octobre 24, 2020

L’Esprit de Caïn

Titre Original : Raising Cain

De : Brian De Palma

Avec John Lithgow, Lolita Davidovich, Steven Bauer, Frances Sternhagen

Année: 1992

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Le docteur Carter Nix est un pédopsychiatre réputé qui décide d’abandonner sa carrière pour mieux pouvoir élever la fille qu’il a eu avec Jenny, elle-même médecin. Cette dernière se montre concernée par l’obsession grandissante que son mari porte à l’éducation de leur enfant, jusqu’à commencer à douter de la santé mentale de l’homme qu’elle a épousé et qu’elle croit connaitre.

Avis:

Tous les grands réalisateurs américains ont des films maudits à leur actif, encore plus lorsqu’ils sont aussi productifs qu’un Brian De Palma. Et il faut dire que le cinéaste a plus d’un vilain petit canard dans son escarcelle, puisque De Palma fait partie de ces réalisateurs qui ont une patte indéniable, une façon de filmer que l’on reconnait au premier regard. Huit ans après Body Double, qui fut un grand succès, le réalisateur décida de reprendre la plume afin d’écrire un nouveau scénario original et d’offrir le rôle à son acteur fétiche du moment, John Lithgow. Ainsi naîtra L’Esprit de Caïn (Raising Cain en version originale), un thriller qui explore les multiples personnalités d’un homme. Si Brian De Palma a fait des films plus ou moins décevants, celui-ci a une aura toute particulière, puisqu’il fut littéralement fracassé par les critiques de l’époque, et surtout, le réalisateur fut déçu du montage réservé à son métrage. Il faudra alors attendre près d’une dizaine d’années pour qu’un passionné refasse le boulot en suivant scrupuleusement le script du cinéaste qui avait fuité sur le net, et le résultat est assez bluffant.

Thriller à tendance paranoïaque, L’Esprit de Caïn doit se voir comme un film maladif et malsain, qui accepte dès le départ le postulat de plusieurs points de vue. Ainsi donc, on va rencontrer un couple aimant sous tout rapport, mais qui cache un lourd secret. En effet, elle est encore amoureuse de son ex qu’elle recroise par hasard et lui semble complètement obnubilé par sa fille, à tel point qu’il a pris deux années sabbatiques pour l’étudier et écrire un livre sur le développement de l’enfant. Le début du film veut clairement se passer du point de vue de la femme. Tiraillée entre l’adultère et la fidélité, elle va choisir de craquer pour son ex, tout en cachant la chose à son mari. Jouant avec les points de vue et volontairement avec les rêves et les cauchemars de chacun, ce remontage permet de perdre le spectateur pour le rattraper par la suite. Les évènements s’enchainent avec logique avant de tout chambouler en un seul plan ou en une seule phrase. De ce fait, on ne sait plus si ce que l’on regarde est la réalité ou un rêve et surtout, dans quelle temporalité on se situe. Dis comme ça, on pourrait croire que l’on se perd, mais pas du tout, cette façon de faire rattrape constamment le spectateur et montre l’intelligence du script de De Palma, qui attise toujours la curiosité et force le spectateur à réfléchir sur la temporalité des évènements.

Il y a un virement soudain dans le métrage qui décide par la suite de prendre le point de vue de John Lithgow. Ainsi donc, on va voir les différentes personnalités du personnage principal. Essayant de tromper le spectateur en s’évertuant à présenter chaque personnage comme une personne réelle et de la famille du malade, le cinéaste va tout faire pour brouiller les pistes et jouer avec les sensations du spectateur. Cependant, on voit un grand changement entre la réalité et la fiction que se crée le personnage central, notamment grâce à la mise en scène du cinéaste. Si tout est bien cadré dans la réalité, il y a comme des lignes de fuite ou des cadres obliques lors des moments hallucinés. De cette façon, on perçoit les affabulations et on peut voir à quel point ce anti-héros est complètement fou. On pourra reprocher à De Palma de faciliter la compréhension du film et l’approche du complexe de multi-personnalité, mais d’un autre côté, on ressent vraiment la maladie de ce personnage et ces passages mettent vraiment mal à l’aise, car chacune des personnalités est assez malsaine. C’est relativement intelligent et le film joue sans arrêt avec nos sens.

A un tel point que tout du long, on se pose la question de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. A titre d’exemple, on peut parler de la séquence de l’arrestation de l’homme, qui joue constamment sur la présence ou non de son ex-femme. Et jusqu’à la fin, on ne sera jamais vraiment si un personnage est une représentation de l’esprit de Caïn ou une véritable personne. Le film se veut aussi malsain dans son scénario. Narrant l’histoire d’un homme qui veut faire des études sur de jeunes enfants, le métrage prend un tournant lorsqu’il aborde le kidnapping de gosses et l’éventualité d’expériences dessus. Jouant constamment sur la frontière entre le meurtre et l’enlèvement, le film ne rendra son verdict qu’à la toute dernière minute, dans un final éprouvant et déroutant. Il y a un véritable talent dans l’écriture de ce métrage, puisqu’on peut y déceler deux, voire trois facettes. En premier lieu, on aura un film psychologique sur l’étude de la schizophrénie multiple, avec un personnage malade et une doctoresse étrange mais terriblement attachante, expliquant les causes et les effets de cette maladie. Ensuite, il y a le côté thriller/policier, avec l’enquête sur la disparition des enfants et le meurtre des mères, mettant en avant l’intelligence du tueur pour piéger l’amant de sa femme. Enfin, on pourra aussi y voir un film sensuel, qui laisse par moments exploser les sens, notamment avec des moments clairement sexuels.

Au final, L’Esprit de Caïn est un film qui n’a rien pour satisfaire son statut de film maudit et décevant. Bien au contraire, il s’agit d’une œuvre intelligente et relativement bien écrite par son auteur. Relativement malsaine dans son propos sur les enfants et les expériences d’un père complètement frappé, le film gagne ses lettres de noblesse lorsqu’il trompe le spectateur sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, jouant constamment sur les points de vue et sur les visions de chaque protagoniste. Il en résulte un excellent film qui doit retrouver sa notoriété dans un montage qui renforce la perdition des sens. Bref, une œuvre marquante dans la filmographie de Brian De Palma.

Note: 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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