Voyage à Yoshino – Oni Risme

Titre Original : Vision

De : Naomi Kawase

Avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki

Année : 2018

Pays : Japon, France

Genre : Drame

Résumé :

Jeanne part pour le Japon, à la recherche d’une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

Avis :

Naomi Kawase est l’une des cinéastes japonaises les plus prolifiques de ces dernières années. Arrivant sur la scène à la fin des années 80, la réalisatrice a aujourd’hui, entre courts, longs et documentaires, réalisé une quarantaine de films. Le cinéma de Naomi Kawase, je l’ai découvert il y a quelques années de cela avec le petit chef-d’œuvre d’émotion qu’est « Les délices de Tokyo« . Incroyable, bouleversant, la réalisatrice m’avait à l’époque mis une claque dont je suis tombé totalement et éperdument amoureux. Depuis, je me fais un devoir et un plaisir de découvrir ses propositions de cinéma et pour l’instant, elles ne furent jamais, ô grand jamais, décevantes.

Alors que son sublime « Vers la lumière » est sorti en Janvier dernier, Naomi Kawase est retour sur nos écrans avec « Voyage à Yoshino« . Dès sa sublime bande-annonce, « Voyage à Yoshino » laissait échapper tous les arguments « Kawasien » qui nous laissaient dire que ce moment de cinéma à venir allait être magnifique et c’est bien le cas. Apaisant, écologique, envoûtant, complexe et un brin mystique, le dernier-né de la réalisatrice est un ovni dans lequel j’ai pris un plaisir à me laisser immerger. Captivant, « Voyage à Yoshino » est aussi de ces films qui ne se livrent pas totalement à la première vision. Il fait partie de ces films qu’il faut voir et revoir avec plaisir afin d’en comprendre toutes les subtilités. Bref, quoi qu’il en soit, on ne peut que vous inviter à ce voyage qui fait du bien.

Jeanne, une Française, a connu l’amour dans la forêt de Yoshino, voilà plus de vingt ans maintenant. Aujourd’hui, Jeanne revient dans la forêt de Yoshino afin d’y trouver une plante médicinale appelée vision. Cette dernière aurait le pouvoir de guérir les maux de l’âme humaine. Pendant ce voyage, Jeanne va faire la connaissance de Tomo, un garde forestier taciturne. L’homme, qui est un solitaire, va pourtant aider Jeanne dans sa quête.

Naomi Kawase, c’est une cinéaste qui a cette capacité de surprendre en s’aventurant là où on ne l’attendait pas, tout en y apportant clairement sa patte et elle le prouve encore ici, avec ce voyage perdu en plein nature, mais qui finalement, malgré les grands espaces, est une quête de soi. De tous les films que j’ai pu voir de la cinéaste, « Voyage à Yoshino » est son plus osé, car il n’est pas un film qui va se livrer si facilement. « Voyage à Yoshino » est un film où se mélange le réel et le mystique, où se mélange le drame personnel et une quête de spiritualité à travers une plante légendaire, qui ne refait surface que tous les mille ans.

Partant au départ comme un voyage de reconstruction apaisant à travers les grands espaces de la région de Nara, « Voyage à Yoshino » va très vite se faire plus complexe et envoûtant qu’il ne le laissait transparaître.

Pour son nouveau film, Naomi Kawase a écrit une histoire toute en subtilité, en douceur, métaphore et violence. Une histoire aussi belle qu’elle est triste. Une histoire qui mélange les genres à la perfection. « Voyage à Yoshino » aborde le deuil, l’amour, la reconstruction de soi, la spiritualité, c’est un film qui aborde l’espoir, un espoir incertain, improbable même, mais dont on ne peut faire autrement que de s’y accrocher. Ainsi, on suit donc avec plaisir et intrigue une Juliette Binoche étonnement lumineuse et sombre à la fois. Une Juliette Binoche envoûtante, qui profite du silence des forêts, une Juliette Binoche qui se retrouve autant qu’elle se fuit. Une Juliette Binoche touchante, surtout quand le film développe son passé ou encore sa relation aux autres. Autres qui sont tenus par des acteurs fabuleux. Ici, on retrouve le fidèle Masatoshi Nagase (troisième film avec la réalisatrice après « Les délices de Tokyo » et « Vers la lumière« ) parfait dans la peau de cet homme solitaire, qui a besoin lui aussi sans le savoir d’être sauvé. On trouvera aussi une prodigieuse Mari Natsuki qui crève littéralement l’écran. Ou encore le jeu intriguant Takanori Iwata. Naomi Kawase dirige parfaitement tout ce petit monde, arrivant à en tirer drame, poésie, mystère, et même parfois de la drôlerie.

« Voyage à Yoshino« , comme son nom l’indique, c’est aussi un moment d’évasion, un moment sublime qui nous perd dans cette région dense, riche et belle. Une région aussi chaleureuse qu’elle peut être froide, et même inquiétante. Ne tombant jamais dans la carte postale, Naomi Kawase filme de manière incroyable ces paysages, ces forêts, ces lacs (la photo est superbe), ce qui contribue parfaitement à l’apaisement que le film peut apporter. Si l’on quitte la salle avec des questions qu’on a envie de résoudre à la prochaine vision du film, on quitte aussi la salle de manière légère, avec une sensation de bien-être. Naomi Kawase nous a « calmés », elle nous a aérés, elle nous a fait voyager autant que ses personnages.

Entre drame, mystère, écologie (oui, il y a une petite fibre écolo qui se dégage quand même du film) et poésie, Naomi Kawase réussit parfaitement ce nouveau voyage. Ce douzième long-métrage pour la cinéaste japonaise est assurément l’un de ses plus beaux. « Voyage à Yoshino » est une invitation à se ressourcer en compagnie de personnages attachants et touchants. Bref, du cinéma comme on l’aime ! Aller vite, vite, le suivant…

Note : 17/20

Image de prévisualisation YouTube

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net