octobre 27, 2020

Hôtel Singapura – Chambre 27

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Titre Original : In the Room

De : Eric Khoo

Avec Josie Ho, George Young, Choi Woo-Shik, Kkobbi Kim

Année: 2016

Pays: Singapour, Hong-Kong

Genre: Romance

Résumé:

C’est le premier jour d’Imrah comme femme de chambre à l’Hôtel Singapura. Dans la suite n°27, un groupe de pop est venu fêter le nouvel an. Parmi eux, leur chanteur Damien est dans un état second quand il croise Imrah dans le couloir. Bien plus tard, dans ce même hôtel, une japonaise laisse filer son amant, un travesti reçoit son dernier plaisir avant l’opération, une touriste couche devant son meilleur ami… Mais toujours Imrah, en rangeant la chambre, se souviendra de sa rencontre avec Damien.

Avis:

Eric Khoo est l’un des réalisateurs les plus influents de Singapour. C’est même lui qui a fait « connaitre » et exporter le cinéma Singapourien à l’étranger, notamment grâce à son court-métrage « Barbie Digs Joe« , qui en 1990 devint le premier film à être présent dans des festivals à l’étranger. Avec presque trente ans de carrière, Eric Khoo a réalisé cinq longs-métrages, des clips et produit plusieurs autres longs métrages, dont l’excellent « Apprentice » de Boo Junfeng sorti en salle cette année.

On ne parle jamais assez du cinéma de Singapour, qui reste un cinéma discret qui a parfois bien du mal à franchir ses frontières et c’est dommage, car à chaque fois qu’on s’y est aventuré, ce fut toujours de bonnes expériences. Le dernier-né, c’est « Hôtel Singapura« , dont la bande-annonce donnait très envie d’y prendre une chambre. Et « Hôtel Singapura » se révèle être une excellente surprise, dans le sens où le film est bien différent de ce à quoi on s’attendait et qu’il est bâti sur un concept des plus intéressants.

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L’hôtel Singapura est l’un des plus beaux et côtés du pays d’après-guerre. À travers les histoires de la suite 27 de l’hôtel, voici une centaine d’années d’évolution de la société et des mœurs.

Avec « Hôtel Singapura« , Eric Khoo revient avec un film diablement particulier et surtout intéressant dans son concept. Souvent drôle ou dramatique, presque tout le temps sexuel, « Hôtel Singapura » est un ovni aussi fascinant qu’intelligent. Ici, le réalisateur arrive à décrire une bonne centaine d’années d’évolution de la société à travers les différents personnages qui vont peupler cette suite d’un des hôtels les plus beaux du pays.

Ce qui est très intéressant avec le film d’Eric Khoo, c’est qu’il pose cette suite 27 comme le témoin et le personnage principal de son film. « Hôtel Singapura » est un huis-clos, ou plusieurs huis-clos, qui se déroulent uniquement dans cette chambre de laquelle on ne va quasiment jamais sortir. Le scénario est judicieux, bien écrit et intéressant dans tous les thèmes et sujets qu’il aborde. « Hôtel Singapura » est composé de plusieurs petites histoires qui sont autant de tranches de vie dans lesquels on s’infiltre en toute discrétion. Ce qui est très intéressant ici, c’est bien entendu l’évolution des mœurs et de la société que l’on va voir à travers les différents portraits que le film nous présente. Eric Khoo nous place au même niveau que les murs de cette chambre ou encore le fantôme qui la hante et c’est sans voyeurisme que l’on observe ces couples, ces amants ou encore ces amis venus passer quelques temps dans cet hôtel. Bien sûr, toutes les histoires ne se valent pas et bien entendu que le film a parfois de petits relâchements. Les différentes histoires qui le peuplent sont si diverses que toutes ne peuvent pas plaire. On pourra donc y trouver parfois des longueurs et ça, même si dans le fond, chacune des histoires que l’on découvre dans cette suite posent de bonnes questions et sont intéressantes dans leurs réflexions. Avec ces différentes histoires, « Hôtel Singapura » aborde beaucoup de sujets et ça dès sa magnifique première histoire filmée dans un noir et blanc romantique. Eric Khoo parle sans détour d’amour, d’amitié, d’homosexualité, de transsexualité. Il parle aussi des différences et de leur acceptation. Il parle de la prostitution avec beaucoup d’humour, il aborde la force des femmes et les faiblesses des hommes ou l’inverse. Il parle des regrets, des histoires cachées, des infidélités, du regard des autres aussi.

Bref, chaque histoire et chaque personnage a quelque chose d’important, et même s’il y a des relâchements, sur l’ensemble, « Hôtel Singapura » est un excellent film qui se suit avec beaucoup d’intérêt et le seul petit regret, c’est qu’il soit si pessimiste sur l’avenir de l’homme. Mais en même temps, au vu des évènements, on peut le comprendre.

« Hôtel Singapura » est un film très charnel, très sensuel et sexuel. C’est un film où l’on fait énormément l’amour et Eric Khoo filme ces corps, ce plaisir et ce désir sous toutes ses formes. Parfois drôle, parfois tendre, parfois bestial, d’autres romantiques, touchants ou glauques aussi, le réalisateur n’hésite pas et rentre dedans et c’est avec plaisir, sourire ou émotion qu’il évite de tomber dans quelque chose de gratuit ou de provocant. Chaque moment filmé est là pour servir l’histoire d’un couple, des histoires d’amants ou bien les regrets, les souvenirs d’un personnage.

On notera aussi un très beau travail sur les décors et les costumes du film qui tout en étant discrets sont audacieux, puisqu’ils retracent une centaine d’années d’évolution. Ils donnent aussi un certain cachet au film. Certains iront même jusqu’à rappeler le cinéma d’Almodovar. D’ailleurs plusieurs thèmes du film et la façon de les traiter, rappellent le cinéma d’Almodovar.

« Hotel Singapura » c’est des comédiens qui pour la plupart nous sont inconnus. C’est de nouvelles têtes que l’on prend plaisir à découvrir. C’est un casting excellent, qui s’investit et qui saura nous faire rire (mention spéciale pour la patronne des prostitués qui est tout simplement hilarante, d’ailleurs, son histoire et celle de ses filles, c’est le petit best of du film !) autant qu’il saura nous toucher.

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Malgré ses relâchements et ses petits défauts, on passe un bon moment devant « Hôtel Singapura« . Eric Khoo a fait un film singulier, unique, drôle et triste à la fois, un film sensuel, qui laisse éclater toute la beauté, la spontanéité et la complexité du sexe, des rapports humains ou bien de l’évolution d’une société, même si on aurait préféré peut-être quelque chose de plus lumineux à la fin.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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