La Légende de Titus Crow – Brian Lumley

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Auteur : Brian Lumley

Editeur : Mnémos

Genre : Horreur

Résumé :

Titus Crow, un érudit passionné d’occultisme, à l’esprit aventureux, entreprend d’éclaircir des événements récents aussi singuliers que terrifiants.

Dès lors, il se retrouve projeté dans une aventure horrifique hors norme par sa dimension et son danger pour l’esprit. Des profondeurs des océans, en passant par les fabuleuses Contrées du Rêve jusqu’aux espaces intersidéraux incommensurables, Titus Crow et ses alliés combattent dans une lutte sans merci et désespérée le retour des Grands Anciens et de leur maître à tous, l’abominable Cthulhu.

Avis :

S’il y a bien un homme qui a influencé toute une génération d’artistes (littérature, cinéma, musique…), c’est bien Lovecraft et son œuvre aussi mythique que les dieux anciens s’y terrant. L’inspiration de l’écrivain de Providence est bien souvent évoquée avec beaucoup de facilités pour justifier de la naissance d’une histoire. Pourtant, certains auteurs se risquent à reprendre un univers identique pour, non pas le plagier ou jouer les opportunistes, mais pour leur donner une seconde vie, à tout le moins un prolongement autre qu’à travers les nouvelles originelles. Entreprise ô combien délicate étant donné que le lectorat se montre plus exigeant puisqu’il espère retrouver l’atmosphère si particulière et inimitable de l’œuvre de Lovecraft.

À travers La légende de Titus Crow, Brian Lumley s’approprie les créatures difformes et autres monstres hideux pour développer ses six romans gravitant autour du mythe de Cthulhu. Si une critique par histoire avait été possible, il est plus judicieux de n’en faire qu’une seule pour l’ensemble du cycle. En effet, l’impression générale tant au niveau des qualités que des défauts se rejoignent, même si chaque intrigue tend vers une exploration précise de l’imaginaire de Lovecraft. Ainsi, l’on a droit à un tour d’horizon éclectique entre le fantastique, la science-fiction et la fantasy (y compris la dark-fantasy). Certes, l’horreur et l’épouvante sont présentes, mais sont reléguées au second plan ou plutôt elles ne fonctionnent pas comme prévu.

L’ambiance retranscrite nous immerge avec des constructions de phrases recherchées, parfois alambiquées et non dénuées de lourdeurs stylistiques. En cela, Brian Lumley imite la plume du maître de fort belle manière en laissant l’illusion d’avoir découvert des écrits oubliés et poussiéreux de Lovecraft. Surabondance d’adjectifs, approche psychologique grâce à un développement vague concernant les descriptions des créatures et des environnements fantasmagoriques, ce mélange d’imperfection et d’imagination insondable fait s’alterner des impressions contradictoires chez le lecteur, comme pour mieux l’égarer, le décontenancer face à l’innommable.

Néanmoins, l’auteur éprouve de grandes difficultés à effrayer ou rendre angoissantes des situations particulières. La faute sans doute à des longueurs dans les trames principales, sa manière d’étirer à l’extrême d’interminables discussions ou passages d’exploration. Toujours est-il qu’il préfère les batailles grandiloquentes (Le démon du vent), les errances intergalactiques et spatio-temporelles (La transition de Titus Crow) ou encore les vagabondages de l’esprit (L’horloge des songes) aux terrifiantes sensations d’isolement et de détresse devant l’horreur ; même si on les touche du bout des doigts dans Ceux qui se terrent dans les tréfonds.

Cela peut s’expliquer en partie par la nature des intervenants. Contrairement aux personnages de Lovecraft, à la fois tourmentés et impuissants, ceux de Lumley se montrent combatifs, téméraires et confiants ; pour ne pas dire imbus d’eux-mêmes. Il en découle une empathie amoindrie avec l’intuition que les protagonistes traverseront les épreuves avec peu ou pas de pertes dans leur rang. Ce clivage est clairement le point d’éloignement par rapport au modèle. À noter que l’on rencontre quelques têtes connues (en dehors des divinités du cycle de Cthulhu – abrégé en DCC) tel que Randolph Carter. Une initiative bienvenue pour appuyer la crédibilité des récits devant leurs illustres prédécesseurs.

Au final, La légende de Titus Crow se révèle plus qu’un simple hommage à Lovecraft. Brian Lumley s’inscrit dans la continuité des mythes créés et développés par son aîné. Malgré une caractérisation aux antipodes des personnages initiaux et un sentiment d’effroi peu présent, voire anecdotique, ces six romans composent une fresque quasi exhaustive sur Cthulhu et ses sbires innommables. Grâce à un style respectueux, une approche diverse et variée (emploi d’une correspondance, qu’elle soit télépathique ou pas, extrait de journaux intimes…), ainsi que la multiplication des genres, on occulte les errances au niveau de la progression pour (re)découvrir sous un autre œil l’univers aussi unique que particulier de Lovecraft. Non dénués d’imperfections, les amateurs se laisseront toutefois perdre dans les limbes répugnants au gré des pages.

Note : 14/20

Par Dante

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