Rosewater – Tade Thompson

Auteur : Tade Thompson

Editeur : Nouveaux Millénaires

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Nigeria, 2066. La ville de Rosewater a poussé comme un champignon autour d’un biodôme extraterrestre mystérieusement apparu quelques années plus tôt et qui, depuis, suscite de nombreuses interrogations parmi la communauté internationale. Les habitants de Rosewater, eux, se fichent bien du comment et du pourquoi, tant que le dôme continue de dispenser ses guérisons miraculeuses lors de son ouverture annuelle. Karoo vit dans cette cour des miracles. Officiellement, il travaille comme agent de répression de la cyberfraude, mais il est aussi un membre du S45, une officine d’État chargée de missions plus ou moins discrètes qui l’a recruté en raison de ses pouvoirs psychiques, sans doute acquis au contact du dôme. Mais aujourd’hui, ses talents font de lui une cible.

Avis :

Tade Thompson est un écrivain anglais, mais qui a des origines nigérianes. Issu de la tribu des Yorubas, il va faire quelques allers-retours entre l’Angleterre et le Nigéria avant de poser définitivement ses valises dans le sud de la perfide Albion. Faisant des études en médecine et anthropologie, il devient alors psychiatre et écrit des romans à ses heures perdues. Des romans qui gravitent constamment autour de la science-fiction ou de l’horreur. Avec Rosewater, l’auteur attaque un cycle de science-fiction proche de l’anticipation, puisque l’action se déroule en 2066 au Nigéria. Ayant reçu le prix du meilleur roman de SF africain, adoubé par la critique spécialisée, il n’en fallait pas plus pour attiser la curiosité du lecteur amateur de genre. Pour autant, aussi réussi soit le fond de l’histoire, Rosewater est tout de même très difficile d’accès de par sa narration éclatée et de par les thèmes qu’il brasse. Retour donc sur un roman intéressant mais exigeant.

L’histoire se concentre sur Kaaro, un réceptif, qui va raconter son histoire à la première personne. Très froid d prime abord, refusant de laisser parler ses sentiments, on va faire face à un personnage étrange, presque déconnecté de la réalité et des autres. Et pour cause, un biodome extraterrestre s’est formé dans la ville de Rosewater et on lui prête des vertus thérapeutiques quand il s’ouvre. Kaaro a eu ses dons grâce à ce dôme et il peut désormais lire dans les pensées des gens et même y glisser des souvenirs glaçants ou des images immondes. Employé de banque pour prévenir des cyberfraudes, il va se retrouver dans un engrenage nauséabond de par son deuxième métier, agent du S45, qui réalise des missions secrètes pour l’état. Derrière ce pitch très complexe, il va falloir rajouter une narration éclatée, se déroulant sur trois temporalités différentes, toujours avec le même personnage, mais dans des missions bien distinctes, reliées les unes aux autres.

Le principal atout de ce roman, c’est qu’il est très novateur. On y parle de cyberpunk, de vie extraterrestre, d’américains qui vivent en vase clos sans contact avec l’extérieur, de personnes qui peuvent rentrer dans les esprits des gens ou encore de monde parallèle au sein d’un dôme vivant et venu d’ailleurs. Tout cela forme un univers inédit, jamais vu et qui démontre tout le talent de l’écrivain à fournir un avenir hors du commun. Ce premier roman, qui semble être l’ouverture d’une trilogie, est très riche, que ce soit dans son monde proposé, comme dans ses thématiques. On y parle de racisme, de vie privée, de contact avec ce qui nous est inconnu, de traitement des personnes, de la vie au Nigéria qui reste tout de même très rétrograde, même en 2066. Des thématiques intéressantes, amenées de manière intelligente sur le tapis et offrant alors des moments assez palpitant, comme la découverte d’une nouvelle vie ou de complot qui entremêle religion, spiritisme et science-fiction. Néanmoins, cette richesse sera aussi un défaut majeur du roman.

En effet, le livre est très difficile d’accès de par son monde, ses termes utilisés parfois lourdingues ou encore sa narration qui explore trois temporalités différentes. Si le roman est assez rythmé, présentant les trois temps de manière cyclique, il n’est pas fait de manière optimum. C’est-à-dire que parfois, on s’arrête sur une grosse action au temps présent, puis il faudra attendre deux ou trois chapitres avant d’avoir le fin mot de l’histoire. C’est à la fois frustrant et complexe, car il ne faut pas confondre les moments et ne pas oublier ce qu’il s’est passé entre temps. Ensuite, les thèmes sont parfois juste effleurés et on ne va jamais bien en profondeur dans certaines thématiques comme le rejet de l’homosexualité par la société par exemple. A force de trop en mettre, Tade Thompson survole des sujets importants et qui méritaient une véritable étude. Il en va de même avec le bestiaire et l’univers dans sa globalité. On aura droit à des extraterrestres flottants, des zombies, mais tout cela ne sert à rien à part rajouter une plus-value à un monde déjà très dense, peut-être trop. Enfin, il est très difficile de s’attacher aux personnages. Kaaro est un homme froid, distant, et avec lequel on ne tisse pas forcément des liens forts. Il en va de même avec les autres personnages du livre, très difficilement préhensibles, la faute à des traitements inhumains, désincarnés et qui manquent clairement de profondeur ou de clarté. Le coup du frère qui est attaché et qui peut s’enflammer demeure un mystère, par exemple.

Au final, Rosewater est un roman étrange et très déstabilisant. Si l’univers est riche et complètement novateur, l’auteur n’arrive pas vraiment à nous convaincre la faute à des personnages presque antipathiques et à une narration qui ne favorise pas la compréhension. D’ailleurs, par plusieurs fois on nagera en eaux troubles, le roman ne se délivrant pas facilement, on ne comprendra pas ce qu’il s’y passe. Par exemple, on ne nous dit pas de suite et de façon explicite ce qu’est un réceptif, la nature du personnage central, et il faudra le découvrir par la suite, tout comme on découvrira un environnement mystérieux qui demande un certain investissement de la part du lecteur. Bref, un roman qui possède de bonnes idées, qui est très dense (à l’image de la taille de la police), mais qui peut en laisser plus d’un sur le carreau de par son complexité et sa trop grande richesse.

Note : 13/20

Par AqME

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