octobre 24, 2020

Prince des Ténèbres – Rachel Caine

Auteur : Rachel Caine

Editeur : J’ai Lu

Genre : Romance

Résumé :

Au sein des maisons Montague et Capulet, un seul mot d’ordre : le pouvoir. Les hommes naissent pour combattre et meurent pour l’honneur. Leurs unions sont régies par l’argent. Les femmes, elles, sont une monnaie d’échange. Leur destin est écrit. Benvolio Montague, le cousin de Roméo, en est conscient et serait prêt à mourir pour sa lignée. Néanmoins, une étincelle de rébellion couve en lui. La nuit, il devient le prince des ténèbres : le plus grand bandit de Vérone, spécialiste des larcins chez les Capulet. Ce faisant, il pose un jour les yeux sur Rosaline, la sœur de Tybalt, promise au couvent. Dès lors, une terrible malédiction s’éveille, menaçant de réécrire l’histoire de Vérone et de ses habitants…

Avis :

Rachel Caine, notamment célèbre pour ses histoires d’amour entre créatures de la nuit avec quelques-unes de ses séries bit-lit, signe ici un étonnant roman, loin de ses œuvres habituelles, qui s’inspire largement de la célèbre romance entre Roméo et Juliette. L’auteure reprend tous les éléments de la pièce de théâtre shakespearienne, tous les personnages et toutes les intrigues, les analyse et nous donne sa propre interprétation des faits.

Roméo ou Juliette ne sont pas les personnages principaux du livre. Le Prince des ténèbres est un roman écrit à la première personne dont le point de vue est celui de Benvolio, le cousin de Roméo. Pas si présent que cela dans la pièce d’origine, et souvent accompagné de Mercutio, le poète, on ne le connaît pas vraiment. Protecteur de son cousin, désirant la paix entre les Montaigu et les Capulet, Benvolio est tout de même montré comme quelqu’un d’intelligent, de mâture, loyal envers les siens et se préservant des affres pernicieuses de l’amour. Ce roman ne détrompe en rien ces traits et nous dépeint un homme en apparence intègre, défenseur de sa famille et de ses amis, impulsif et prêt à tirer son épée à la moindre contrariété.

La nuit, il devient une toute autre personne : le prince des ténèbres, un voleur à la Robin des Bois qui vole aux riches pour donner aux pauvres. L’égalité des chances ne fait pas vraiment partie de ses priorités. Voler lui permet de se défouler, de revivre et de se venger de certaines personnes, notamment de ses ennemis, les Capulet, ainsi que de tous ceux qui portent outrage à sa famille. Persécuté entre devoir, envie et amour, Benvolio est un personnage complexe et intéressant, bien plus que ne peut l’être le lyrique Mercutio, prompt à ravir les cœurs, ou le sentimental Roméo, enivré par ses passions amoureuses. Le lecteur se plaît à suivre ce personnage dans ses occupations et pérégrinations en tant que protecteur de Roméo et défenseur des Montague.

La traduction a opté pour le nom « Montague » au lieu du très usité « Montaigu » dont on a l’habitude. Cela perturbe quelque peu même si les deux noms se réfèrent à une même famille, et à une même étymologie, « Montague » étant d’ailleurs préféré dans la version anglaise, alors que « Montaigu » est plutôt prisé par les francophones.

L’auteure a porté un soin tout particulier à l’écriture, se servant de figures de styles poétiques, de descriptions lyriques et de dialogues dramatiques, rappelant une époque riche au niveau du vocabulaire et du parler courtois. Les premières pages peuvent s’avérer difficiles à lire quand on n’a pas l’habitude de ce style bien particulier qui rappelle, non sans envie et intérêt, les tournures et enluminures du célèbre dramaturge anglais. Le rythme de lecture est, de ce fait, particulier, variant entre des scènes de combats épiques à l’épée, rappelant les duels interminables et nombreux à la Alexandre Dumas, des scènes de dialogues emportés, des scènes de vol à la Arsène Lupin et des moments plus calmes où le narrateur nous livre ses plus noires pensées. Ce roman est un vrai plaisir de lecture pour ceux qui aiment le beau phrasé et le bien-parler, même si le rythme peut s’avérer parfois un peu lent, quand l’action est entrecoupée de réflexions et de questionnements.

D’autres personnages de la pièce sont mis en avant dans ce livre. Par exemple, Rosaline Capulet est un personnage secondaire d’importance dans le Prince des ténèbres. Aimée de Roméo avant que ce dernier ne s’éprenne de Juliette, la jeune femme est décrite dans ce livre comme l’alter-ego de Benvolio, aussi réfléchie et mûre que lui, réfléchissant toujours avant d’agir et dénotant avec les femmes de l’époque qui n’avaient pas droit à l’éducation. On assiste, petit à petit, au rapprochement des deux protagonistes, qui ne cessent d’hésiter et de douter et qui finissent par vivre leur amour au grand jour, donnant à ce roman une belle fin, ce qui n’était pas spécialement gagné vu le sujet principal du livre. Ce revirement de situation est agréable et clôt cet ouvrage avec un sentiment de paix et d’harmonie qui fait du bien.

La personnalité de Mercutio est admirablement bien détaillée dans ce roman. La première moitié le définit comme un joyeux compagnon, qui aime et est aimé en retour, et qui est toujours prêt à aider Benvolio. Dans la seconde partie, Mercutio est tout autre après qu’un grand malheur lui soit arrivé, le tuant littéralement de l’intérieur.

D’ailleurs, l’auteure se sert de ce personnage pour nous donner son interprétation de la pièce shakespearienne. Comment Roméo et Juliette ont-ils pu en arriver à de tels extrêmes, à un amour aussi ravageur et meurtrier ? Comment l’amour peut-il être si destructeur ? La réponse donnée est intéressante et mène à réfléchir. On voit ainsi la pièce et l’amour tragique d’une toute autre façon, que l’on soit ou non d’accord avec le parti-pris de l’écrivaine.

D’autres personnages au caractère fort apportent aussi leur force au récit, comme la sœur de Benvolio, sa grand-mère ou sa mère. Les personnages comme les descriptions des vêtements, des lieux et de l’époque, nous font voyager et rêver avec volupté.

Connaître la pièce ne fait en rien déprécier la qualité de l’ouvrage, étant donné tous les ajouts et les sous-intrigues liées à Benvolio et Mercutio. De plus, l’histoire shakespearienne ne débute véritablement qu’à la moitié du roman et n’est en rien portée au premier plan. Les disputes familiales, les intrigues politiques et les méfaits de Benvolio sont mis en avant, ne déplaisant pas au lecteur qui connaît la pièce de théâtre sur le bout des doigts et qui peut vivre l’histoire de Roméo et Juliette sous un tout nouvel angle. L’intérêt de ce livre, outre l’écriture et le plaisir associé, consiste tout particulièrement en cette nouvelle vision et la réinterprétation donnée par l’auteure.

Une lecture apaisante, qui ne tombe jamais dans l’exagération des sentiments et qui nous fait réfléchir, tout en nous baladant dans un Vérone malsain, rougit par les cadavres et fatigué des combats fratricides.

Note : 17/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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