juillet 20, 2024

Mascarade – Ray Celestin

Auteur : Ray Celestin

Editeur : Le Cherche-Midi

Genre : Polar

Résumé :

1928. Chicago est la cité de tous les contrastes. Du ghetto noir aux riches familles blanches, en passant par la mafia italienne tenue par Al Capone, la ville vit au rythme du jazz, de la prohibition et surtout du crime, que la police a du mal à endiguer. C’est dans ce contexte trouble qu’une femme appartenant à l’une des plus riches dynasties de la ville fait appel à l’agence Pinkerton. Sa fille et le fiancé de celle-ci ont mystérieusement disparu la veille de leur mariage. Les détectives Michael Talbot et Ida Davies, aidés par un jeune jazzman, Louis Armstrong, vont se charger des investigations.
Au même moment, le corps d’un homme blanc est retrouvé dans une ruelle du quartier noir. Le meurtre en rappelle un autre à Jacob Russo, photographe de scènes de crime, qui décide de mener son enquête.
Quel est le lien entre ces deux affaires ? Y a-t-il un rapport avec le crime organisé ? Car la vieille école d’Al Capone et de la contrebande d’alcool est menacée par de jeunes loups aux dents longues qui, tels Lucky Luciano ou Meyer Lansky, n’hésitent pas à se lancer dans le trafic de drogue.

Avis :

On ne peut pas dire que Ray Celestin soit un auteur prolifique. Ayant fait des études d’art et de langues asiatiques, il va travailler un temps pour la télévision en écrivant des scénarios, et quelques nouvelles. Il connait un succès fulgurant avec son premier roman, Carnaval, qui se déroule à la Nouvelle-Orléans et raconte une histoire de serial killer en 1919 s’inspirant de faits réels. Il met alors en place un univers bien à lui, avec deux détectives aux traits marqués (Michael a la peau vérolée et Ida est une métisse), et une ambiance anxiogène qui s’accompagne de jazz et de blues. Avec ce premier roman, il gagne quelques prix, et s’engage alors dans une quadrilogie s’inspirant de l’Oulipo, à savoir quatre intrigues se déroulant à quatre époques différentes, à quatre endroits différents et durant quatre saisons différentes.

Avec Mascarade, l’auteur quitte donc la Nouvelle-Orléans pour installer ses deux détectives à Chicago, en pleine canicule, près de dix ans plus tard. Ici, il n’est plus question d’un serial killer, mais Ray Celestin s’inspire encore d’une histoire vraie, à laquelle il va rajouter des éléments fictifs. Ainsi donc, on plonge au plus près d’Al Capone et de son empire, mais aussi aux côtés de Louis Armstrong et de son ascension dans le milieu du jazz. Ici, l’histoire commence dans une rue sombre où un corps est découvert, avec les yeux disposés proprement à côté du cadavre. Jacob, un photographe proche de la police, décide alors de mener l’enquête. Dans le même temps, une fille de riche famille disparait, et la mère demande à Michael et Ida de la retrouver. De façon pernicieuse, les deux enquêtes sont liées à un seul et même problème.

Très clairement, quand on commence le bouquin, on a un peu de mal à savoir où l’on va aller, tant les deux, voire même trois, affaires semblent éloignées. D’un côté, on va suivre Jacob, ce photographe qui fut blessé pendant la Grande Guerre et qui n’a pas pu devenir policier à cause de son infirmité à la cheville, où il mène l’enquête sur le meurtre d’un type blanc dans la zone noire. De l’autre, Ida et Michael vont faire face à une famille bourgeoise étrange, où tout ramène vers de grands politiques aux dents longues, faisant tout pour bloquer les recherches. Puis on va suivre Dante, un gangster au grand cœur, qui mène une enquête pour Capone, que l’on a tenté d’assassiner avec du champagne frelaté. Dès lors, difficile de savoir où veut nous embarquer l’auteur, et pourtant, on va suivre cela avec attention et plaisir. Pourquoi ?

Premièrement parce que le style de l’auteur est imparable. Le livre jouit d’une ambiance assez incroyable, qui permet au lecteur de se projeter facilement dans ce Chicago qui étouffe sous la canicule. C’est relativement bien écrit, on ressent vraiment le soleil écrasant, et ce besoin de sortir le soir, pour se rafraîchir, au son des trompettes et autres saxophones jazzy. Il y a une atmosphère incroyable qui rajoute aussi un peu de pression quand il est question de Capone, découvrant qu’il est malade, et qu’il peut avoir des vers dans le crâne, lui causant des sautes d’humeur. Et puis il y a aussi des thèmes intéressants au sein du récit, comme la ségrégation et le racisme envers les noirs, qui sera le centre même de toutes les affaires, ou presque. On voit bien les différentes zones de la ville, et les endroits de non-droit ou tout un chacun se mélange.

Outre le racisme qui se fait de plus en plus lourd, Ray Celestin s’amuse aussi à parler de la bourgeoisie et de la politique. Ici, meurtres et enlèvements trouvent des réponses dans une chasse à l’argent complètement folle. On étouffe des affaires graves, et des exactions de famille, pour pouvoir continuer à exercer son pouvoir dans les plus hautes sphères. On trouvera aussi le thème de la prohibition, et l’arrivée massive de la drogue qui, là encore, va créer des rivalités entre gangs, qui jusqu’à présent respectaient une trêve précaire. Bref, dans son atmosphère, le roman nous tient en haleine et explore des pistes qui sont très agréables à suivre. Mais ce qui fait que le roman marche malgré son structure complexe pour pas grand-chose, c’est avant tout les personnages.

Ici, Ray Celestin en profite pour mieux travailler le personnage d’Ida, cette métisse pas assez noire pour les noirs, et pas assez blanche pour les blancs. Elle montre un fort caractère, se révèle très douée pour les interrogatoires, et malgré des traumas qui ne vont pas s’améliorer, elle reste la figure forte de cette histoire. Michael sera un peu en retrait par rapport au roman précédent, mais sa situation familiale sera mise à rude épreuve à cause du racisme (il est marié à une femme noire). On sera aussi charmé par Dante, ce gangster qui a perdu toute sa famille par sa faute, et qui cherche à se repentir. Le personnage est touchant, étant une sorte de dandy qui a le cul entre deux chaises. Et puis il y a bien évidemment Al Capone, fantomatique et omniprésent, qui dégage une vraie folie.

Au final, Mascarade est du même tonneau que Carnaval. On retrouve des personnages forts qui évoluent dans un contexte climatique précis et parfaitement retranscrit. Mais la force du récit réside aussi dans ses thèmes forts, évoquant le racisme, la ségrégation, la prohibition, ou encore l’émergence des drogues dures qui vont envahir les marchés noirs. Bref, une lecture recommandable pour tous les amateurs de polar historique.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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