Mentor – Lee Matthew Goldberg

Auteur : Lee Matthew Goldberg

Editeur : Hugo et Compagnie

Genre : Thriller

Résumé :

Tout semble sourire à Kyle Broder, jeune éditeur dans une grande maison d’édition new-yorkaise. Lorsque Kyle est contacté par William Lansing, son professeur à l’université, il est ravi et décide de présenter son mentor à sa charmante petite amie, Jamie. À cette occasion William propose à Kyle le manuscrit d’un texte sur lequel il travaille depuis de nombreuses années.
Au départ, Kyle est enchanté à l’idée de le publier, mais après avoir lu quelques pages, il est profondément choqué par la perversité du récit.
Lorsque Kyle en refuse la publication, William commence à ruiner la vie de l’éditeur, s’en prenant successivement à son chat, sa copine et son auteur vedette. Kyle est alors obligé de se replonger dans le roman de William, Devil’s Hopyard et il découvre alors que le livre fait étrangement écho à l’histoire de la disparition non élucidée de Mia – sa petite amie à l’université – et ressemble cruellement à la confession d’un criminel.

Avis :

Depuis de nombreuses années, le thriller a fait l’objet de nombreuses déclinaisons dans d’autres genres. On pourrait presque en oublier sa véritable nature. À savoir, une histoire glauque qui explore les déviances humaines avec un sadisme et une précision rare. Une propension à la folie que peu d’auteurs de la trempe d’un Thomas Harris sont en mesure de retranscrire. On distingue alors les romanciers talentueux des écrivains qui arrivent sur le tard, recyclant ce qui a déjà pu être fait auparavant. Pour son premier roman, Lee Matthew Goldberg tente de se faire un nom par un récit trash et irrévérencieux, du moins est-ce là les intentions initiales. D’ailleurs, son livre profite d’une excellente réputation auprès de la presse et du public.

Premier point qui fâche, la quatrième de couverture. Cette dernière suffit à éventer la quasi-totalité de l’intrigue en seulement quelques lignes. Alors que le suspense et la tension sont des moteurs fondamentaux dans le domaine, on se prive d’une quelconque surprise par un résumé qui divulgue la teneur même de l’histoire. À la lecture des premières pages, on constate un démarrage poussif qui effectue une double introduction des personnages. L’entame se révèle laborieuse et peu pertinente pour nous mettre dans l’ambiance. Quelques chapitres suffisent à remarquer une propension à la complaisance et aux échanges fades.

La thématique principale est le harcèlement. Un sujet qui exige une montée en puissance, une confrontation relationnelle permanente, aussi bien physique que psychologique. Or, l’auteur souffle le chaud et le froid. Le prétexte pour commencer les hostilités demeure assez alambiqué. L’évolution de la caractérisation est inconstante. La faute à des protagonistes peu attachants et versatiles. À des degrés différents, chaque individu fait montre de contradictions pénibles. En l’occurrence, ce terme recèle davantage d’incohérences que de personnalités fissurées par leur expérience de vie. De plus, les traits de caractère tranchent radicalement avec les faits exposés en amont.

Quant à l’intrigue en elle-même, elle ne contient aucune fulgurance. On tient là un prétexte pour faire se succéder des passages peu inspirés. Un élément typique de ce genre de romans est la place démesurée accordée aux repas et à la boisson. Rares sont les échanges à sortir du cadre d’une réception, d’un restaurant, d’un bar ou d’un dîner à domicile. Des situations qui manquent cruellement d’imagination et se veulent plus répétitives que nécessaire. C’est bien simple, même certains affrontements entre les deux personnages principaux se font dans un environnement bucolique autour d’un verre d’alcool ou d’une tasse de thé !

Si la violence est belle et bien présente, elle joue à dessein dans la surenchère sans vraiment déranger. Niveau déviance psychotique, on a vu mieux ou bien pire. Tout dépend du point de vue. Enfin, pour les lecteurs versés dans ce genre de récit. Les passages du roman censé être publié sont comme les flashbacks. À savoir, ils ralentissent un rythme déjà lénifiant et sont rarement à leur place. À cela, on peut ajouter quelques incohérences autres que les réactions des différents intervenants. On songe notamment au fait que le prof psychopathe a mis une dizaine d’années pour écrire 500 pages. Quant à la seconde moitié, elle est posée en quelques jours ou semaines. De plus, ce livre inachevé est généralement dépeint comme un projet abouti.

Au final, Mentor est un thriller maladroit et surestimé. Les comparaisons fusent entre un récit hitchcockien, l’immonde American Psycho et le génial Silence des agneaux. Il en ressort une histoire sans la moindre identité, privilégiant l’exposition de poncifs et de séquences inutiles au détriment d’un harcèlement rondement mené. Aucun suspense, une prose souvent simpliste et un panel de portraits sans âme empêchent d’apprécier le livre de Lee Matthew Goldberg. Il demeure quelques notions intéressantes sur le milieu éditorial et le recul d’un auteur par rapport à son œuvre. Cependant, il s’agit là d’une piètre consolation pour trouver un thriller âpre et sans concessions. Malheureusement, Mentor ne fait que ressasser ce qui a été fait auparavant dans le genre. En moins percutant, cela dit.

Note : 09/20

Par Dante

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