Matalo

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De : Cesare Canevari

Avec Lou Castel, Corrado Pani, Antonio Salines, Luis Davilla

Année : 1970

Pays : Espagne, Italie

Genre : Western

Résumé :

Dans le Colorado, Burt est un bandit sur le point de mourir par pendaison. Par chance, il est sauvé in extremis par des amis qu’il remercie plus tard en les tuant ! En effet, le malfrat de l’Ouest a pour projet de braquer une diligence et de garder pour lui seul les dollars qu’il s’apprête à amasser. Malheureusement pour lui, un mystérieux étranger fait surface et pourrait bien contrecarrer ses plans…

Avis :

Quand on évoque les années 70, on pense de suite à ce vent de liberté qui souffle sur le monde et qui se ressent dans tous les domaines artistiques. Si la musique connait une évolution fulgurante avec Woodstock et l’avènement du rock, le cinéma n’est pas en reste et les films de cette époque seront l’élan libertaire nécessaire aux films désormais cultes des années 80. Se permettant plus de choses, le cinéma livre des films plus sulfureux, parfois plus barré et on voit sur l’écran toutes les références au mouvement hippie et cette liberté salvatrice. Seul problème, c’est que ce mouvement « flower power » ne sied pas forcément à tous les genres qui sortent et certainement pas au western. Déjà en perte de vitesse au profit de film plus sombre ou drôle, le western n’attire plus les foules dans les salles obscures et pour pleinement convaincre, il faut innover. C’est certainement ce qu’a voulu faire Cesare Canevari avec Matalo, un western taiseux, psychédélique et qui régurgite des références au mouvement hippie sans pour autant servir les intérêts du film.

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Ce film est très spécial et il annonce la couleur d’entrée de jeu. Pendant près d’une demi-heure, hormis le monologue du personnage principal, il n’y a quasiment pas de paroles et on suit le trajet meurtrier d’un beau gosse aux yeux bleus qui ne souhaite qu’une chose, de l’or et de l’argent. Si l’approche demeure étonnante et culottée, le film va vite montrer ses limites en la présence de son héros, un blond aux yeux bleus au courant de son charme et qui ne fait que sourire et faire des clins d’œil. Sorte de mise en abîme mal effectuée, Matalo ne démarre pas sous les meilleurs auspices, provoquant un sentiment d’amateurisme dans sa démarche de présenter un anti-héros sans sentiment. Mais ce n’est pas tout, du moins en ce qui concerne les protagonistes, car chaque personnage du film est clairement antipathique, hormis ce pauvre hère australien qui se fait attraper et torturer. Tous, absolument tous, les personnages sont détestables et surjouent en permanence pour bien montrer leur méchanceté.

Une méchanceté exacerbée qui sera d’autant plus mise en avant par une mise en scène étrange et complètement psychédélique. Créant une nette rupture avec le western conventionnel, Matalo se veut anticonformiste et va jusqu’au bout de son concept. Seulement, on ressent trop les influences du mouvement hippie dans le film, alors que l’époque ne s’y prête pas. Entre les costumes complètement à côté de la plaque et la musique rock qui berce le métrage, on est vraiment dans une volonté de rompre avec le western classique pour en faire autre chose. Seulement, cela ne marche pas et le film perd en efficacité. Cela est principalement dû à deux choses, une réalisation sous acide où la caméra ne se pose jamais un instant et propose une flopée de plans en mouvement sans grand intérêt, mais aussi et surtout une histoire qui ne tient pas la route dans le fond. Pour en revenir à la mise en scène, le film n’arrive jamais vraiment à dresser des plans iconiques et cette excitation perpétuelle fatigue à la longue, desservant les scènes de fusillade et ne prenant jamais le temps de poser des personnages. Le seul bon point, c’est que le film brasse d’autres genres, comme certains moments qui rappellent le film gothique ou le film d’épouvante, mais sans jamais insister sur ce point, ce qui est dommage.

Mais le plus alarmant demeure le scénario, qui se contente, dans ses grandes lignes, de ressortir tous les poncifs du genre. Sorte de huis-clos dans une ville fantôme, Matalo propose une palette de personnages suspicieuses à cause d’un trésor volé et caché par l’un d’eux. Si on ne sait jamais vraiment les intentions de chacun, le film reste très classique dans sa démarche pour en arriver à une fusillade finale assez ridicule, où chacun tire toutes ses cartouches sans se toucher alors qu’ils sont en deux mètres de distance. Et ce qui aurait pu être un final prenant devient une vilaine farce lorsque le personnage principal essaye de rattraper un âne avec un choix douteux du réalisateur, accélérant l’image. Tout cela ne respire pas forcément le sérieux, mais plutôt l’insouciance des années 70, ce qui empêche le film d’être vraiment intéressant.

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Au final, Matalo est une petite déception. Se voulant sombre et lorgnant parfois du côté du film gothique, le métrage se fourvoie dans un déluge de choix de mise en scène douteux et dans une volonté d’imposer l’influence hippie dans un genre auquel cela ne sied point. Certes, le film demeure intéressant sur certains points, mais entre un scénario famélique, un acteur principal surjouant perpétuellement et une mise en scène/musique anachronique, on se retrouve devant un film très spécial assez difficile à appréhender mais qui a le mérite de vouloir faire autre chose dans un genre qui prend dangereusement la poussière au début des années 70.

Note : 09/20

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Par AqME

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