décembre 2, 2020

Double Assassinat dans la Rue Morgue

Titre Original : Murders in the Rue Morgue

De : Robert Florey

Avec Bela Lugosi, Sidney Fox, Leon Ames, Bert Roach

Année : 1932

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Tandis que le docteur Miracle se livre à d’étranges expériences sur un gorille, des cadavres de femmes sont repêchés dans la Seine. Un étudiant en médecine examine les corps.

Avis :

Dans les années 30, le cinéma horrifique américain bat son plein grâce à Universal et ses adaptations de la littérature fantastique classique. Dracula de Bram Stoker est adapté par Tod Browning et Frankenstein est mis à l’écran par James Whale. Mais Mary Shelley et le créateur de Dracula ne sont pas les seuls auteurs a bénéficié des yeux doux des producteurs. Si Lovecraft reste à cette époque boudé, ce n’est pas le cas d’Edgar Allan Poe, qui doit son succès au public français. Cependant, l’auteur connait deux traductions. L’une par Baudelaire et l’autre par des auteurs comme Mallarmé. Et si ce dernier traduit fidèlement les textes de Poe, ce n’est pas le cas de Baudelaire, qui va y rajouter du gothique et de l’horreur. Du coup, les adaptations cinématographiques de Poe ont souvent tendance à lorgner du côté de Baudelaire, comme les productions de Roger Corman, mais ce n’est pas toujours le cas, comme l’atteste Double Assassinat dans le Rue Morgue de Robert Florey.

En effet, si le noir et blanc et certaines parties font immédiatement référence à un cinéma gothique, le metteur en scène va très s’affranchir de cette littérature pour fournir quelque chose de plus scientifique, de plus terre à terre, tout en gardant en tête de créer de l’épouvante dans le cœur des spectateurs. Ainsi donc, le film débute avec une sorte de fête foraine où des personnes montrent des spectacles exotiques, comme des danseuses arabes ou encore un singe savant. Il va de suite régner une atmosphère particulière dans ce métrage, entre l’onirique et le réel, entre le fantastique et le concret. Bela Lugosi, qui tient le rôle du professeur complètement zinzin, va renforcer cette sensation malsaine en campant un personnage trouble, étrange et qui cache peut-être un terrible secret. Sans en faire des caisses, le comédien instaure un climat de méfiance et son personnage deviendra une véritable horreur (dans le bon sens du terme) tout au long du film. Véritable scientifique voulant à tout prix réaliser une expérience, il va devenir le jouet de son propre égo et montrer que sans compassion, sans amour, on n’est rien de plus qu’un pantin sans âme qu’un esprit vengeur s’empressera de détruire.

Bien évidemment, tout l’intérêt du film tient dans la relation entre le professeur et son singe qu’il dit savant et intelligent. Le chainon manquant entre l’homme et notre cousin le singe. Si l’on recontextualise l’intrigue, tout se tient et l’évolution du scénario est relativement intelligente, mettant en parallèle des meurtres de jeunes femmes et un jeune étudiant en médecine qui essaye de comprendre ce qui se passe. Préférant aborder le film comme un thriller horrifique plus que comme un film d’épouvante, Robert Florey va amener les protagonistes sur une enquête périlleuse et sur les traces d’un homme mauvais. Sans jamais trainer en longueur, Double Assassinat dans le Rue Morgue vise l’efficacité et l’envie d’aller vite pour fournir un final haletant et relativement inattendu.

En effet, perdant le contrôle de sa bête, le professeur Miracle ne sera qu’un second rôle, laissant plus de place à la bestiole, un gorille qui veut à tout prix une jeune femme. Revisitant alors le mythe de la Belle et la Bête, le réalisateur va fournir un dernier moment d’anthologie avec une course-poursuite sur les toits de Paris de toute beauté. On pourra regretter quelques incrustations visibles, mais ça reste très couillu pour l’époque. D’autant plus que le film fait directement écho à King Kong de Merian C. Cooper, mais qu’il est sorti un an plus tôt. On pourrait tout à fait penser que ce film est un précurseur au singe géant et que certains passages ont inspiré le réalisateur de King Kong.

Malheureusement, tout n’est pas non plus excellent dans ce Double Assassinat dans la Rue Morgue, même s’il reste l’une des meilleures ressorties bluray de chez Elephant Films. En effet, on retrouve certaines scories qui sont dues aux limitations budgétaires et techniques de l’époque. Ainsi, sur les plans larges, le gorille est un homme dans un déguisement. Fait de façon assez grossière, on remarque vite la supercherie et même si le côté noir et blanc masque un peu cela, c’est très visible. Mais le pire, c’est que sur les plans serrés, le réalisateur cale des images de chimpanzés qui hurlent, ce qui ne correspond pas du tout à la physionomie du singe en plan large. Du coup, cela a plutôt tendance à sortir le spectateur du film. Fort heureusement, cela est rattrapé par quelques fulgurances qui évoquent directement le cinéma gothique, comme le travail sur les ombres portées et notamment lorsque le professeur injecte du sang dans le bras d’une femme attachée à une croix en bois et qu’il la tue. Ou encore lorsque le jeune homme découvre le cadavre de sa belle-mère dans la cheminée, avec un plan lugubre et glauque à souhait, sans surprise pour l’époque, puisque le film est sorti avant la Code, laissant une totale liberté aux cinéastes de tout genre.

Au final, Double Assassinat dans la Rue Morgue est une belle réussite qui démontre tout le talent de Robert Florey à installer une ambiance intéressante sans jamais en faire des tonnes afin de ne pas tomber dans un gothique cliché et facile. Mais ce qui devait être un succès fut un flop à l’époque et la carrière de Florey ne décollera jamais, lui qui devait à la base faire Frankenstein, qui aboutit finalement dans les mains de James Whale. Un échec injuste tant le film est réussi aussi bien dans le fond que dans la forme.

Note : 16/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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