mai 26, 2024

Dante’s Inferno

Résumé :

Dante’s Inferno vous invite à incarner Dante lors de sa descente à travers les 9 cercles de l’Enfer dans ce beat’em all musclé ! Affûtez votre faux et préparez-vous à affronter des monstres en pagaille et des boss gigantesques qui vous attendent de pied ferme pour vous arrêter dans votre quête. Le jeu suivra du mieux possible le récit de La Divine Comédie, le poème écrit par Dante.

Avis :

Qu’il s’agisse d’une adaptation ou d’une interprétation de La Divine Comédie, il est particulièrement délicat d’aborder l’œuvre majeure de Dante. Cette dernière relève presque de la perfection en matière de poésie et de littérature. Ce qui la rend d’autant plus fascinante, insaisissable. Classique parmi les classiques, il est l’un des récits les plus marquants et intemporels de la culture, et ce, au-delà de son influence historique. En ces circonstances, son legs au patrimoine de l’humanité reste considérable. Et cela ne tient pas uniquement à sa dimension religieuse. Aussi, une version vidéoludique peut paraître autant prometteuse qu’inattendue pour s’immiscer dans les premiers chants de l’Enfer…

La Divine Comédie : une œuvre majeure et essentielle dans tous les médias culturels

Au-delà de son contenu, matière à de multiples analyses et exégèses, La Divine Comédie n’a eu de cesse d’inspirer les plus grands artistes. On songe aux visions de Botticelli, William Blake, Eugène Delacroix, sans oublier les gravures de Gustave Doré. Peut-on aussi aborder le sujet sans évoquer La Porte de l’Enfer de Rodin ou les éditions historiques qui font désormais office d’incunables ? De la symphonie de Franz Liszt à Tchaïkovski, en passant par différents groupes de métal, la musique n’est pas en reste.

Si la version artistique de La Divine Comédie est propice à la peinture et à la sculpture, la littérature fait surtout l’objet de clins d’œil et d’allusions. Preuve en est avec La Fin des temps d’Haruki Murakami ou même d’Inferno de Dan Brown. On peut aussi regretter une vision cinématographique en retrait, à l’exception de L’Enfer, chef d’œuvre du muet signé Francesco Bertolini, Adolfo Padovan et Giuseppe de Liguoro. Quant aux jeux vidéo, on suit une mouvance similaire à la littérature avec des références marquantes, comme Devil May Cry, mais qui ne s’attellent pas au sujet de manière frontale.

En enfer, on vous entendra crier

Après le succès de Dead Space, perle du survival-horror spatial, Visceral Games s’attaque à une production ambitieuse. En l’occurrence, adapter L’Enfer, première partie de La Divine Comédie. Afin de donner corps au projet, les développeurs américains optent pour un titre d’action-aventures orienté vers le beat them all. À l’époque, le genre retrouve ses lettres de noblesse avec des sagas remarquables telles que God of War, principale source d’inspiration de Dante’s Inferno.

Cela tient aux perspectives et à l’angle de vue pour appréhender l’environnement, mais surtout au système de combat. Les armes ont beau être différentes, il n’en demeure pas moins une approche semblable, jusque dans les stratégies à adopter selon le type d’adversaires. Comme pour le titre de SCE Santa Monica Studio, il convient de jouer sur les contres, les esquives et les assauts frontaux. À intervalles réguliers, des QTE viennent également ponctuer certaines exécutions lorsque les ennemis sont affaiblis.

Quand la poésie rime avec frénésie…

De prime abord, il est vrai que Dante’s Inferno manque clairement d’inspiration en matière de gameplay. Le jeu se contente de ressasser les acquis de ses prédécesseurs, sans y apporter la moindre nuance. Certes, le système a beau se montrer efficace et nerveux, il n’en demeure pas moins une absence d’originalité flagrante et d’une prise de risques sur cet aspect. Au demeurant, les mouvements et la progression font montre de réactivité et de fluidité au gré de séquences dantesques.

S’il peut paraître antinomique de rapprocher la poésie de l’action, l’intrigue démontre qu’il est possible de raconter une histoire tout en maintenant un rythme effréné. Il est vrai qu’on remarque d’évidentes libertés quant au matériau de base. Cela tient, entre autres, au contexte ou encore au statut de guerrier de Dante lui-même. Ici, on n’assiste pas à l’errance de l’auteur, en compagnie de Virgile, mais plutôt à une croisade contre les légions infernales et Lucifer.

Une damnation aux multiples nuances de souffrances

Étant donné que le divertissement prime, l’approche globale de Dante’s Inferno prend donc de grandes largesses avec La Divine Comédie. Pour autant, l’architecture de l’enfer se réapproprie la structure conique où les neuf cercles adoptent une hiérarchie dans la gravité des fautes, des crimes. Sans être exhaustif, on songe aux limbes, à la luxure, à l’hérésie ou à la tromperie. On notera que tous ne font pas forcément écho à l’un des sept péchés capitaux, même s’ils sont présents.

En cela, le level design s’avère inspiré pour traduire les tourments des damnés. À titre d’exemple, on peut évoquer la tour, symbole phallique, pour l’incursion dans le cercle de la luxure, tandis que celui de la gourmandise se caractérise par des gueules béantes, des parois visqueuses. Qu’elle possède une connotation physique ou psychologique, la souffrance est représentée de bien des manières. Toutefois, on retrouve toujours ce rapport à la terre, au matérialisme, comme peut le signifier la chute de Lucifer qui aurait dessiné les contours de notre perte.

L’art de dépeindre les tourments de l’homme

Dante’s Inferno se distingue également par son bestiaire impensable, voire grotesque dans l’apparence de nombreuses créatures. Là encore, elles constituent le reflet de la damnation éternelle, tant dans leurs assauts létaux que leurs déambulations pathétiques. On songe aussi à ces murs et falaises où des âmes en souffrance se tortillent. L’effet a peut-être vieilli, il n’en demeure pas moins intéressant pour ne pas cantonner le cadre à une toile de fond inerte.

À de nombreuses reprises, le style graphique n’est pas sans rappeler les œuvres de Jérôme Bosch ou, dans une moindre mesure, Francis Bacon. Cependant, on aurait apprécié un travail plus approfondi quant à la démesure de l’enfer. Preuve avec ce passage sur un pont qui amorce la descente vers un nouveau cercle, où le gigantisme de la créature « domptée » n’est rien en comparaison de l’étendue qui se déploie devant elle.

L’enfer, c’est la routine

En dépit d’un rythme emporté qui faiblit seulement pour s’atteler à des énigmes guère compliquées à résoudre, on peut observer une progression routinière. Malgré l’apprentissage de nouvelles compétences et techniques de combat, l’ensemble use de mécaniques similaires d’une séquence à la suivante. On a beau varier les enchaînements ou les approches face à un ennemi retors, il subsiste un déroulement qui souffre de trop rares détours.

De même, les QTE ne présentent aucune difficulté à s’exécuter, tandis que l’aspect narratif tient surtout aux intermèdes de Virgile, à des cut-scenes bien réalisées, mais vite expédiées. En somme, on déplore un souffle épique trop timoré. Dommage, car certains passages restent mémorables, comme la traversée de l’Achéron. Pour ne rien gâcher, la bande-son est parfaitement dans le ton et dispose d’une rythmique particulière, ne demandant qu’à accompagner les combats ou l’avancée de Dante.

L’éternité n’est pas forcément longue, surtout à la fin

En matière de durée de vie, on oscille entre 7 et 8 heures pour boucler Dante’s Inferno. Une moyenne basse pour le genre qui s’appuie sur une rejouabilité orientée vers le challenge. Les quatre modes de difficulté (croyant, fanatique, infernal, condamné) sont susceptibles d’occuper les joueurs les plus acharnés, tout comme les arènes des portes de l’enfer. Ces dernières comportent une cinquantaine d’épreuves à surmonter, principalement axées sur l’endurance. 

Côté items et secrets, on peut aussi évoquer la recherche d’une trentaine de reliques, les 3 pierres de Béatrice, ainsi que 6 séries de 30 pièces d’argent. En ce qui concerne l’amélioration des compétences de Dante, l’arborescence se scinde entre les aptitudes impies et sacrées. Quant au mode Résurrection, il s’agit d’un New Game Plus pour profiter des gains de l’expérience initiale. Ce qui donne l’occasion de la compléter, au passage.

En conclusion…

Au final, Dante’s Inferno est un beat them all efficace, auréolé d’une direction artistique splendide pour appréhender l’œuvre du poète. On apprécie les compositions de Garry Schyman, déjà responsable de la bande-son de Bioshock. La vision de l’enfer est ici respectée dans son architecture, cette plongée tortueuse dans le péché, la souffrance et la détresse. En ce qui concerne les libertés entreprises avec le texte originel, elles s’avèrent nécessaires pour s’adapter au format vidéoludique, eu égard au statut de croisé de Dante.

Néanmoins, le jeu de Visceral Games n’est pas exempt de reproches. On peut regretter un gameplay calqué sur la saga God of War et qui ne présente aucune variation. Les fondamentaux restent efficaces, mais dénués d’originalité et d’innovations. Bien que courte, la progression s’ancre aussi dans une certaine routine, même si elle demeure plaisante pour poursuivre cette odyssée qui se fait l’écho d’autres mythes majeurs, comme ceux de Thésée ou d’Orphée. Il en ressort une incursion percutante, guère subtile, mais qui a le mérite d’explorer le cantique le plus marquant (et désespéré) de La Divine Comédie.

Note : 14/20

Par Dante

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