juin 24, 2024

A Touch of Sin

Titre Original : Tian Zhu Ding

De : Jia Zhang-Ke

Avec Wu Jiang, Wang Baoqiang, Zhao Tao, Luo Lanshan

Année : 2013

Pays : Chine, Japon

Genre : Drame

Résumé :

Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes.
Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique brutal peu à peu gangrenée par la violence.

Avis :

Parmi les pays qui ont pris de plein fouet une sorte de révolution économique et culturelle, la Chine se place hautement en tête. Il faut dire qu’avec le communisme et une sorte de renfermement sur soi, le pays, et ses habitants, ont vécu presque reclus pendant une longue période. Alors, lorsqu’il a fallu s’ouvrir aux autres, le développement a été brutal et certaines régions ont plus morflé que d’autres. Pour s’en rendre compte via des médiums culturels, il suffit de lire La Mort Scarabée ou A l’Ouest de la Montagne de Lisa See. Au cinéma, c’est Jia Zhang-Ke qui, en 2013, va prendre sa caméra pour dresser un portrait violent de son pays via quatre portraits différents qui subissent frontalement ces changements économiques et sociaux. Cela donne alors A Touch of Sin, un film sans concession où la violence se cache dans les moindres interstices.

Le réalisateur, qui fut longtemps censuré dans son pays, décide ici de parler de son pays sans filtre, à travers quatre personnages à qui il va arriver des bricoles. Afin de rendre sa narration plus fluide, le cinéaste va alors se faire croiser ces protagonistes dans des lieux d’échange, que ce soit sur la route ou sur des quais de gare. On commence avec un premier personnage, Dahai, travailleur à la mine, qui souhaite se révolter envers son patron et les dirigeants de son village. En effet, la mine a été revendue, elle est peuplée de travailleurs immigrés clandestins, et les traitements sont rugueux. Seulement, personne n’écoute Dahai et ses désirs de mutinerie. Déterminé, il va tout de même provoquer son patron devant tout le monde, puis se faire passer à tabac par des hommes de main. Détruit, Dahai va alors choisir le chemin de la violence radicale.

« Le réalisateur amorce une mise en scène rêche, percutante. »

Avec ce premier visage, on va suivre un type qui rêve d’un pays plus juste, avec des conditions de travail décente. Il porte des revendications utopistes mais compréhensibles, voyant bien que son pays mute, mais que ce sont les puissants qui en profitent. Humilié, il s’arme alors d’un fusil et va dézinguer tout le monde, même les employés qui lui manquent de respect. Ce démarrage est sans concession et démontre un type en chute libre, qui ne voit plus qu’une seule issue, celle de l’éradication. Le réalisateur amorce une mise en scène rêche, percutante, qui ne laisse rien au hasard. A l’image de son climat relativement froid, les mises à mort sont cliniques et ne laissent aucune chance aux victimes. Et provocation ultime, on quittera Dahai en pleine forme, à l’issue de son dernier meurtre, un sourire aux lèvres. La Chine commence à construire ses propres monstres ravageurs.

Le second portrait va aller encore plus loin. Le scénario propose de suivre San’er, un travailleur migrant qui vivote à la mine, et qui va se découvrir un pouvoir monstrueux à l’aide de son arme à feu. Tout d’abord menacé par quatre jeunes qui veulent son argent, il par la suite devenir un voleur violent afin de subvenir aux besoins de sa famille. Une famille très pauvre, dont la femme ne veut pas de son argent, qu’elle sait sale, et d’un jeune fils qui ne semble pas aimer son père. On voit bien que Jia Zhang-Ke veut montrer ici les conditions de vie misérables des immigrés, étant mal payé dans leur travail, mais aussi considérés comme des moins que rien d’un point de vue humain. Si la violence est aussi crue que dans le premier visage, les thèmes pointés du doigt sont différents, avec un contexte plus sociétal ici.

« A Touch of Sin est un excellent film. »

Le troisième portrait ne va pas prendre les armes pour démontrer la violence du pays. On va suivre Xiaoyu, une jeune femme qui travaille comme hôtesse dans un spa, et qui vit un adultère avec un type marié. Malheureusement pour elle, la femme de ce dernier est relativement jalouse et possède le bras long pour obtenir de l’aide. Xiaoyu va alors se faire violenter et humilier au milieu de tout le monde, même au sein de son lieu de travail. Plus mélancolique que les trois autres portraits, on va y voir que les coutumes ont la dent dure et que la honte ne provient pas de l’homme infidèle, mais plutôt de la femme avec laquelle il couche, qui devient une catin. Ajoutons à cela que la pauvre femme se fait harceler et humilier (encore une fois) par un homme riche pensant qu’avec son argent il peut tout faire.

Le réalisateur, qui donne ce rôle à sa femme, dresse une image peu glorieuse d’une société qui victimise encore plus les victimes, et montrant l’impunité des riches. La fin de ce segment va sombrer dans une violence crue et percutante, la jeune femme craquant littéralement, jusqu’à faire un bon de sang pour s’en sortir. Encore une fois, la violence physique, le meurtre, semble être la seule issue possible pour survivre. Enfin, le dernier portrait sera un peu moins graphique que les autres, mais jouera plus sur la psychologie. On va suivre un jeune homme qui change tout le temps de métier, allant de plus en plus vers quelque chose de dégradant. Ne sombrant pas dans une violence physique, le jeune garçon va aller vers quelque chose d’aussi radical le concernant, montrant une société qui pousse au suicide. Et finalement, ce portrait est aussi virulent que les autres.

Au final, A Touch of Sin est un excellent film qui dresse un portrait global peu flatteur de la Chine. En abordant quatre thèmes différents, dans quatre régions différentes, le réalisateur montre à quel point son pays a mal géré son évolution économique et laisse de côté toute une partie de la population. Tiraillée entre progrès et coutume, la Chine est un pays qui a toujours le cul entre deux chaises, et Jia Zhang-Ke le montre parfaitement à travers ce film sans concession, qui possède quelques longueurs, mais installe une ambiance particulière, où l’avenir n’est pas radieux.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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