février 25, 2021

Sugarland Express – Sur la Route de la Folie

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Titre Original : The Sugarland Express

De :Steven Spielberg

Avec Goldie Hawn, Ben Johnson, Michael Sacks, William Atherton

Année: 1974

Pays: Etas-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Clovis Poplin s’apprête à être libéré de prison. Mais sa femme l’incite à s’évader pour aller récupérer leur enfant dans la ville de Sugarland. S’engage alors une course poursuite effrénée entre le duo, qui prend en otage un policier, et les autorités.

Avis:

En 1974, le talent de Steven Spielberg n’était pas encore totalement reconnu. Malgré un premier film remarqué, Duel, le réalisateur ne tenait pas encore la stature qu’il a aujourd’hui. Alors que faire pour se faire remarquer et gagner ainsi des galons afin d’avoir plus d’argent pour réaliser des films plus ambitieux? Le fait est simple, transcender le film de requins pour en faire un film d’horreur mythique mais aussi une satire de la société du paraitre. Sauf qu’avant Les Dents de la Mer, qui aboutira à la grande renommée que l’on connait tous, Steven Spielberg a fait un film tiré d’une histoire vraie, qui répond au doux nom de Sugarland Express. A la fois éloigné de son précédent film et relativement proche dans sa structure, ce film va être l’occasion de découvrir un réalisateur sensible mais qui n’hésite à montrer une Amérique perdue dans sa façon de penser, à la fois volatile et violente.

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Le rapport avec Duel est assez ténu, puisque hormis le fait que le film est un road trip, il n’y a aucun sujet en commun. Cependant, on retrouve quelques tics de réalisation dans Sugarland Express que l’on avait déjà vu auparavant, notamment dans les moments de courses-poursuites. Mais Spielberg n’est pas né de la dernière pluie et il va aller plus loin, cherchant à chaque instant à ce que son métrage se fasse remarquer. Ainsi, outre quelques passages hyper cut pour montrer une foule en délire et l’angoisse grandissante d’une police dépassée par les évènements, le cinéaste décide de faire des plans qui resteront symboliques, à l’image de ce passage où le plan montre le rétroviseur central de la voiture du policier ainsi que l’arrière de la voiture des malfrats, créant ainsi un lien entre poursuivis et poursuivants. De ce fait, et grâce à divers procédés habiles, le film alterne des moments assez intenses entre une fusillade dense et des courses-poursuites dantesques et réalistes, et des moments plus intimes où chaque personnage va avoir une double facette et où les liens vont se resserrer.

Car les relations entre les personnages seront symptomatiques de l’empathie que l’on ressent pour chacun d’eux. Il faut bien comprendre que le réalisateur joue sur deux tableaux avec ce film, essayant de dresser un portrait amical des bandits, qui ne veulent que récupérer leur bébé, et plus sombre de la part, non pas de la police, mais des fous de la gâchette qui pensent aider en tuant à tout va ou encore de la populace qui se construit une histoire se trompant de héros. Et c’est toute la force du métrage qui trompe tout le monde, prenant en grippe la police alors qu’ils sont ceux qui protègent les fugitifs, se plaçant comme vrais sauveteurs et non pas comme empêcheurs de tourner en rond. Ainsi, grâce à cela, Spielberg va se permettre de critiquer une société du paraître (sujet qui réapparaîtra de façon plus forte dans son prochain film) qui ne fait pas attention à son influence ni à son attitude envers certaines personnes. Une mentalité égoïste, qui est toujours d’actualité aujourd’hui et qui ne semble pas prête à s’arranger. Quoiqu’il en soit, le propos du film est très intelligent et pose de vraies questions sur ce qui est juste et sur le comportement de notre société.

Il se dégage aussi de ce métrage une ambiance toute particulière, très mélancolique, qui est parcourue par des fulgurances de pure folie. En fait, le film est à l’image de son actrice principale, Goldie Hawn, qui va passer par des phases de calme, puis par des phases de pure hystérie, notamment quand le sujet de son fils est abordé. Cette mélancolie doucereuse va permettre aussi de voir un trio évoluer ensemble et construire finalement une entité unique où l’otage devient finalement un ami. La prestation de Michael Sachs est formidable, tant l’acteur est touchant et juste dans une prestation sobre et classe. Seul William Atherton, jouant l’amoureux transi prenant tous les risques pour sa belle, reste en deçà, la faute à un jeu monolithique qui contrebalance la folie de Goldie Hawn. Un couple à la relation toxique, bercé d’illusions dans cette course-poursuite folle qui ne peut qu’aboutir à un désastre.

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Au final, Sugarland Express est un très bon film qui fut quelque peu oublié dans la grande filmographie de Steven Spielberg. Road trip à la fois mélancolique et cynique, le métrage trompe son spectateur sur ce qu’il voit à l’écran et renvoie l’image d’une société américaine superficielle et égoïste, attirée par les faits divers et méprisant ses vrais héros, une police compréhensive et aimante. Bref, un très bon film qu’il est bon de revoir et dont le propos est toujours autant d’actualité, plus de quarante ans plus tard…

Note: 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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