septembre 24, 2020

Vice Versa – Le Patron est de Retour

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Titre Original : Inside Out

De : Pete Docter

Avec les Voix de Amy Poehler, Bill Hader, Mindy Kaling, Lewis Black

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

Avis :

Pixar.

La firme à la lampe de chevet.

Le grand spécialiste du divertissement familial intelligent.

On l’a attendu ce retour.

Depuis pas mal de temps, la hiérarchie de l’animation avait été chamboulée.

Don Bluth parti depuis bien longtemps, Walt Disney dans une routine pas désagréable mais ronronnante, Ghibli au bord de la retraite, et Pixar, donc, en perte de vitesse sévère, il fallait se tourner ces dernières années vers les exploits de Laika (responsables des excellents Coraline, Paranorman et Boxtrolls), l’habituel talent des studios Aardman, ou, parfois, vers Dreamworks, quand ceux-ci se décidaient à se sortir les doigts, notamment au travers des Cinq Légendes et des deux Dragons, pour retrouver le goût des spectacles touchants et intelligents prompts à satisfaire toutes les classes d’âge sans rien niveler par le bas.

Et voilà qu’enfin, Tonton débarque et remet les pendules à l’heure de la plus belle manière qui soit.

Sa projection à Cannes a tellement enthousiasmé la critique, que les avis dithyrambiques l’annonçaient déjà comme le meilleur film de Pixar à ce jour.

Bon, la meilleure production Pixar depuis Toy Story 3, c’est une certitude, mais c’était pas très compliqué. Avec un Cars 2 pitoyable, un Rebelle visuellement somptueux mais creux et un Monstres Academy tout juste sympathique (par décence on passera sur Planes 2 sorti au cinéma l’été dernier), ces dernières années avaient laissé penser que même le géant Pixar avait des pieds d’argile, et cette remontée en flèche a rappelé aux mémoires les plus courtes qui avait fait rire et pleurer la Terre entière avec Toy Story, Les Indesctructibles, Ratatouille ou Là-Haut.

Le meilleur film Pixar de tous les temps, ça semble plus compliqué à affirmer. Il y a quand même du monde derrière, et le design cartoonesque très simpliste de Vice Versa faisait déjà grincer quelques dents avant même sa sortie.

Et pourquoi pas ?

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On le sait, les films du studio à la lampe de chevet ne sont jamais aussi bons que quand ils touchent à l’enfance, à l’apprentissage des bambins, leur évolution, et leur interaction avec le monde, notamment celui des adultes. D’ailleurs la plupart de leurs films mettent en scène ces sujets et présentent des personnages d’enfants confrontés à un élément crucial de leur vie. Andy et l’affection (réciproque) portée à ses jouets, Bouh et les peurs primaires de l’enfance, Nemo et la peur de l’abandon (et aussi la famille monoparentale, Le Monde de Nemo étant le premier film à s’adresser également directement aux adultes), Dashiell et Violette et la famille dysfonctionnelle des Indesctructibles, Russell et l’héritage des générations passées dans Là-Haut, ils ont fait de tous les sujets gravitant autour de l’enfance leurs thèmes de prédilection.

Et même lorsqu’ils ne choisissent pas un enfant comme centre de leur histoire, il est très souvent question d’une opposition/filiation entre générations, entre passé nostalgique et présent effréné (Cars), entre héritage et désir de liberté (Rebelle), quand ils ne critiquent pas l’évolution peu probante d’une humanité assistée dans Wall-E.

Bref, chez Pixar, il est presque toujours question de générations entrechoquées, d’évolution, de changement, ce qui est le propos parfait puisqu’il touche les enfants, encore dans une période de leur vie sujette à de grands bouleversements et de fortes émotions, autant que les adultes qui ont le recul nécessaire pour se souvenir avec émoi de leur propre passé.

Et en cela, oui, on pourrait qualifier Vice Versa de plus grand film Pixar jamais réalisé, tant il constitue un véritable reader’s digest de toutes leurs préoccupations, et de cette confrontation entre le monde fantasmé et linéaire de l’enfance, et le monde extérieur, le monde réel, aux millions de couleurs et aux sentiments complexes.

Tout ce qui a pu être suggéré auparavant dans cette opposition merveilleuse et traumatisante, dans l’évolution d’Andy, dans l’enfance confrontée à son deuil ou à celui d’autrui, dans Le Monde de Nemo ou Là-Haut, est ici directement mis en images.

Le monde coloré et cartoonesque de l’esprit de Riley, opposé au monde réaliste de San Francisco, qui paraît si terne quand un déménagement bouleverse vos habitudes.

Le monde encore binaire d’une jeune ado (où les cinq émotions principales cherchent encore à se référer à Joie, qui leur semble logiquement être l’élément essentiel du bien-être de Riley) opposé au monde complexe des adultes, pourtant désemparés face à ces changement émotionnels qu’ils ne comprennent pas.

Joie opposée à Tristesse, deux émotions brutes et attachantes qui vont se retrouver embarquées dans une aventure trépidante à travers l’esprit de Riley, jusqu’à comprendre qu’il leur faudrait peut-être se compléter plutôt que s’opposer.

Et cela alors que les trois émotions restantes, Peur, Dégoût et Colère, font ce qu’elles peuvent pour tenir la baraque, enchaînant catastrophe sur catastrophe, ce qui illustre aussi brillamment que de façon limpide le désordre hormonal et émotionnel qui a lieu dans l’esprit d’une gamine 10 ans quand un grand bouleversement la fait entrer de plein pied dans une nouvelle phase de sa vie.

Et tout le film est de cet acabit. Chaque cause, chaque conséquence de ces changements est décrite et expliquée par le biais du symbolisme et de l’imaginaire. Le fil des pensées devient un train qui s’arrête lorsque vient la nuit, le subconscient une caverne dangereuse gardée jour et nuit, et les centres d’intérêt de majestueuses îles dressées au dessus du gouffre de l’oubli dans lequel des ouvriers efficaces jettent les souvenirs devenus inutiles.

Et encore, ce n’est là qu’un aperçu très succinct du foisonnement d’idées pertinentes qui construisent le monde de Riley. Les meilleures, les plus drôles, les plus émouvantes, restent encore à découvrir, et je vous en laisse la surprise.

Scène après scène, cet aller retour entre les aléas de la vie quotidienne, la tristesse du changement et de la perte, l’optimisme de la nouveauté, la peur du futur, la colère face à l’injustice, et la visualisation du chamboulement visuel dans l’imaginaire sans limite d’une petite fille, non seulement fascine, émerveille, fait rire aux éclats ou pleurer à torrents (ne faites pas les malins, vous aussi vous n’y couperez pas), mais bien plus que ça, il permet d’analyser de la façon la plus juste et la plus limpide le fonctionnement de l’être humain.

Comment ne pas s’imaginer, après vision du film, cinq petites créatures incroyablement attachantes se crêpant le chignon ou tachant de faire au mieux, postées derrière une console aux multiples boutons, à regarder cet étrange monde extérieur à travers les yeux de leur hôte ?

Plus qu’un excellent divertissement, plus qu’un enchainement toujours plus incroyable de péripéties, plus que la découverte de comédiens peu connus et géniaux (VO obligatoire), plus que le torrent d’émotions qui fait renifler des salles entières et la musique de Michael Giacchino sur le toit du monde, Vice Versa s’avère être le plus beau regard porté sur l’enfance, ses douleurs et son incompréhension face au monde des adultes qui s’approche d’elle à si grande vitesse.

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Grandir, ça craint. Ca fait mal, ça rime à rien, et on va perdre des amis chers. Mais on ne peut pas y couper, alors il faut se faire violence, lutter contre la douleur et apprendre à évoluer, avec autant de joie que de tristesse, de colère, de peur ou de dégoût.

C’est ce que raconte Vice Versa avec une intelligence et une subtilité hors du commun, et cela tient du domaine de la salubrité publique.

Alors oui, au final, c’est peut-être bien le meilleur film que Pixar ait jamais créé.

Vivement la suite.

Note : 20/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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