octobre 30, 2020

Glass – Thérapie de Groupe

De : M. Night Shyamalan

Avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Avis :

Après Incassable en 2000 et Split en 2016, M. Night Shyamalan vient conclure sa trilogie super héroïque avec Glass. En 2000, Incassable était sans doute un des films de super héros le plus atypique. Une œuvre profonde, qui venait questionner la condition des comics, mais aussi des Hommes par rapport à leur propre limite et leur conception de la réalité.

Split a été vendu comme un thriller psychologique dans lequel James McAvoy interprétait un individu doué de nombreuses personnalités. Un personnage inspiré de Billy Milligan, qui souffre de troubles de la personnalité et a créé 24 caractères au sein de sa propre personne. Une histoire dingue d’un homme qui se prend pour un enfant de 9 ans, pour une femme qui a le diabète, mais à travers une seule de ses personnalités. Shyamalan s’inspire de lui pour créer son personnage. Mais qu’elle ne fut pas la surprise quand, dans un plan final inattendu, le cinéaste connecte son film à son incommensurable Incassable ? Sur ce coup-là, Shyamalan a mis un uppercut à Marvel tant il surprend son spectateur en créant son propre univers connecté, en une fraction de seconde, et avec énormément de surprise et de subtilité. Une surprise énorme qui souligne bien le talent du cinéaste. Glass est donc la conclusion de ce triptyque avec le retour de Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy dans une vision absolument dantesque.

Incassable : le meilleur film de super-héros ?

Night Shyamalan a une certaine longueur d’avance sur les autres. A la sortie en 2000 de Incassable, les X-Men et les Spider-Man arrivaient à peine à l’écran. Le cinéaste signait à l’époque un film de super-héros hors du commun, loin des carcans qui définissent aujourd’hui le genre. On parle beaucoup de Kick-Ass ou Super comme films de super-héros différents, mais Incassable avait dix ans d’avance sur le monde. Glass vient confirmer le talent fou de ce cinéaste qui signe une œuvre profonde et respectueuse des produits précédents. Glass est le parfait mélange des deux opus antérieurs. Shyamalan continue d’appuyer la thématique qui anime toute l’œuvre : la condition de l’homme par rapport aux supers. Des questionnements qui constituent bien souvent les comics. Le cinéaste interroge son spectateur, lui demande s’il croit aux super héros, aux capacités étonnantes. Incassable venait tester les comics, leur impact sur la société, sur les gens, leur but, leur forme, etc… A travers le personnage de Elijah Price, grand spécialiste des comics, le film proposait une thèse complète sur le super-héros, sur ce qu’il représente, sur son impact, son influence. C’est une figure rassurante, guérisseuse des doutes et peurs des lecteurs, c’est une représentation fictive du culte. Les super-héros sont les dieux contemporains. Incassable repose toute son approche sur ce sentiment, sur ce rapport aux comics, ce qui en fait un film passionnant, qui vient appréhender mais surtout jouer avec les codes du super-héros. Incassable n’apporte pas de réponse mais laisse son spectateur apprécier l’existence ou non des super-héros, et du réveil intérieur. Finalement c’est l’accident de David Dunn qui le révèle. Comme si cette tragédie avait ouvert une porte, débloqué des capacités inédites. Un classique dans le genre super héroïque dans la manière d’acquérir des pouvoirs : les accidents (Hulk, Spider-Man, etc…).

Split : où s’arrête la réalité ?

Split avait vocation à être d’avantage terre à terre avec la maladie de ce personnage aux multiples facettes. Ce qui aurait dû être un film psychologique lorgne très vite vers le fantastique avec l’apparition de la Bête. Le sujet est quelque peu différent. Cette fois pas de comics, pas de super-héros, mais un individu aux capacités étonnantes via sa pathologie. Cette fois, pas de vision, pas de super force, mais un individu capable de changer de personnalité de manière incongrue. Shyamalan veut confronter la réalité et le fantastique sans y poser de limites véritablement discernables. L’être humain se placerait des barrières psychologiques inconscientes qui ne lui permettraient pas de totalement exploiter son potentiel. Une théorie affirme que si ces barrières s’effondrent, l’être humain serait capable de prouesses étonnantes. Split repose sur ce concept avec ce personnage capable de tout, sans réellement s’en rendre compte. Le spectateur choisit ce qu’il veut croire ou non, mais Shyamalan n’apporte pas de réponse, laissant le bon vouloir du spectateur trancher ce qu’il veut croire ou non. C’était d’ailleurs l’intérêt premier de Split.

Glass : le mélange parfait des deux précédents films

Glass réunit les deux concepts. A la fois hommage de fan aux comics et genre de super-héros, mais également crédibilité à la Split, le film oscille constamment entre les thématiques des précédents films. Alors Glass est-il simplement un délire mégalomane, véritable invention pathologique d’esprits faibles, ou est-ce une réalité étonnante d’individus capables de dépasser leurs propres limites ? Elijah Price continue d’apporter sa parole divine sur le statut des supers, tandis que le Dr Ellie Staple aka Sarah Paulson, elle, tente de soigner ces individus, persuadée qu’il s’agit du fruit de leur imagination. La première partie de Glass oscille entre fiction et réalité, laissant le spectateur choisir son camp. Shyamalan pendant ce temps continue sa relecture des films de super héros et les références aux comics en jouant avec les clichés du genre : les notions de Némésis, les grands discours de vilain, les team-up, les grands finaux dans les lieux publics, etc… Tout y passe et le cinéaste s’amuse comme un petit fou avec les codes du film de super-héros. Malheureusement, et c’est peut-être la seule tache sombre du long métrage, c’est que Shyamalan décide finalement d’apporter une réponse à la condition de ces individus : sont-ils des supers ou simplement des fous qui sont juste malades ? Le cinéaste tranche enfin, laissant toute part d’imagination et d’analyse du spectateur sur le bord de la route. On aurait peut-être préféré continuer à se faire nos propres opinions de cette réalité illusoire ou non. Mais Glass apporte une réponse néanmoins convaincante le temps d’une conclusion très touchante, véritable hommage salvateur et presque enfantin aux fans hardcore de comics.

Glass est une réussite totale, une conclusion parfaite à cette trilogie. M. Night Shyamalan offre une mise en scène superbe. La photographie est splendide et les séquences d’action parfaitement maîtrisées. Il lui fallait trouver le juste milieu entre un réalisme important et une particularité qui permettait de signifier que les protagonistes avaient une force surdéveloppée. Mais ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est l’écriture de ces personnages. David Dunn, parfaitement campé par Bruce Willis, est vieillissant, et est devenu une sorte d’icône, un fantôme qui défend les faibles. Pourtant, il se peut qu’il commence à douter de ses capacités. Le personnage de James McAvoy dévoile davantage de personnages, et incarne beaucoup plus la Bête pour les besoins de l’histoire. Il est simultanément inquiétant, touchant, violent, sensible. Un personnage haut en couleurs et terriblement convaincant. Puis vient Glass alias Samuel L. Jackson, taiseux, très intelligent. C’est le manipulateur sans pouvoir des comics. L’instigateur qui contrôle la situation envers et contre tous, et ce jusqu’au grand final. Les relations qui unissent ces trois protagonistes sont passionnantes. Shyamalan parvient à créer une véritable mythologie complète. Glass est un excellent film, qui donne envie de développer cet univers super-héroïque très ancré dans la réalité, ce qui lui donne un intérêt encore plus important. Bien loin des problèmes galactiques, ce triptyque permet d’entrer dans l’inconscient du public, tout en parlant aux fans de comics. Shyamalan, qui apparaît le temps d’un caméo, offre toute une psychanalyse de certaines pathologies, mais également du sentiment de force, de paranoïa, d’illusion, inhérent à chaque être humain. Très ancré dans une réalité sombre, Glass, véritable film méta, permet de confronter deux univers. Une dualité propre à chacun d’entre nous dans la conception de l’inexplicable ou dans les fantasmes les plus courants.

 Glass est une conclusion brillante à cette trilogie super héroïque hors du commun. Intelligent, passionnant, il prend du recul sur ce genre très à la mode pour le transformer, le questionner. Shyamalan lie étroitement le fantasme et la dure réalité dans une confrontation finale passionnante, et tacle Marvel et DC dans une approche inédite du genre superhéroïque. 

Note : 15/20

Par Aubin

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