Dracula – Bram Stoker

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Résumé :

Un jeune notaire anglais, Jonathan Harker, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le comte Dracula, nouveau propriétaire d’un domaine à Londres. L’homme qu’il découvre est une créature démoniaque, un mort vivant qui boit le sang de ses victimes… Jonathan échappera-t-il au vampire ? Et quel sort attend Mina, sa douce fiancée ?

Avis :

On ne présente plus le roman Dracula écrit par Bram Stoker. Et pourtant, il y a matière à dire sur ce gros roman, très dense et qui est la pierre angulaire à tous les romans gothiques et horrifiques de notre génération. Bram Stoker, après dix ans d’études et de recherches dans des bibliothèques, va écrire ce roman qui connaîtra le succès qu’une fois la mort de son auteur établie. Décrivant avec ardeur et précision le folklore de l’Europe de l’Est, l’écrivain va proposer une œuvre importante, qui rentre dans l’air du temps et qui va s’inscrire dans la continuité de certaines œuvres comme Frankenstein de Mary Shelley ou encore L’Etrange Cas du Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson. Si le roman ne connait pas un succès immédiat, on peut dire qu’il est le fondateur de cette créature abominable qu’est le vampire et on va pouvoir se replonger dans l’univers si riche des coutumes roumaines et tziganes. Mais avec nos yeux d’aujourd’hui, le livre est-il toujours efficace ? Ne parait-il pas un petit peu désuet ? Rendez-vous en Transylvanie pour rencontrer un comte mort-vivant qui n’est pas des plus accueillants.

L’histoire de Dracula se compose en plusieurs actes et va vite se démarquer des romans dits conventionnels pour proposer quelque chose de plus déroutant, des journaux intimes. Effectivement, plutôt que d’écrire une simple histoire à la troisième personne du singulier, Bram Stoker va proposer aux lecteurs différents points de vue au travers plusieurs journaux intimes. Cela est assez intéressant et plutôt intelligent, surtout que cela lui permet d’utiliser le « je » tout en fractionnant son histoire avec différents points de vue. Mais en plus de cela, l’histoire demeure cohérente et avance en fonction de celui qui raconte, montrant ainsi des échanges de lettres, des passages que l’on ne pourrait ou bien d’autres encore. Bon, bien évidemment, il a choisi les moments les plus intéressants, mais il faut dire que cela s’éloigne vraiment du roman typique que l’on peut lire le plus souvent.

L’histoire se déroule en quatre actes bien distincts. Le premier est bien évidemment le voyage de Jonathan Harker, jeune notaire, qui part dans le château du comte et qui va vivre un enfer. Cette partie demeure assez pénible à lire au départ, puisque le jeune homme s’évertue à nous raconter ce qu’il mange et à décrire de façon précise les paysages et le folklore roumain. Si cela peut être intéressant au départ, cela devient vite lassant. La deuxième partie concerne le cas de Lucy Wenstera, l’amie de Mina Harker, qui va subir le joug de Dracula, puisqu’il se repait de son sang, et qui va devenir par la suite une vampire. Cette partie là demeure très intéressante, car elle met en scène le célèbre Van Helsing et tous les personnages masculins, outre Jonathan Harker, et on va voir que tous ces hommes, dans leur grande générosité, vont tout faire pour sauver la jeune demoiselle. On retrouvera tout ce qui touche au mythe du vampire, mais on aura droit à de vrais passages gothiques, dont des passages dans le cimetière et des moments de grande angoisse avec les disparitions d’enfants. La troisième partie concerne la chasse que mènent les hommes dans Londres pour piéger Dracula. Cette partie demeure assez longue et on parle beaucoup de stratégie, ce qui est assez lénifiant. Néanmoins, on retrouve là aussi tous les codes qui régissent le vampirisme classique et on aura un aspect vraiment rationnel de tout ce qui arrive. Enfin, la dernière partie concerne la traque jusqu’en Transylvanie, passage bien intéressant et bien dynamique.

Si le découpage demeure très bien fait et plutôt logique, on retiendra tout de même de grands moments de longueur et parfois, on s’ennuiera durant la lecture. D’autant que le style de Bram Stoker est assez lourd, peut-être pas autant que celui d’un Lovecraft, mais on sent qu’à l’époque, la description était importante. On retiendra aussi quelques petites incohérences comme le passage que raconte Jonathan Harker alors qu’il était absent de la scène. Mais on pourra imputer cela à la densité du récit.

On s’intéressera aussi plus particulièrement à un cas bien sympathique, celui du psychopathe dans sa cellule, totalement asservi par le comte et qui demeure vraiment fou. Pour l’époque, Bram Stoker signe un portrait fascinant et très contemporain d’un malade mental pensant gagner de la vie en dévorant d’autres vies. Prémices du cannibalisme, l’écrivain livre un portrait troublant, effrayant et qui a peut-être plus de charisme que le comte en lui-même. Il va ainsi aller vers la noirceur de l’homme, vers l’asservissement par la mal pour explorer la pire face de l’être humain. D’un autre côté, nous aurons droit à l’antithèse de cela, avec nos quatre héros, servant Dieu et voulant sauver la jeune Mina Harker des griffes du comte, quitte à y mourir. Si les interlocutions à Dieu sont fréquentes, c’est parce qu’à l’époque du récit, les croyances étaient très importantes et vu la décadence qui s’annonçait, la religion était un peu la perche à laquelle s’agripper pour sortir la tête de l’eau. Alors c’est assez agaçant de voir toutes ces occurrences à Dieu et à la religion, mais d’un autre côté, on voit bien que la réussite de leur mission n’est du qu’à leur volonté et leur intelligence.

Au final, Dracula de Bram Stoker est un livre assez fascinant de par sa richesse et sa densité. Malheureusement, certains passages, dont le début, sont très lents et très difficiles à lire, comme pour bon nombre de livres de l’époque (Frankenstein pour ne citer que lui). Néanmoins, le livre est un pilier de la littérature fantastique et montre à quel point il fut une source d’inspiration pour un grand nombre d’auteurs contemporains. Un livre que tout amateur de genre devrait lire pour sa culture générale.

Note : 14/20

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