enfance et du matraquage de crâne.

La jeune femme souhaite ressentir et aimer, comme tout le monde. Ses paroles dures et son caractère fourbe baigne le roman d’une aura glaciale. Au fil du récit et des aventures, Alia se transforme et le lecteur découvre une jeune femme perdue, que l’apparition de grands pouvoirs terrifie, autant que la venue de sentiments amoureux qu’elle n’aurait pas pensés possibles. On finit par s’y attacher, même si son caractère rebelle finit par agacer quelque peu, contrastant un peu trop avec son côté royal et ferme des premières pages. Son enfance a été volée par le Denaia et Alia se démystifie, devenant une petite fille qui désire que tout lui soit acquis. Son évolution est plutôt décevante sur certains points, mais plaisante et étonnante sur d’autres. Alia est un personnage complexe qui a encore beaucoup de choses à nous faire découvrir et qui a encore du chemin à parcourir pour se découvrir elle-même.

Son protecteur et garde du cœur, complètement sous son charme, est plutôt agaçant tant il paraît être son esclave et malheureux de sa condition de laquais. Les sentiments qui se développent entre eux deux sont quelque peu gnangnan, manquent de crédibilité et de profondeur. La relation entre Alia et son père est bien plus subtile et douloureuse, les deux partis ne sachant plus très bien qui est l’autre, après toutes ces années d’exil.

Le roman foisonne de personnages fascinants, d’intrigues politiques et de meurtres. Les Initiées du Denaia sont des femmes cruelles et sans cœur, apportant une ambiance morbide et conspiratrice à tous les chapitres. Leurs compagnons ne sont pas en reste et apportent leur lot de combats épiques ou de violences glauques. Les dialogues politiques et commerciaux sont prenants à suivre, loin d’être ennuyeux ou surfaits. Tous les partis veulent s’emparer du commerce du Cristal, une ressource qui donne pouvoir, richesse et suprématie sur tout le continent, à qui la possède. Les trahisons se multiplient, comme les coup-bas et un traître finit par se faire démasquer.

L’auteure ne laisse volontairement pas traîner longtemps le mystère de l’identité de ce dernier, et c’est bien dommage. Cela aurait donné des rebondissements finaux intéressants et un suspense haletant. Une phrase élégamment imbriquée ne laisse pas de doute sur son identité et tout questionnement se dissipe complètement quand le lecteur arrive au chapitre écrit selon le point de vue du traître. On découvre alors les revendications et les envies qui l’ont poussé à se fourvoyer. Malgré cela, le méchant de l’histoire n’est pas très développé et son charisme tombe en même temps que son masque.

L’auteure raconte son histoire via différents narrateurs et points de vue. Cela constitue en une écriture captivante, amenant un suspense bienvenu, bien que certaines descriptions en doublon alourdissent le texte. En effet, lorsqu’Alia et Javis, par exemple, rencontrent le même personnage chacun de leur côté, ce sont les mêmes mots qui sont employés, et cela se remarque.

La reine des esprits est un roman qui recèle de nombreuses qualités mais dont le rythme, parfois lourd en descriptions, n’accroche pas complètement, pouvant même finir par ennuyer. De plus, la fin énigmatique laisse songeur, bien qu’elle soit inattendue et loin des stéréotypes auxquels on aurait pu s’attendre.

Note : 16,5/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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