décembre 3, 2021

Apocryphe – René Manzor

Auteur : René Manzor

Editeur : Calmann-Levy

Genre : Thriller

Résumé :

Jérusalem. An 30.
Un petit garçon regarde avec rage son père agoniser sur une croix.

Son nom est David de Nazareth, et ceci est son histoire.

Un adolescent en quête de justice et de vérité,
Une fresque épique, violente et émouvante,
un thriller biblique à couper le souffle,
relecture stupéfiante de l’histoire officielle.

Avis :

Avec son dernier roman, Dans les brumes du mal, René Manzor finissait d’asseoir une solide réputation dans le domaine du thriller contemporain. Au-delà de sa prose et des ambiances dépeintes, son œuvre se distingue par son originalité qui entremêle des sujets aux antipodes. Au regard des époques respectives de ses intrigues, on peut également saluer une excellente capacité d’adaptation pour se conformer aux mœurs et aux contraintes de périodes très ciblées. Une qualité qui n’est pas donnée à tous les auteurs. Cela passe par un travail de documentation d’envergure, mais aussi par un talent de conteur propre à immerger le lecteur dans un siècle, voire un millénaire, différent.

Avec Apocryphe, l’écrivain s’insinue dans le premier siècle de notre ère, plus précisément après la crucifixion de Jésus-Christ. Les historiens, théologiens et archéologues se sont longuement penchés sur cette période qui reste assez nébuleuse. D’une part, les témoignages de l’époque relèvent surtout de sources indirectes. D’autre part, ces versions se contredisent selon le point de vue présenté. On peut évoquer le dogme officiel de l’Église qui se base uniquement sur quatre évangiles. La centaine de textes rapportant les mêmes faits sont passés sous silence. Leur teneur ne sert pas les intérêts du Vatican et risque même d’ébranler les fondations de la foi catholique.

Dit comme cela, on pourrait songer à un thriller ésotérique. Pourtant, le présent ouvrage s’avance comme un thriller historique. Certes, l’appellation peut paraître « fourre-tout ». Elle définit néanmoins une trame tendue qui se joue de tragédies pour développer un suspense de rigueur. Ici, il n’est pas question d’un traitement dogmatique à même de remettre en cause les croyances de chacun, mais de proposer une théorie plausible sous couvert de la fiction. Certains éléments s’appuient sur des certitudes. D’autres sont détournés pour servir l’intrigue. L’amalgame entre ces deux aspects se fait de manière naturelle et rend ce voyage temporel d’autant plus intéressant.

Sur bien des points, on notera de nombreux parallèles avec notre époque. Cela passe par le contexte sociopolitique où Rome s’impose comme l’un des précurseurs de la mondialisation. Sur fond de dissensions religieuses et de communautarisme, la question du terrorisme occupe également une place prépondérante. Quant au sort des femmes, peu enviable au demeurant, il reste assez radical et archaïque. On songe aux mœurs soutenues par les textes bibliques où le mot « sexisme » est l’euphémisme du siècle. Malgré la période choisie, Apocryphe s’impose comme un ouvrage d’actualité qui démontre avant tout que l’histoire a la fâcheuse tendance à bégayer.

À certains égards, l’ensemble prend les atours d’un roman initiatique. Cela vaut, entre autres, pour l’exil forcé de David, le fils de Jésus, pour fuir l’oppresseur romain. Les états d’âme et les considérations théologiques vont également en ce sens. Elles mettent néanmoins à mal de nombreuses idées reçues, notamment sur la crucifixion en elle-même, la notion très malléable de résurrection, l’influence de Jésus sur les peuples du Moyen-Orient et d’Extrême-Orient ou le véritable rôle de Judas. Sur ce dernier point, l’écrivain s’est référé à l’évangile de l’apôtre découvert à la fin des années 1970. On apprécie également le fait d’utiliser les vrais prénoms des protagonistes avant de révéler leur patronyme plus connu pour conférer une dimension différente au livre.

Au final, Apocryphe démontre que René Manzor est aussi bien à l’aise avec des thrillers contemporains que des récits historiques. Insufflant l’énergie de ses précédentes intrigues, l’auteur propose un roman qui entremêle habilement les fils de la réalité et de la fiction. Sans avoir la prétention de détenir une vérité, il en ressort une vision à la fois personnelle et d’une grande perspicacité sur les premières heures du christianisme. Le tout est rehaussé par une reconstitution méticuleuse à même de servir l’atmosphère générale. Si l’ouvrage se montre particulièrement violent, notamment dans les affrontements et les batailles, il interroge aussi sur la notion de foi et la tolérance. Cette dernière semble remisée au stade des bonnes intentions, tandis que la première fait office de certitudes. Or, l’auteur a parfaitement assimilé ce point : quand on croit, on doute, car l’on ne sait pas.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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