mai 26, 2024

Gotham City Année Un

Auteurs : Tom King et Phil Hester

Editeur : Urban Comics

Genre : Polar

Résumé :

Deux générations avant Batman, le détective privé Slam Bradley se retrouve mêlé au « kidnapping du siècle » lorsque l’enfant héritier des Wayne disparaît dans la nuit… Lancé à sa recherche, il découvre vite que les faux-semblants se multiplient, et que les justes ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Ainsi débute l’histoire brutale d’une Gotham devenue moderne, cité d’abord radieuse abritant en son sein le vice, la violence et la corruption, et prête à déverser le chaos sur ses habitants.

Avis :

Ancien membre de la CIA, Tom King s’est depuis reconverti dans le scénario de comics. Et quelle reconversion ! En pas moins de dix ans, il a obtenu sept Eisner Awards pour ses différentes œuvres, et a réécrit de nombreux run autour de personnages mythiques comme Batman, Supergirl, ou encore Rorschach de Watchmen. Bref, le type est rapidement devenu un poids lourd du comics et ses scénarios pointent toujours du doigt l’idéologie américaine et sondent au plus profond les psychologies des personnages, qui, tout héros sont-ils, possèdent des faiblesses comme tout un chacun. Forcément, difficile de faire meilleur choix pour prendre les rênes de Gotham City Année Un, où il va être question d’enquête, de kidnapping et d’explosion de violence dans un cadre urbain qui s’embrase pour un rien. Accompagné de Phil Hester aux dessins, Tom King réunit tous les ingrédients du polar hard boiled des années 60.

Il n’est donc point question de Batman dans cette histoire, et il n’apparaitra qu’au sein de deux cases durant le récit. L’histoire prend place deux générations avant Bruce Wayne, et c’est son grand-père dont il sera question. On va suivre Slam Bradley, un détective privé aux méthodes expéditives, qui va être, bien malgré lui, plongé dans l’affaire du kidnapping de la petite Helen, le bébé de Richard et Constance Wayne. Le couple est très en vogue à Gotham, puisque les principales usines sont à eux, et toute la fortune de la famille repose sur des constructions plus ou moins agressives. Et alors que Gotham vit des jours heureux malgré une ségrégation de plus en plus visible, il suffira d’un fait divers, d’une manipulation conséquente, pour mettre le feu aux poudres. C’est dans ce cadre que l’on va évoluer, témoin impuissant de la transformation de cette ville.

Le récit est raconté du point de vue de Slam Bradley. Il raconte ce fait divers à Batman, pour qu’il comprenne bien que c’est son grand-père qui a transformé la ville. On va y suivre une enquête à l’ancienne, avec ce qu’il faut d’indics, de faux tuyaux, de violence urbaine et de flics corrompus. Tom King tisse une intrigue très simple à comprendre et qui ne fait pas forcément dans la complexité. Ici, on se doute que nous sommes dans une manipulation qui a un but précis, et que tout ceci tourne autour de la famille Wayne. Mais l’intelligence de la narration fait que l’on rentre en plein dans le délire. C’est délicieusement rétro dans l’ambiance, renouant avec des polars à l’ancienne que ne renierait par Robert Aldrich. Et les personnages sont relativement attachants, malgré leurs défauts équivoques. Tout un chacun a des failles, et tente de les masquer.

D’ailleurs, Slam Bradley est un personnage qui fut très utilisé durant les années 50, auquel on prête même un enfant caché avec Catwoman, mais qui fut tombé dans l’oubli dans les années 80. Tom King lui redonne une chance, présentant un détective humain, mais dont la force est impressionnante, se tirant toujours de situations difficiles à l’aide de ses poings. Il devient le point central de cette histoire, qui présente des personnages secondaires simples, mais là aussi assez efficaces. On pense bien évidemment à Richard Wayne, riche homme d’affaires qui a un penchant pour la bouteille et la gifle facile, ou encore à sa femme, Constance, froide et distante, comme détachée de cette histoire de kidnapping. Et que dire que Sue, femme fatale étrange, qui pourrait être une ancêtre de Catwoman. Bref, tout cela contribue à une ambiance bien tenue.

Le seul petit défaut que l’on pourrait émettre provient des dessins, qui ne sont pas vraiment « jolis ». Ici, c’est purement subjectif, mais les traits de Phil Hester sont très rigides, avec des lignes brisées très droites, ne laissant aucune place à la rondeur. Certes, cela correspond à l’ambiance tendue et mortifère de l’ensemble, mais les graphismes manquent tout de même de finesse. Par contre, les choix chromatiques sont excellents, appuyant alors les émotions que l’on peut ressentir. Les aplats de rouge et blanc pour symboliser la violence, ou encore le noir et le bleu pour la mélancolie, sont très bien trouvés et renforce cette idée de placer son intrigue dans les années 50.

Mais le plus important dans tout ça provient aussi du message de fond, qui mélange politique et ambition personnelle. On assiste à la transformation progressive de Gotham, déjà plus ou moins gangrénée par une ségrégation visible. Les blancs vivent dans le North Side, alors que les noirs sont principalement dans le South Side. Tom King va rendre cette affaire bouillante quand le kidnapping met le feu et exacerbe ce racisme latent qui ne demandait qu’à sortir. Outre cela, on va bien voir que les puissants sont toujours protégés par la justice, et que peu importe ce qu’il se passe, ils ont toujours gain de cause (ici, une usine polluante qui sera tout de même construite dans le South Side). Bref, un message sociétal malin et intelligent, qui permet de mettre une grande histoire dans la petite, et de justifier le titre du comic.

Au final, Gotham City Année Un est un véritable polar à l’ancienne qui bénéficie d’un scénario en béton. Malgré la simplicité du récit, on est pris dans cet engrenage infernal qui va finir par transformer la ville la plus sûre des Etats-Unis en un véritable cloaque de la pègre. Si les dessins auraient pu être plus beaux, ils transcendent les émotions via des couleurs parfaitement choisies et correspondent parfaitement au cadre historique. Bref, sans être un énorme coup de cœur, cette nouvelle histoire signé Tom King vaut largement sa lecture.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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