février 25, 2021

Le Secret des Marrowbone – L’Horreur à l’Espagnole

Titre Original: Marrowbone

De: Sergio G. Sanchez

Avec Anya Taylor-Joy, George MacKay, Charlie Heaton, Mia Goth

Année: 2018

Pays: Espagne, Angleterre

Genre: Horreur, Thriller

Résumé:

Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

Avis:

Le Secret des Marrowbone est le premier film de Sergio G. Sanchez, qui est à la base, le scénariste des deux premiers films de J.A. Bayona, à savoir le sublime L’Orphelinat et le très touchant The Impossible. Mais ce premier long-métrage est-il aussi réussi que ceux qu’il a écrit ? Allez, on va voir ça de suite.

Le film nous propose de suivre la famille Marrowbone qui vient d’aménager dans le Maine afin de fuir vraisemblablement un passé un peu trop lourd à porter. Malheureusement, la mère de famille décède et fait promettre à son fils aîné de vivre caché jusqu’à ses 21 ans pour avoir la garde de ses frères et sœurs, plus jeunes. Mais alors que la vie suit son cours, une présence maléfique semble vivre dans le grenier de la maison. C’est à partir de là que le cauchemar va commencer pour les quatre enfants.

Alors il est évident que pour tous ceux qui sont rompus aux films de genre, Le Secret des Marrowbone ne réservera que peu de surprise. Le film suit un schéma classique, qui ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à L’Orphelinat. Si l’histoire n’est pas tout à fait similaire, le fait de jouer sur des rebondissements et un mélange des genres met en avant certaines accointances. Tout comme la mise en scène, qui montre immédiatement que nous sommes face à un film d’horreur espagnol. Il y a une certaine marque de fabrique, un rythme assez lancinant, une certaine importance donnée aux personnages et aux émotions qui fait que l’on pourrait être devant un film d’Alejandro Amenabar ou encore de J.A. Bayona (qui produit le film d’ailleurs). Du coup, malgré une certaine patte graphique un peu transparente, la mise en scène reste classieuse et belle. Certes, il n’y a pas de prouesses techniques dans le film, mais certains plans sont bien travaillés, donnant du volume à l’isolement des enfants, avec cette maison perdue dans les Asturies, et l’éclairage, volontairement naturel, va ancrer le métrage dans une certaine réalité. Pour un premier film, on peut dire que c’est très prometteur.

Le scénario peut sembler peu surprenant, ce qui n’est pas tout à fait vrai sur la fin, puisqu’il s’agit d’un film qui joue sur plusieurs rebondissements. Si certains sont assez téléphonés, le dernier, celui qui donne la réponse à l’énigme du secret, est assez inattendu, et plutôt bien fichu, avec notamment différentes temporalités en même temps, offrant plusieurs points de vue. On ne dirait pas comme ça, de prime abord, mais chaque plan, chaque action, même celles qui pourraient paraître stupides, ont leur importance dans la suite du métrage, afin d’appuyer le twist final. Un twist qui se veut très touchant, et qui marche parce qu’il y a un très gros travail de développement des personnages. C’est d’ailleurs ce qu’il manque à de nombreux films d’horreur contemporains, des personnages attachants, avec lesquels on prend le temps de ressentir de l’empathie. Les quatre enfants, innocents et victimes, sont beaux ensemble, touchants par moment, et on sent une véritable complicité entre les acteurs. Il faut dire qu’avant le tournage, ils ont passé deux semaines ensemble dans cette maison pour créer des liens. Là aussi, rien n’est laissé au hasard et si le début peut sembler longuet, c’est pour donner de l’épaisseur aux personnages et ressentir quelque chose.

Et si la tristesse est bien présente, notamment sur la fin, ce ne sera pas la seule émotion à nous traverser. En effet, Sergio G. Sanchez va mélanger les genres dans son film, le faisant passer par trois étapes assez différentes. Le premier tiers du film est clairement un drame. Entre la perte de la mère, les cachotteries faites aux habitants du village et au notaire, les difficultés financières et certaines pressions exercées par un personnage abject pour avoir de l’argent, le réalisateur tisse là les prémices d’une histoire qui ne va faire que sombrer vers son deuxième genre, à savoir l’horreur. Le milieu du film verse clairement dans le domaine de l’épouvante. La manifestation d’une entité se fait de plus en plus prégnante, on observera une histoire avec les miroirs, qui sont tous absents ou couverts et c’est dans cette étape que la maison prend réellement vie. Le réalisateur joue avec les codes du genre, accentue l’horreur avec une musique plus lourde, des teintes jaunâtres et noires, et quelques jump scare attendus, mais parfois efficaces. Oui, il y a quelque chose dans cette baraque et le but du troisième genre va être de comprendre ce que c’est. Le dernier tiers lorgne du côté du thriller psychologique. Les couleurs redeviennent plus naturelles, le monstre prend forme et l’histoire divulgue ses derniers secrets. C’est peut-être la partie la moins intéressante du métrage, car elle reste très classique dans sa démarche, voire même décevante dans sa résolution. Mais qu’importe, c’est dans cette partie que l’on apprend le pot aux roses et c’est à ce moment-là que le film devient vraiment touchant et d’une grande tristesse.

Le problème avec ce genre de film, qui brasse plusieurs genres, c’est que l’on ne sait pas sur quel pied danser et que parfois, on est déçu par ce qui nous est proposé. Ici, l’équilibre est respecté entre les différentes parties, mais peut-on vraiment qualifier Le Secret des Marrowbone comme un film d’horreur ou même un film de monstre? Oui et non, et cette ambivalence peut désappointer certaines personnes.

Au final, Le Secret des Marrowbone est un film fort sympathique, car même s’il emprunte des chemins déjà connus pour les rompus du genre, il n’en demeure pas moins honnête et sensible. Le film est beau à voir, il est souvent à fleur de peau, les acteurs sont bons, voire très bons, il y a un équilibre parfait entre les genres qui s’imbriquent les uns dans les autres et même si c’est assez classique, ça n’en reste pas moins efficace. Bref, pour un premier film, on peut dire que c’est une réussite.

Note: 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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