septembre 28, 2020

Assassin(s)

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De : Matthieu Kassovitz

Avec Matthieu Kassovitz, Michel Serrault, Mehdi Benoufa, Robert Gendreu

Année : 1997

Pays : France

Genre : Policier

Résumé :

Tueur de son état depuis quarante ans, M. Wagner aime le travail bien fait et pratique son métier avec amour et une éthique ambigüe mais réelle, et selon lui nécessaire. Lorsqu’il rencontre Max, jeune homme sans emploi, il pense avoir trouvé son successeur. Il va s’appliquer à lui enseigner son savoir-faire et son sens de l’éthique. Mais les temps ont changé.

Avis :

Fils du réalisateur Peter Kassovitz, Matthieu commence comme comédien avant de vraiment s’orienter vers la réalisation au tout début des années 90. Et trois courts-métrages plus tard, il se fait remarquer à Cannes avec son premier long, « Métisse« . Mais c’est deux ans après ce film qu’il crée l’événement en offrant au cinéma français l’un des films les plus cultes des années 90 avec « La Haine« . Le film est un véritable succès aussi bien critique que public. Le réalisateur raflera d’ailleurs le César du meilleur film pour ce dernier. Mais voilà, si bien souvent les réalisateurs passent aisément les deux premières œuvres, le cap du troisième film est plus difficile et s’il est réussi, assure à ses derniers un bel avenir.

Adapté de l’un de ses courts-métrages, c’est en 1997 que Matthieu Kassovitz va créer la polémique avec « Assassin(s)« , le film qu’il considère comme son préféré. Présenté au festival de Cannes, le film dérange par son thème. Mais pourtant, malgré les huées et les protestations, près de vingt ans après sa sortie, « Assassin(s) » résonne bel et bien comme l’un des plus beaux films de son réalisateur. Un film qui porte un œil dur, virulent même, sur la société, et qui se déguste avec un certain malaise, mais qui happe son spectateur jusqu’à ce final aussi lourd de conséquence que bien vu.

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Avant de rencontrer Monsieur Wagner, Max n’était pas un assassin, mais depuis les choses ont changé. Monsieur Wagner est assassin depuis une cinquantaine d’années. C’est un métier qu’il aime, qu’il chérit et qu’il effectue avec un très grand professionnalisme et beaucoup d’éthique. Pour lui, tout le monde ne peut être assassin. Le jour où il a rencontré Max, Monsieur Wagner voit dans le jeune homme quelque chose de différent. Il décide alors de le prendre sous son aile et de lui apprendre les ficelles du métier.

« Assassin(s) » est le film le plus amoral et dérangeant que Matthieu Kassovitz ait pu réaliser jusqu’ici. Partant sur le chemin du maître et de l’élève, le réalisateur s’aventure sur des sentiers à hauts risques avec cet apprentissage. Son « Assassin(s) » est très sombre, très cynique et le réalisateur filme de manière terriblement brutale sa violence, pour mieux en critiquer la société, ses médias et sa télévision, devant laquelle des millions de gens s’abrutissent. La banalisation de toute cette violence est terrible et les dernières images choquantes du film, qui pour le coup ont un goût de prédiction, nous le prouvent crument.

Avec ce film, le réalisateur fait se confronter intelligemment le choc des générations. Le choc entre ce tueur sur la fin de carrière, avec ses règles, son éthique et « sa bienveillance » et ce jeune homme de banlieue, naïf, qui reflète très bien le jeune facilement impressionnable et malléable, en perte de repères. Le scénario décrit bien la situation donnée, l’époque, la misère, les espoirs et les désillusions de cette société à travers le personnage incarné par Matthieu Kassovitz lui-même, mais aussi celui de Mehdi Benoufa. De manière assez fascisante et malsaine, le réalisateur arrive à nous captiver avec une très belle relation qui s’installe entre le maître et l’élève. Matthieu Kassovitz tisse de beaux liens entre les personnages, tout en gardant un certain suspens. Puisqu’on imagine bien que cet apprentissage ne se fera pas calmement et chaque décision que prend le personnage de Max peut entraîner une réaction en chaîne incontrôlable. Derrière le regard dur et tendre que porte Monsieur Wagner sur Max, malgré la belle relation qui s’installe, on sent que le jeune homme n’a pas le droit à l’erreur et Matthieu Kassovitz sait jouer parfaitement avec cette frontière. Il sait si bien jouer avec que son film reste assez imprévisible et c’est franchement bien vu de la part du réalisateur, car on reste captif devant, jusqu’à la fin.

« Assassin(s)« , en plus d’avoir du parti pris assumé, d’être bourré d’idées dans son intrigue et de pousser le public à la réflexion, est un film généreux dans sa réalisation. Matthieu Kassovitz l’a déjà prouvé avec ses précédents films et récidive avec celui-là. « Assassin(s) » est particulier, novateur à plusieurs reprises, et offre des scènes mémorables. Des scènes où le cynisme de Michel Serrault fait froid dans le dos. Des scènes où l’on se surprend à sourire alors même que c’est une horreur qui se déroule sous nos yeux. Matthieu Kassovitz nous désoriente volontairement pour illustrer son propos et peindre le reflet d’une société à la dérive.

Si Matthieu Kassovitz est excellent dans son film, si le jeune Mehdi Benoufa nous dresse les poils par sa violence étouffée, si Matthieu Kassovitz a parfaitement su s’entourer d’acteurs formidables comme Danièle Lebrun, François Levantal, Nicolas Boukhrief (qui est aussi scénariste), Léa Drucker, Hélène De Fougerolles entre autres, c’est pourtant Michel Serrault qui hante nous esprit. L’acteur tient là l’un des rôles les plus difficiles de sa carrière et arrive à faire passer ce tueur implacable pour un vieillard attendrissant. Un vieillard touchant qu’on prendrait presque en pitié.

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« Assassin(s) » est un film qui marque les esprits. Matthieu Kassovitz n’a vraiment pas fait les choses à moitié pour proposer sa vision d’une société qui dérive et se laisse aller. Une société en perte de valeurs, de repères. « Assassin(s) » est dérangeant, choquant, et même provocateur avec une certaine ambiguïté qui se dégage de son propos. Matthieu Kassovitz expose, raconte, propose, met en lumière certaines choses et finalement, se retire et nous laisse seul juge de ce qu’il nous a raconté. Et c’est peut-être ça le plus dérangeant, car on en ressort avec nos repères mis à mal. Bref, « Assassin(s) » fait réfléchir et ne mérite absolument pas la façon dont il a été traîné dans la boue à l’époque.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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