Comme Elle Respire

De : Pierre Salvadori

Avec Marie Trintignant, Guillaume Depardieu, Jean-François Stévenin, Serge Riaboukine

Année : 1998

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Jeanne est mythomane. Elle ment comme elle respire. Elle ne peut pas s’empêcher de raconter des histoires fabuleuses dont elle est la magnifique héroïne. Elle quitte Bordeaux pour Paris, et après quelques jours d’errance, rencontre Madeleine, une vieille dame crédule qui la prend a son service. Mais Madeleine est la proie d’Antoine, un jeune et bel escroc. Lorsque la vieille dame lui raconte que Jeanne est une riche héritière, Antoine décide de la séduire puis de l’enlever.

Avis :

Pierre Salvadori, dans les années 90, est un réalisateur qui débute. Après un court-métrage, il signe une belle comédie, « Cible émouvante« , avec déjà Marie Trintignant et Guillaume Depardieu. S’ensuit un deuxième film, « Les apprentis« , qui deviendra culte pour beaucoup. On peut même dire que plus que « Cible émouvante« , « Les apprentis » est l’un des piliers de la filmographie de Pierre Salvadori.

Trois ans après « Les apprentis« , Pierre Salvadori revenait encore une fois avec ce duo d’acteurs qu’il aime tant, Marie Trintignant et Guillaume Depardieu, pour un troisième film qui reste encore aujourd’hui le préféré de son réalisateur. Comédie très dramatique qui suit les mésaventures d’une mythomane, à la découverte de « … Comme elle respire« , on comprend aisément que le film soit encore aujourd’hui dans le cœur son réalisateur, tant on s’y amuse autant que l’on peut y être touché. Et malgré ses défauts, « … Comme elle respire » est peut-être bien le meilleur film de Pierre Salvadori.

Jeanne, la trentaine passée, est une mythomane de premier ordre. C’est bien simple, Jeanne ment comme elle respire, débordant d’imagination pour se créer une vie et des histoires. Un jour, afin de se rapprocher d’une vieille dame, elle se fait passer pour une jeune femme dont le père est richissime. Ce mensonge anodin va alors l’entraîner dans une spirale infernale, puisqu’elle va se faire enlever par trois hommes qui vont exiger un million en guise de rançon. Bien évidemment, les parents de Jeanne sont pauvres et ils ne vont pas pouvoir payer.

« … Comme elle respire » est un film qui va naviguer entre les genres, car s’il a tout d’une très bonne comédie au départ, Pierre Salvadori va faire peu à peu muter cette comédie en un drame touchant, voire même émouvant.

Comme toujours chez Pierre Salvadori, l’une des premières choses qui frappe, c’est la qualité de son écriture. Si « … Comme elle respire » n’est pas parfait non plus, et qu’il aura quelques ellipses vers sa fin qui seront maladroites, sur l’ensemble du film, cette troisième proposition de Pierre Salvadori est un petit bijou. Un petit bijou qui joue parfaitement avec les émotions, les quiproquos, le non-sens parfois, et même le romantisme.

« … Comme elle respire » est un film qui s’ouvre tout d’abord comme une comédie qui pourrait même être déjantée. Marie Trintignant est parfaite en mythomane paumée. Une mythomanie qui relève plus de la maladie que d’un manque d’attention. Le film nous entraîne alors dans le quotidien qui ne ressemble à rien de cette femme. D’échec en échec, le personnage est terriblement attachant et le réalisateur fait naître en permanence le « qu’est-ce qui va bien pouvoir lui arriver » ou encore le « Qu’est-ce qu’elle va bien pouvoir encore sortir comme mensonge ». Drôle, mais développant peu à peu un vrai fond, on se laisse donc prendre au jeu jusqu’à l’arrivée génial du personnage de Guillaume Depardieu, petit escroc malchanceux, raté et menteur sur les bords. Pierre Salvadori fait naître des situations drôles, notamment cet enlèvement qui, on l’imagine, ne peut que mal tourner. Toujours drôle, le cinéaste propose aussi des moments d’apesanteur, où d’un coup, l’intrigue finalement n’est plus si drôle que ça. « …. Comme elle respire« , c’est aussi un film qui s’aventure dans l’absurde, avec tout ce qui est fait par exemple avec le duo Serge Riaboukine et Jean-François Stévenin qui est à se tordre.

Ainsi, en funambule, Pierre Salvadori fait pencher son film d’un côté, pour le rattraper de l’autre et ce schéma va se prolonger avec plaisir un petit bout de temps, avant de surprendre et peu à peu offrir un joli virage à son histoire et ses personnages, pour finalement entrer dans le drame, le vrai. Un drame surprenant, car il est loin de ce que l’on aurait pu imaginer avec la trajectoire qu’avait l’intrigue au départ.

« … Comme elle respire« , c’est une rencontre de deux paumés qui se trouvent, qui apprennent à se connaître, qui vont s’aimer, mais qui vont être séparés par tout un tas de poids qui pèsent au-dessus de leur tête. Des poids qui rendent d’un coup le film très touchant, voire même terriblement triste, avec ce final tout en nuances qui est sublime.

Pierre Salvadori, avec son histoire de comédie sur une menteuse, a bien caché son jeu et derrière cette comédie souvent irrésistible, se cachait en fait un drame qui met en lumière la mythomanie, sujet peu souvent traité. Et ce sujet est d’autant mieux traité dans ce film, parce que le réalisateur l’installe entre deux personnages qui se découvrent à travers des mensonges.

« … Comme elle respire » est donc un très beau et très bon film signé Pierre Salvadori. Nuancé, aussi drôle qu’il est touchant et émouvant, ce troisième film de Pierre Salvadori démontre encore une fois tout le talent de son cinéaste et de ses acteurs. Comédie injectée de drame, drame injecté de comédie, développant des personnages tout en fêlures et nuances, développant un joli fond, mettant en lumière cette maladie avec beaucoup de pudeur et tenu par des acteurs magnifiques, malgré les petits défauts ici et là, on passe un très bon moment devant « … Comme elle respire » !

Note : 17/20

Par Cinéted

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