décembre 6, 2021

Joyland – Stephen King

JOYLAND_Mise en page 1

Auteur: Stephen King

Editeur: Albin Michel

Genre: Horreur

Résumé :

Après une rupture sentimentale, Devin Jones, 21 ans, débarque l’été 1973 à Joyland, petit parc d’attraction sur le littoral de la Caroline du Nord. Il est embauché avec d’autres étudiants pour compléter l’équipe de forains, à la fois étrange et joyeuse. Sa rencontre avec un petit garçon doué de voyance, atteint d’une maladie grave, et surtout de sa mère, va changer la vie de Devin. Obsédé par le mystère du train fantôme soi-disant hanté par le spectre d’une femme égorgée 4 ans auparavant, le jeune homme se lance dans l’enquête. Un nouveau meurtre est-il possible ? Parviendra-t-il à l’éviter ? Une chose est sûre, l’aventure le changera à jamais…

Avis :

La sortie d’un Stephen King est toujours un événement au cours de l’année. Alors que l’illustre écrivain nous avait offert un Docteur Sleep sincère et fort, il nous avait fait patienter avec trois nouvelles inédites en France : Plein gaz, Un visage dans la foule et Sale gosse (pour remercier l’accueil des fans français et des Allemands lors de son voyage en Europe). Déjà en librairie depuis plus d’un an outre-Atlantique, Joyland débarque enfin dans l’hexagone. Parc d’attractions, ambiance de fêtes foraines, meurtres et fantômes semblent être au rendez-vous. Autrement dit, un très bon livre en perspective à consommer sans modération confirmé par les critiques. Sauf que…

Sauf que la surprise ne sera pas forcément positive au fil de la lecture. Sans doute est-ce dû à l’excellente réputation de l’écrivain ou, plus particulièrement, à l’enrobage qui entoure ce nouveau roman. La couverture à l’illustration sombre laisse augurer un récit fantastique, à tout le moins d’épouvante dans un parc d’attractions. Sur la quatrième de couverture, on évoque des clowns. Un gros clin d’œil inutile à Ca étant donné que l’on ne verra pas l’ombre d’un zigoto maquillé avec des vêtements multicolores et des canines bien acérées. On poursuivra plus tard sur ces éléments fallacieux qui tendent à tromper le lecteur.

Tout cela pour vous dire que l’éditeur nous met dans de telles conditions que l’on pense avoir entre les mains une histoire terrifiante qui n’en est strictement pas une. Du suspense ? Autant qu’il puisse y en avoir dans un drame. D’ailleurs, la construction ne se compose pas de chapitres, mais de séquences à la chronologie plus ou moins claire séparées par des astérisques. Le rythme ne décollera jamais et il faut attendre les trente dernières pages pour que l’intrigue s’emballe un minimum. Avant cela, l’on a droit à une très longue exposition des faits, en particulier le quotidien du protagoniste. Apprentissage, travail rébarbatif, états d’âme…

Tout se suit sans saisir pourquoi Devin Jones se remémore ses souvenirs avec nostalgie (sans doute le seul élément pertinent de la quatrième de couverture). De fait, l’atmosphère angoissante des fêtes foraines promise (je reprends toujours les termes de l’éditeur) pointera aux abonnés absents, tout comme la terreur évoquée. Malgré le style de l’auteur (que l’on retrouve heureusement) pour accrocher le lecteur, on s’ennuie et on a du mal à poursuivre. Au niveau de la charge émotionnelle, les atermoiements se succèdent et rendent Devin assez banal, pas très attachants, mais pas détestables non plus.

On notera également des passages faciles, comme le gamin sur le point de mourir qui oublie sa maladie le temps d’une visite à Joyland ou la rupture de Devin. Des séquences larmoyantes à la limite du cliché qui, si elle reste bien écrite, là encore s’étendent trop sur la longueur. En ce qui concerne les autres protagonistes, on a droit à des individus aux caractères forts et marquants qui retiennent l’attention. Il ne s’agit pas d’un grand développement des personnalités, mais la patte du maître se reflète bel et bien dans ses personnages et, de son côté, Joyland ne déçoit pas. Un aspect primordial qui sauve le livre du naufrage.

A l’instar d’éventuels éléments fantastiques, l’enquête est reléguée au second plan. Deux ou trois séquences sur la totalité du roman font avancer l’intrigue en ce sens avec des explications et un passif assez sommaires, pour ne pas dire cousu de fil blanc. Stephen King nous avait déjà habitués à bien mieux et c’est donc sans surprise, que le coupable se révèle assez facilement. Hormis un assassinat sordide dans la maison de l’horreur, un chariot peut-être hanté, ainsi que quelques menus détails disséminés çà et là, on reste sur notre faim.

Au final, ce nouveau Stephen King déçoit. Annoncé comme un mélange des genres qui tient en haleine (suspense, terreur et émotion), Joyland n’est autre qu’un pur moment de nostalgie longuet avec ses joies et ses peines sur la banalité quotidienne au sein des années 1970. Rappelons que la comparaison avec Stand by me n’est pas usurpée (époque différente, mais ton identique), mais qu’il s’agissait d’une nouvelle. Or, nous sommes en présence d’un roman. Nul doute que dans ce format plus restreint Joyland aurait gagné en force à tous les niveaux. Là, on se retrouve avec une intrigue peu emballante, répétitive et assez prévisible dans son dénouement. Tout juste moyen au vu de l’excellence de l’auteur.

Note : 11/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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